M. MOU KL A RD
Toute la revue s'est aujourd'hui déchaînée pour nje faire pièce.
ANGÉLIQUE
Vous venez de voir la revuf .'
M. MOUFL/lRD.
Je viens de voir le diable, je n'ai rien vu. J'étois avec trois messieurs que vous connoissez , mon beau-frère le miroitier, mon cousin le bonnetier, et mon neveu le notaire, tous bien vctus, avec de grandes épées,et des plum^^ts rouges, même.
ANGÉLIQUE
Avoient-ils aussi bonne mine que vous , monsieur Mouflard ?
M. MOUFLAUD.
Pas tout-à-fait, mais il ne s'en falloit guèrcs , et avec tout cela , je crois que tout le monde s'éîoit donné le mot pour nous reconnoître.
ANGÉLIQUE
Est-il possible?
SGE^'E ^iV. ,63
M. MOUFLAH».
11 faut bien que cela soit; car, de quelque côte' que nous allassions, j'entendois toujours : 2 irez ^ bourgeois , fî les vilains., à la boutique. Cela n'est point plaisant à essujer, au moias.
WADA^ÏE VA LE NT IN
Non vraiment , cela est fort ridicule.
M. MOUFLARD
î^t les maudites hallebardes. Ah! les vilaines armes , madame Valentiu , les vilaines armes 1
ANGÉLIQUE
Vous en paroissez bien mécontent , seriez-vous blessé ?
M. MOUFLARD
Non pas dangereusement ; mais ces brutaux de sergents ne croient que vous faire signe de vous ranger, et ils vous assomment.
MADAME VALESTIN.
Allez , mon pauvre monsieur Mouflard , vous en voilà quitte à bon marché.
M. MOUFLAKD.
Ahl ce qui me chagrine le plus , c'est le cousin et le beau-frère, que ] ai persécutés pour faire le voyage , et qu'on a mis en chemise : leurs femmes ne me le pardonneront jamais.
ANGÉLIQUE
On les a mis en chemise ?
Oui, nous nous sauvions de rigimcnî: en régiment , pour éviter le tumulte et le scauclale \ il est
r64 LES CL'RIEUX DE COMPIËGNE.
désagréable de se fniie des afiaiies avec une armée, voyez-vous ?
MADAME VALENTIN
Il faut céder à la force ; vous avez raison.,
M. M O U FL Ail D.
En chemin faisant nous jsommes malheureusement tombés dans un diable de bataillon, dont les officiers étoient à peu près vêtus comme ces deux messieurs.
ANGÉLIQUE
Cela vous devoit faire respecter.
M. M ou F L An D.
Cela a fait tout le contraire : quatre grands pendards de soldats leur ont fait une querelle d'Allemand, sur ce qu'ils ont contrefait les habits uniformes du régiment; ils les ont dépouillés en un clin d'œil , et oïî les a mis au drapeau "pour vingtquatre heures,
MADAME VALENTIN
Mais cela ne se fait point, il faut s'aller plaindre ;^^ il y a bonne justice.
M. MOUFLAHD.
U faut s'aller plaindre? Se plaindra qui voudra ; pour moi , je pars demain , et de grand matin même. Jusqu'au revoir, mesdames.
ANGÉLIQUE
Nous nous retrouverons à Paris, monsieurMoufîard.