Marc, v, 30, 31; Luc. vin
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corps et au vrai sang de Jésus- Christ; et il le disoit avec tant de force, que les luthériens croyoient presque qu'il étoit des leurs : car il répète cent et cent fois' que o la vérité nous doit être donnée avec les sigses, que sous ces signes nous recevons vraiment le corps et le sang de Je sus-Christ; que la chair de Jésus-Christ est distribuée dans ce sacrement; qu'elle nous pénètre; que nous sommes participants non-seulement de l'esprit de Jésus-Christ, mais encore de sa chair; que nous en avons la propre substance, et que nous en sommes faits participants; que Jésus-Christ s'unit à nous tout entier; et pour cela qu'il s'y unit de corps et d'esprit; qu'il ne faut point douter que nous ne recevions son propre corps; et que s'il y a quelqu'un dans le monde qui reconnoisse sincèrement cette vérité, c'est lui. »
11 reconnoît bien dans la cène a la vertu du corps et du sang; » mais a il veut que la substance y soit jointe, » et déclare que lorsqu'il parie de la manière dont on reçoit Jésus-Christ dans la cène, il n'entend point parler de la part qu'on y peut avoir a à ses mérites, à sa vertu, à son efficace, au fruit de sa mort, à sa puissance2. » Calvin rejette toutes ces idées, et il se plaint des luthériens , qui, dit-il, en lui reprochant qu'il ne donnoit part aux fidèles qu'aux mérites de Jésus-Christ, « obscurcissent la communion qu'il veut qu'on ait avec lui. » Il pousse cette pensée si avant, qu'il exclut même comme insuffisante toute l'union qu'on peut avoir avec Jésus-Christ, non-seulement par l'imagination, mais encore par la pensée ou par la seule appréhension de l'esprit. « Nous sommes, dit-il3, unis à Jésus-Christ, non par fantaisie et par imagination, ni parla pensée ou la seule appréhension de l'esprit, mais réellement et en effet, par une vraie et substantielle unité. »
Il ne laisse pas de dire que nous y sommes unis seulement par foi; ce qui ne s'accorde guère avec ses autres expressions : mais c'est que, par une idée aussi bizarre qu'elle est nouvelle, il ne veut pas que ce qui nous est uni par la foi "nous soit uni simplement par la pensée, comme si la foi étoit autre chose qu'une pensée ou une appréhension de notre esprit, divine à la vérité et surnaturelle, que le Père céleste peut inspirer seul; mais enfin toujours une pensée.
On ne sait ce que veulent dire toutes ces expressions de Calvin, si elles ne signifient que la chair de Jésus-Christ est en nous non-seulement par sa vertu, mais encore par elle-même et par sa propre substance; et ces fortes expressions ne se trouvent pas seulement dans les livres de Calvin, mais encore dans les catéchismes et dans la Confession de foi qu'il donna à ses disciples4; ce qui montre combien simplement il les faut entendre.
Zuingle et Œcolampade avoient souvent objecté aux catholiques et
i. Inslit., lib. IV, cap. xvn, n. 17, etc.; Dilue, expos. Adm. cont.Vestph. int Opusc, etc. , „.,
2. Tr. De cœna Domin., 1540, inter Opusc, Imt. IV, xvi, 18, etc. Dilue, expos. Opusc, 846.
3. Brev. Admon. De cœna Dow., int. ep., pag. 594. k. Dim. 51, 52, 53-, conf. xxxvi.
aux luthériens, que nous recevions le corps et le sang de Jésus-Christ, comme les anciens Hébreux les avoient reçus dans le désert : d'où il s'ensuivoit que nous les recevons non pas en substance, puisque leur substance n'étoit pas alors, mais seulement en esprit. Mais Calvin ne souffre pas ce raisonnement; et en avouant que nos pères ont reçu Jésus-Christ dans le déseifc, il soutient qu'ils ne l'ont pas reçu comme nous ; puisque nous avons maintenant « la substance de sa chair, et que notre manducation est substantielle : ce que celle des anciens ne pouvoit pas être1. »
Secondement, il enseigne que ce corps une fois offert pour nous, nous « est donné dans la cène pour nous certifier que nous avons part à son immolation2, et à !n réconciliation qu'eKe nous apporte : ce qui, à parler naturellement, voudroit dire qu'il faut distinguer ce qu'il y a du côté de Dieu d'avec ce c,u'il y a de notre côté, et que ce n'est pas notre foi qui nous rend Jômis Christ présent dans l'eucharistie; mais que Jésus-Christ présent d'ailleurs comme un sacré gage de l'amour divin, sert de soutien à no lie foi. Car comme quand nous disons que le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous certifier qu'il aimoit notre nature, nous reconnoissons ton incarnation comme indépendante de notre foi, et tout ensemble comme un moyen qui nous est donné pour Ja soutenir : aussi enseigner que Jésus-Christ nous donne dans ce mystère son corps et son sang pour nous a certifier » que nous avons part au sacrifice qu'il en a fait- n vrai dire, c'est reconnoître que ce corps et ce sang nous sont donné* non parce que nous croyons, mais afin que notre foi, excitée par iti! si digne présent, se tienne plus assurée de l'amour divin qui nous est « certifié » par un tel gage.
Par là donc il paroît certain que le don du corps et du sang est indépendant de la foi dans le sacrement; et la doctrine de Calvin nous porte encore à cette pensée par un autre endroit.
Car il dit en troisième lieu, et il répète souvent que la sainte cène « est composée de deux choses, et qu'il y a deux choses dans ce sacrement, le pain matériel et le vin que nous voyons à l'œil, et Jésus- Christ dont nos âmes sont intérieurement nourries3. »
Nous avons vu ces paroles dans l'accord de Vitemberg4 : Luther et les luthériens les avoient tirées d'un fameux passage de saint Irénée5, où il est dit que l'eucharistie étoit « composée d'une chose céleste et d'une chose terrestre; » c'est-à-dire, comme ils l'expliquoient, tant de la substance du pain que de celle du corps. Les catholiques contestoient cette explication; et sans entrer ici dans cette dispute contre les luthériens, si cette explication leur sembloit contraire à la transsubstantiation catholique, elle ruinoit visiblement la figure zuinglienne, et établissoit du moins la consubstantiation de Luther : car en disant qu'on trouve dans le sacrement, c'est-à-dire dans le signe même, la c hose terrestre avec la céleste, c'est-à-dire, selon le sens des luthé-