‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 4 sur 126 · NATURE CULTIVÉE · texte numérisé non relu

NATURE CULTIVÉE

Qu'elle est belle, cette nature cultivée! que par les soins de l'homme elle est brillante et pompeuse-

ment parée! 11 en fait lui-même le principal ornementy il en est la production la plus noble; en se multipliant il en multiplie le germe le plus précieux; elle-même aussi semble se multiplier avec lui; il met au jour par son art tout ce qu'elle recelait dans son sein : que de trésors ignorés ! que de richesses nouvelles! les fleurs, les fruits, les grains perfectionnés, multipliés à l'infini ; les espèces utiles d'animaux transportées, propagées, augmentées sans nombre; les espèces nuisibles réduites, confinées, reléguées: l'or, et le fer plus nécessaire que l'or, tirés des entrailles de la terre; les torrents contenus, les fleuves dirigés, resserrés; la mer même soumise, reconnue, traversée d'un hémisphère à l'autre; la terre accessible partout, partout rendue aussi vivante que féconde; daûs les vallées de riantes prairies, dans les plaines de riches pâturages ou des moissons encore plus riches ; les collines chargées de vignes et de fruits, leurs sommets couronnés d'arbres utiles et de jeunes forêts : les déserts devenus des cités habitées par un peuple immense, qui, circulant sans cesse, se répand dans ses centres jusqu'aux extrémités; des routes ouvertes et fréquentées, des communications établies partout, comme autant de témoins de la force et de l'union de la société ; mille autres monuments de puissance et de gloire démontrent assez que l'homme, maître du domaine de la terre, en a changé, renouvelé la sur-

face entière, et que de tout temps il partage l'empire avec la nature.

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