‹ Œuvres choisies de DancourtChapitre 107 sur 172 · M. MOU KL A RD · texte numérisé non relu

M. MOU KL A RD

Toute la revue s'est aujourd'hui déchaînée pour nje faire pièce.

ANGÉLIQUE

Vous venez de voir la revuf .'

M. MOUFL/lRD.

Je viens de voir le diable, je n'ai rien vu. J'étois avec trois messieurs que vous connoissez , mon beau-frère le miroitier, mon cousin le bonnetier, et mon neveu le notaire, tous bien vctus, avec de grandes épées,et des plum^^ts rouges, même.

ANGÉLIQUE

Avoient-ils aussi bonne mine que vous , monsieur Mouflard ?

M. MOUFLAUD.

Pas tout-à-fait, mais il ne s'en falloit guèrcs , et avec tout cela , je crois que tout le monde s'éîoit donné le mot pour nous reconnoître.

ANGÉLIQUE

Est-il possible?

SGE^'E ^iV. ,63

M. MOUFLAH».

11 faut bien que cela soit; car, de quelque côte' que nous allassions, j'entendois toujours : 2 irez ^ bourgeois , fî les vilains., à la boutique. Cela n'est point plaisant à essujer, au moias.

WADA^ÏE VA LE NT IN

Non vraiment , cela est fort ridicule.

M. MOUFLARD

î^t les maudites hallebardes. Ah! les vilaines armes , madame Valentiu , les vilaines armes 1

ANGÉLIQUE

Vous en paroissez bien mécontent , seriez-vous blessé ?

M. MOUFLARD

Non pas dangereusement ; mais ces brutaux de sergents ne croient que vous faire signe de vous ranger, et ils vous assomment.

MADAME VALESTIN.

Allez , mon pauvre monsieur Mouflard , vous en voilà quitte à bon marché.

M. MOUFLAKD.

Ahl ce qui me chagrine le plus , c'est le cousin et le beau-frère, que ] ai persécutés pour faire le voyage , et qu'on a mis en chemise : leurs femmes ne me le pardonneront jamais.

ANGÉLIQUE

On les a mis en chemise ?

Oui, nous nous sauvions de rigimcnî: en régiment , pour éviter le tumulte et le scauclale \ il est

r64 LES CL'RIEUX DE COMPIËGNE.

désagréable de se fniie des afiaiies avec une armée, voyez-vous ?

MADAME VALENTIN

Il faut céder à la force ; vous avez raison.,

M. M O U FL Ail D.

En chemin faisant nous jsommes malheureusement tombés dans un diable de bataillon, dont les officiers étoient à peu près vêtus comme ces deux messieurs.

ANGÉLIQUE

Cela vous devoit faire respecter.

M. M ou F L An D.

Cela a fait tout le contraire : quatre grands pendards de soldats leur ont fait une querelle d'Allemand, sur ce qu'ils ont contrefait les habits uniformes du régiment; ils les ont dépouillés en un clin d'œil , et oïî les a mis au drapeau "pour vingtquatre heures,

MADAME VALENTIN

Mais cela ne se fait point, il faut s'aller plaindre ;^^ il y a bonne justice.

M. MOUFLAHD.

U faut s'aller plaindre? Se plaindra qui voudra ; pour moi , je pars demain , et de grand matin même. Jusqu'au revoir, mesdames.

ANGÉLIQUE

Nous nous retrouverons à Paris, monsieurMoufîard.

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