SENTIMENT CHEZ LES ANIMAUX
Les animaux sont-ils bornés aux seules passions que nous venons de décrire? La peur, la colère, rhorreur, l'amour et la jalousie sont-elles les seules aflFections durables qu'ils puissent éprouver? Il me semble qu'indépendamment de ces passions, dont le sentiment naturel ou plutôt l'expérience du sentiment rend les animaux susceptibles , ils ont encore des passions qui leur sont communiquées, et qui viennent de l'éducation, de l'exemple, de l'imitation et de l'habitude; ils ont leur espèce d'amitié, leur espèce d'orgueil , leur espèce d'ambition ; et quoiqu'on puisse déjà s'être assuré, par ce que nous avons dit , que dans toutes leurs opérations et dans tous les actes qui émanent de leurs passions il n'entre ni réflexion, ni pensée, ni même aucune idée; cependant, comme les habitudes dont nous parlons sont celles qui semblent le plus supposer quelque degré d'intelligence, et que c'est ici où la nuance entre eux et nous est la plus délicate et la plus difficile à saisir, ce doit être aussi celle que nous devons examiner avec le plus de soin.
Y a-t-il rien de comparable à l'attachement du chien pour la personne de son maître? On en a vu mourir sur le tombeau qui la renfermait; mais (sans vouloir citer les prodiges ni les héros d'aucun genre)
quelle fidélité à accompagner^ que^lle constance à suivre, quelle attention à défendre son maître! quel empressement à rechercher ses caresses ! quelle docilité à lui obéir! quelle patience à souflFrir sa mauvaise humeur et des châtiments souvent injustes! quelle douceur et quelle humilité pour tâcher de rentrer en grâce! que dé mouvements, que d'inquiétudes, que de chagrins s'il est absent! que de joie lorsqu'il le retrouvej A tous ces traits peut-on méconnaître l'amitié? se marque -t- elle même parmi nous par des caractères aussi énergiques?
Il en est de cette amitié comme de celle d'une femme pour son serin, d'un enfant pour son jouet, etc. ; toutes deux sont aussi peu réfléchies , toutes deux né sont qu'un sentiment aveugle; celui de l'a- , nimal^st seulement plus naturel, puisqu'il est fondé sur le besoin, tandis que l'autre n'a pour objet qu'un insipide amusement auquel l'âme n'a point de part.