‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 92 sur 126 · LA LINOTTE · texte numérisé non relu

LA LINOTTE

C'est la nature elle-même qui semble avoir marqué la place de ces oiseaux -immédiatement après les serins , puisque c'est en vertu des rapports établis par elle entre ces deux espèces que leur mélange réussit mieux que celui de Tune des deux avec toute autre espèce voisine; et ce qui annonce encore plus une grande analogie, les individus qui résultent de ce mélange sont féconds, surtout lorsqu'on a eu soin de former la première union entre le linot mâle et la femelle canari.

Il est peu d'oiseaux aussi communs que la linotte; mais il en est peut-être encore moins qui réunissent autant de qualités : ramage agréable , couleurs distinguées, naturel docile et susceptible d'attachement; tout lui a été donné, tout ce qui peut attirer l'attention de l'homme et contribuer à ses plaisirs; il était difficile, avec cela, que cet oiseau conservât sa liberté; mais il était encore plus difficile qu'au sein de la servitude où nous l'avons réduit, il conservât ses avantages naturels dans toute leur pureté. En eff*et, la belle couleur rouge dont la nature a décoré sa tête et sa poitrine, et qui, dans l'état de

liberté, brille d un éclat durable, s'efface par degrés et s'éteint bientôt dans nos cages et nos volières ; il

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liberté, brille d'un éclat durable, s'efface par degrés et s'éteint bientôt dans nos cages et nos volières ; il en reste à peine quelques vestiges obscurs après la première mue.

A l'égard de son chant, nous le dénaturons; nous substituons aux modulations libres et variées que lui inspirent le printemps et l'amour, les phrases contraintes d'un chant apprêté qu'il ne répète qu'irtiparfaitement, et oti l'on ne retrouve ni les agréments de l'art, ni le charme de la nature. On est parvenu aussi à lui faire apprendre à parler différentes langues, c'est-à-dire à siffler quelques mots italiens, français, anglais, etc., quelquefois même à les prononcer assez franchement. Plusieurs curieux ont fait exprès le voyage de Londres à Kensington pour avoir la satisfaction d'entendre la linotte d'un apothicaire, qui articulait ces mots : pretty boy; c'était tout son ramage, et même tout son cri, parce qu'ayant été enlevée du nid deux ou trois jours après qu'elle était éclose, elle n'avait pas eu le tettips d'écouter, de retenir le chant de ses jière et mère, et que, dans le moment oii elle commençait à donnéir de l'attention aux sons, les sons articulés de pfétty boy fui'ent apparemment les àeùls qui fi'àppèttent son oreille, les seuls qu'elle apprit à imîtef .

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