‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 33 sur 210 · Il Def. Opusc.j pag. 777, admonit. ult.. 836, ibid · texte numérisé non relu

Il Def. Opusc.j pag. 777, admonit. ult.. 836, ibid

reur, Calvin ne laisse pas d'avoir beaucoup varié non-seulement dans ses écrits particuliers, mais encore dans les actes publics qu'il a dressés au nom de tous les siens, ou qu'il leur a inspirés.

Et môme, sans aller plus loin, en considérant seulement ce que nous avons rapporté de sa doctrine, nous avons vu qu'elle est pleine de contradictions, qu'il ne suit pas ses principes, et qu'avec de grands mots il ne dit rien.

Et pour peu qu'on fasse de réflexion sur les actes qu'il a dressés, ou que les calvinistes ont publiés de son aveu en cinq ou six ans, ils ne pourront se laver, ni lui ni eux tous, d'avoir expliqué leur foi avec une dissimulation criminelle,

En 1554, nous avons vu qu'il se fit un accord solennel entre ceux d*. Genève et de Zuricb1 : c'est Calvin qui le dressa; et la foi commune de ces deux Églises y est expliquée.

Sur la cène, il n'y est dit autre chose, sinon « que ces paroles : « Ceci est mon corps,» ne doivent pas être prises précisément à la lettre, mais figurément; en sorte que le nom de corps et de sang soit donné par métonymie au pain et au vin qui les signifient; que si Jésus-Christ nous nourrit par la viande de son corps et le breuvage de son sang, cela se fait par la foi et par la vertu du Saint-Esprit, sans aucune transfusion ni aucun mélange de substance ; mais parce que nous avons la vie par son corps une fois immolé, et son sang une fois répandu pour nous2. »

Si on n'entend parier dans cet accord ni de la propre substance du corps et du sang reçus dans la cène , ni des merveilles incompréhensibles de ce sacrement, ni des autres choses semblables que nous avons remarquées dans le Catéchisme et dans la Confession de foi des calvinistes de France, la raison n'en est pas malaisée à deviner. C'est, nous l'avons vu, que les Suisses, et surtout ceux de Zurich, instruits par Zuingle, n'avoient jamais voulu reconnoître aucun miracle dans la cène; et, contents de la présence de vertu, ils ne savoient ce que vouloit dire cette communication de propre substance que Calvin et les calvinistes vantoient tant; de sorte que, pour s'accorder, il fallut supprimer ces choses, et présenter aux Suisses une Confession de foi dont ils pussent s'accommoder.

A ces deux Confessions de foi dressées par Calvin, dont l'une étoit pour la France, et l'autre fut composée pour s'accommoder avec les Suisses, on en ajouta, pendant qu'il vivoit encore, une troisième en faveur des protestants d'Allemagne.

Bèze et Farel, comme députés des Églises réformées de France et de celle de Genève, la portèrent, en 1557, à Worms, où les princes et les états de la Confession d'Augsbourg étoient assemblés. On les vouloit engager à intercéder pour les calvinistes auprès de Henri II, qui, à l'exemple de François Ier, son père, n'oubiioit rien pour les abattre. Les termes de propre substance ne furent pas oubliés, comme on faisoit volontiers quand on traitoit avec les Suisses. Mais on y ajouta beau-

i Ovusc. Calv., 752; Hosp., an. 1554. ~ 2. Art. xxn, xxm. i r>mi |/-\ti

coup d'autres choses : et je ne sais, pour moi, comment on peut accorder cette Confession avec la doctrine du sens figuré. Car il est dit a qu'on reçoit dans la cène non-seulement les bienfaits de Jésus-Christ, mais sa substance même et sa propre chair; que le corps du Fils de Diou ne nous y est pas proposé en figure seulement et par signification, symboliquement ou typiquement, comme un mémorial de Jésus- Christ absent; mais qu'il est vraiment et certainement rendu présent d rec les symboles, qui ne sont pas de simples signes. Et si , disoient-ils, nous ajoutons que la manière dont ce corps nous est donné est symbolique et sacramentelle, ce n'est pas qu'elle soit seulement figurative; mais parce que, sous l'espèce des choses visibles, Dieu nous offre, nous donne et nous rend présent avec les symboles ce qui nous y est signifié : ce que nous disons, afin qu'il paroisse que nous retenons dans la cène la présence du propre corps et du propre sang de Jésus-Christ ; et que, s'il reste quelque dispute, elle ne regarde plus que la manière1. »

Nous n'avions pas encore ouï dire aux calvinistes qu'il ne fallût pas regarder la cène « comme un mémorial de Jésus-Christ absent : » nous ne leur avions pas ouï dire que pour nous donner non ses bienfaits, mais sa substance et sa propre chair, a il nous la rendît vraiment présente sous les espèces; » ni qu'il fallût reconnoître dans la cène « une présence du propre corps et du propre sang : » et si nous ne connussions les équivoques des sacramentaires, nous ne pourrions nous empêcher de les prendre pour des défenseurs aussi zélés de la présence réelle, que le sont les luthériens. A les entendre parler, onpourroit douter s'il reste quelque dispute entre la doctrine luthérienne et la leur. « S'il reste encore, disent-ils, quelque dispute, elle ne regarde pas la chose même, mais la manière de la présence; » de sorte que la présence qu'ils reconnoissent dans la cène doit être dans le fond aussi réelle et aussi substantielle aue celle qu'y reconnoissent les luthériens.

Et en effet, dans la suite où ils traitent de la manière de cette présence, ils ne rejettent dans cette manière que ce qu'y rejettent les. luthériens : ils rejettent la manière de s'unir à nous « naturelle ou locale ;» et personne ne dit que Jésus-Christ nous soit uni à la manière ordinaire et naturelle, ni qu'il soit dans le sacrement ou dans ses fidèles, comme les corps sont dans leur lieu; car il y est certainement d'une manière plus haute. Ils rejettent a l'épanchement de la nature humaine de Jésus-Christ, » c'est-à-dire l'ubiquité que quelques luthériens rejetoient aussi, et qui n'avoit pas encore si hautement gagné le dessus. Ils rejettent un a grossier mélange de la substance de Jésus-Christ avec la nôtre, » que personne n'admettoit; car il n'y a rien de moins grossier, ni de plus éloigné des mélanges vulgaires, que l'union du corps de Notre-Seigneur avec les nôtres, que les luthériens reconnoissent aussi foien que les catholiques. Mais ce qu'ils rejettent sur toutes choses, c'est « cette grossière et diabolique transsubstantiation, » sans dire aucun

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