‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 30 sur 210 · Instit., liv. IV, cap. xvn, n · texte numérisé non relu

Instit., liv. IV, cap. xvn, n

2. Dilue, exp. sanœ doct. Op., pag. 839. — 3- Ibid., pag. 844. 4. Ibid., pag. 777 et seq.; 839, 844, etc.

de la façon. Tous ses disciples parlent de même; et encore à présent nos réformés se fâchent quand nous leur disons que le corps de Jésus- Christ, selon leur croyance, n'est pas aussi substantiellement avec eux qu'il l'est avec nous selon la nôtre : ce qui montre que l'esprit du christianisme est de mettre Jésus-Christ dans l'eucharistie aussi présent qu'il se peut, et que sa parole nous conduit naturellement à ce qu'il y a de plus substantiel.

De là vient qu'en cinquième lieu Calvin met une présence tout à fait miraculeuse et divine. Il n'est pas comme les Suisses qui se fâchent quand on leur dit qu'il y a du miracle dans la cène : lui au contraire se fâche quand on dit qu'il n'y en a point. Il ne cesse de répéter1 que le mystère de l'eucharistie passe les sens ; que c'est un ouvrage incompréhensible de la puissance divine, et un secret impénétrable à l'esprit humain; que les paroles lui manquent pour exprimer ses pensées, et que ses pensées, quoique beaucoup au-dessus de ses expressions, n'égalent pas la hauteur de ce mystère ineffable : «De sorte, dit-il, qu'il expérimente plutôt ce que c'est que cette union, qu'il ne l'entend : » ce qui montre qu'il en ressent ou qu'il croit en ressentir les effets, mais que la cause le passe. C'est aussi ce qui lui fait mettre dans la Confession de foi2, « que ce mystère surmonte en sa hautesse la mesure de notre sens, et tout ordre de nature; et que pour ce qu'il y a de céleste, il ne peut être appréhendé (c'est-à-dire compris) que par foi. » Et s'efforçant d'expliquer dans le Catéchisme comment il se peut faire que « Jésus-Christ nous fasse participants de sa propre substance , vu que son corps est au ciel et nous sur la terre, » il répond « que cela se fait par la vertu incompréhensible de son esprit, laquelle conjoint bien les choses séparées par distance de lieu3. »

Un philosophe comprendroit bien que la vertu divine n'est pas bornée par les lieux : les moins capables entendent comment on se peut unir par l'esprit et par la pensée à ce qu'il y a de plus éloigné ; et Calvin nous menant par ses expressions à une union plus miraculeuse, ou il ne dit rien, ou il exclut l'union par la seule foi.

Aussi voyons-nous en sixième lieu qu'il met dans l'eucharistie une participation qui ne se trouve ni au baptême, ni dans la prédication; puisqu'il dit dans le Catéchisme « qu'encore que Jésus-Christ nous y soit vraiment communiqué, toutefois ce n'est qu'en partie et non pleinement4; » ce qui montre qu'il nous est donné dans la cène autrement que par la foi; puisque la foi se trouvant aussi vive et aussi parfaite dans la prédication et dans le baptême, il nous y seroit donné aussi pleinement que dans l'eucharistie.

Ce qu'il ajoute pour expliquer cette plénitude est encore plus fort; car c'est là qu'il dit ce qui a déjà été rapporté, que « Jésus-Christ nous, donne son corps et son sang pour nous certifier que nous en recevons le fruit. » Voilà donc cette plénitude que nous recevons dans l'eucharistie, et non au baptême ou dans la prédication; d'où il s'ensuit que la seule foi ne nous donne pas le corps et le sang de Notre-Seigneur;

i. InstiL. IV; xvn, 32.— 2. Art. 36. — 3 Dim. 53. —4. Dira. 52

mais que o<3 corps et ce sang nous étant donnés d'une manière spéciale daus l'eucharistie, nous « certifient, » c'est-à-dire nous donnent une ïbi certaine que nous avons part au sacrifice où ils ont été. immolés.

Enfin ce qui échappe à Calvin en parlant môme des indignes, fait voir combien il faut croire dans ce sacrement une présence miraculeuse indépendante de la foi : car encore que ce qu'il inculque le plus soit que les indignes n'ayant pas la foi, Jésus-Christ est prêt de venir à eux", mais il n'y vient pas en effet; néanmoins la force de la vérité lui fait dire, a qu'il est véritablement offert et donné à tous ceux qui sont assis à la sainte table, encore qu'il ne soit reçu avec fruit.que des seuls fidèles1, » qui est la même façon de parler dont nous nous servons.

Ainsi, pour entendre la vérité du mystère que Jésus-Christ opère dans l'eucharistie, il faut croire que son propre corps y est véritablement a offert et donné, » même aux indignes; et qu'il en est même reçu, quoiqu'il n'en soit pas reçu « avec fruit : » ce qui ne peut être vrai, s'il n'est vrai aussi que ce qu'on nous donne dans ce sacrement est le propre corps du Fils de Dieu indépendamment de la foi.

Calvin le confirme encore en un autre endroit, où il écrit ces mots: « C'est en ceci que consiste l'intégrité du sacrement, que le monde entier ne peut violer; que la chair et le sang de Jésus-Christ sont donnés aussi véritablement aux indignes qu'aux fidèles et aux élus2. » D'où il s'ensuit que ce qu'on leur donne est la chair et le sang du Fils de Dieu indépendamment de la foi; puisqu'il est certain, selon Calvin, qu'ils n'ont pas la foi, ou du moins qu'ils ne l'exercent pas en cet état.

Ainsi les catholiques ont raison de dire que ce qui fait que le don sacré que nous recevons dans l'eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ, ce n'est pas la foi que nous avons à la parole, mais la parole elle seule par son efficace toute-puissante : de sorte que la foi n'ajoute rien à la vérité du corps et du sang; mais la foi fait seulement que ce corps et ce sang nous profitent; et il n'y a rien de plus véritable que ce mot de saint Augustin, que l'eucharistie n'est .pas moins le corps de Notre-Seigneur pour Judas que pour les autres apôtres3. »

La comparaison dont se sert Calvin dans le même lieu appuie encore plus la réalité . car, après avoir dit du corps et du sang ce qu'on vient d'entendre, a qu'ils ne sont pas moins donnés aux indignes qu'aux dignes, » il ajoute qu'il en est comme « de la pluie qui, tombant sur un rocher, s'écoule sans le pénétrer. Ainsi, dit-il4, les impies repoussent la grâce de Dieu, et l'empêchent de pénétrer au dedans d'euxmêmes. » Remarquez qu'il parle ici du corps et du sang, qui par conséquent doivent être donnés aux indignes, aussi réellement que la pluie tombe sur un rocher. Quant à la substance de la pluie, elle ne

i. Inst.y liv. IV, c. xvn, n. 10; Opusc., l)s cœna Domini, 1540.

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