‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 50 sur 210 · Ibid., pag. 291, 308. — 4. Ibid., pag. 294, 295 et seq · texte numérisé non relu

Ibid., pag. 291, 308. — 4. Ibid., pag. 294, 295 et seq

5. Ibid., lib. XXXIII, pag. 209. — 6. Pag. 301. — 7. Pag. 287, 300.

falloit, comme lit l'amirai, que 1 envoyer dans le lieu où il pouvoi* l'exécuter. L'amiral, non content de l'y envoyer, lui donne de l'argent pour y vivre, et se préparer tous les secours nécessaires dans un tel dessein, jusqu'à celui de se monter avec avantage. Ce que l'amiral ajoute, qu'il n'envoyoit Poltrot dans le camp de l'ennemi que pour en avoir des nouvelles, n'est visiblement que la couverture d'un dessein qu'on ne vovloit pas avouer. Pour l'argent, il n'y a rien de plus foibk que ce que répond l'amiral, qu'il le donna à Poltrot, « sans jamais lu: faire mention de tuer ou ne tuer pas le seigneur de Guise K » Mais la raison qu'il apporte, pour se justifier de ne l'avoir pas détourné d'un si noir dessein, découvre le fond de son cœur. Il reconnoît donc que a devant ces demid^s tumultes il en a su qui étoient délibérés de tuer le seigneur de Guise; que loin de les avoir induits à ce dessein, ou de l'avoir approuvé, il les en a détournés, » et qu'il en a môme averti Mme de Guise : que « depuis le fait de Vassi, 5) il a poursuivi ce duc comme un ennemi public; « mais qu'il ne se trouvera pas qu'il ait approuvé qu'on attentât sur sa personne, jusqu'à ce qu'il ait été averti que le duc avoit attiré certaines personnes pour tuer M. le prince de Condé et lui. » Il s'ensuit donc qu'après cet avis, sur lequel on ne doit pas croire un ennemi à sa parole, « il a approuvé qu'on entreprît sur la vie du duc; mais « depuis ce temps il confesse que quand il a ouï dire à quelqu'un que s'il pouvoit il tueroit le seigneur de Guise jusque dans son camp, il ne l'en a point détourné : » par où l'on voit tout ensemble, et que ce dessein sanguinaire étoit commun dans la réforme, et que les chefs les plus estimés pour leur vertu, tel qu'étoit sans doute l'amiral, ne se croyoient pas obligés à s'y opposer; au contraire qu'ils y contribuoient par tout ce qu'ils pouvoient faire de plus efficace : tant ils se soucioient peu d'un assassinat, pourvu que la religion en fût le motif.

Si on demande ce qui porta l'amiral à reconnoître des faits qui étoient si forts contre lui, ce n'est pas qu'il n'en ait vu l'inconvénient, mais, dit Bèze2, « l'amiral, homme rond et vraiment entier, s'il y en a jamais eu de sa qualité, répliqua que si puis après avenant confrontation, il confessoit quelque chose davantage, il donneroit occasion de penser qu'encore n'auroit-il pas confessé toute la vérité: » c'est-à-dire, à qui sait l'entendre, que cet ce homme rond » craignit la force de la vérité dans la confrontation, et se préparoit d<^s excuses; à la manière des autres coupables, à qui leur conscience et la crainte d'être convaincus en fait souvent avouer plus peut-être qu'on n'en tireroit des témoins. Il paroît même, si l'on pèse bien la manière dont s'explique l'amiral, qu'il craint qu'on ne le croie innocent; qu'il n'évite que l'aveu formel et la conviction juridique, et qu'au surplus il prend plaisir à étaler sa vengeance. Ce qu'il fit de plus politique pour sa décharge fut de demander qu'on réservât Poltrot pour lui être confronté3, se confiant aux excuses qu'il avoit données et aux conjonctures des temps, qui ne permettoient pas qu'on poussât à bout le chef d'un parti si re-

i, Thuan.,liv. XXXIII. Dage 297. — 2. Pag. 306. — 3. Pag 308,

doutable. La cour le fit bien aussi, et on acheva le procès. Poltrot, qui s'étoit dédit de la charge qu'il avoit mise sus et à l'amiral et à Bèze, persista jusqu'à la mort à décharger Bèze : mais pour l'amiral, il le chargea de nouveau par trois déclarations consécutives, et jusqu'au milieu de son supplice, de l'avoir induit à ce meurtre « pour le service de Dieu1. » A l'égard de Bèze, il ne paroît pas qu'il ait eu part à cette action autrement que par ses prêches séditieux, et par l'approbation qu'il avoit donnée à l'entreprise d'Amboise, beaucoup plus criminelle; mais ce qui est bien certain, c'est que devant l'action il ne fit rien pour l'empêcher, encore qu'il ne pût pas ne la pas savoir, et qu'après qu'elle eut été faite il n'oublia rien pour lui donner la couleur d'une action inspirée. Le lecteur jugera du reste, et il n'y en a que trop pour faire connoître de quel esprit étoient animés ceux dont on nous vante la douceur.

Je n'ai pas besoin ici de m'expliquer sur la question, savoir si les princes chrétiens sont en droit de se servir de la puissance du glaive contre leurs sujets ennemis de l'Église et de la saine doctrine, puisqu'en ces points les protestants sont d'accord avec nous. Luther et Calvin ont fait des livres exprès pour établir sur ce point le droit et ie devoir du magistrat2. » Calvin en vint à la pratique contre Servet et contre Valentin Gentil3. Mélanchthon en approuva la conduite par une lettre qu'il lui écrivit sur ce sujet4. La discipline de nos réformés permet aussi le recours au bras séculier en certains cas; et on trouve parmi les articles de la discipline de l'Église de Genève, que les ministres doivent déférer au magistrat les incorrigibles qui méprisent les peines spirituelles, et en particulier ceux qui enseignent de nouveaux dogmes, sans distinction. Et encore aujourd'hui celui de tous les auteurs calvinistes qui reproche le plus aigrement à l'Église romaine la cruauté de sa doctrine, en demeure d'accord dans le fond; puisqu'il permet l'exercice de la puissance du glaive dans les matières de la religion et de la conscience4; chose aussi qui ne peut être révoquée en doute sans énerver et comme estropier la puissance publique; de sorte qu'il n'y a point d'illusion plus dangereuse que de donner la souffrance pour un caractère de vraie Église, et je ne connois parmi les chrétiens que les sociniens et les anabaptistes qui s'opposent à cette doctrine. En un mot, le droit est certain: mais la modération n'en est pas moins nécessaire.

Calvin mourut au commencement des troubles C'est une foiblesse de vouloir trouver quelque chose d'extraordinaire dans la mort de telles gens : Dieu ne donne pas toujours de ces exemples. Puisqu'il permet les hérésies pour l'épreuve des siens, il ne faut pas s'étonner que, pour achever cette épreuve, il laisse dominer en eux jusqu'à la fin l'esprit de séduction avec toutes les belles apparences dont il se

1. Th., 1. XXXIII, p. 312,319, 327.— 2.Luih. De Magist.,t.ll; Calv..O/)usc,p. 592.

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