SCÈNE XT
CHAM.LOÏ.
Parîïué , vous en sarvircz vous-même : ils allont faire la noce, et velà les ménétriers qui allont venir.
LE BAILLI
Comment, des ménétriers? la noce de qui?
La noce de Colette , que madame Julienne fait épouser à ce monsieur Clitandre.
LE BAILLI
Vraiment , vraiment , elle prend bien son temps .pour faire une noce. Oh! je troublerai la fête, sur ma parole.
CH AULOT.
ïlt vous ferez fort bian , monsieur le bailli..
LE BAILLI
La malheureuse I
charlot.
Acoutez, c'est une méchante femme : est-ce que vous sauriais queuqu'une ^c ses petites fredaines?
LE BAILLI
Oui , de ses petites fredaines , une bagatelle : elle a fait noyer son mari , seulement.
CHARLOT
Aile a fait noyer monsieur Julian? Velà pourquoi aile me mitonnoit, voyez-vous.
MADAME AGATHE
Ça ne se peut pas, monsieur le bailli, Je viens de le voir.
LE BAILLI
Vous avez rêvé cela , maclame Agathe ; il y a plus d'un mois c[u'il est défunt, je le sais de bonne part..
11 n'y a qu'un quart d'heure que j'ai quitté monsieur Julien, vous dis-je.
LE BAILLI
Oui , un faux monsieur Julien qu'elle aura attiré pour faire prendre le change.
MADAME AGATHE
Oh! point du tout, c'est le véritable : elle l'a vécu comme un vrai mari ; je l'ai aidée à le battre, moi, monsieur le bailli, puisqu'il faut vous le dire,
LE BAILLT.
Bagatelle, je ne donne point là-dedans; et nous avons, le procureur-fiscal et moi, commencé une procédure que nous soutiendrons vigoureusement, c H A n L o T.
Je vous le disois bian, madame Agathe, c'est un bian honnête homme , un bian habile homme que notre monsieur le baiJli.
MADAME AGATHE
Pîais le compère Julien n'est point défunt; ce 50;it des contes.
c H A n L OT.
Je crois pargué l>ian que si, moi; et s'il ne î'étoit pas , il faudroit qu'il le devcnît, puisque monsieur 1-^ bailli le dit : est ce que la justice est une menteuse , madame Agathe?
«CÈNE XV. *3i
LE BAILLI, i
Monsieur Chariot prend fort bien la chose; et il n'est pas qu'il n'ait quelque connoissance du tait.
CH ARLOT
Moi , monsieur le bailli ?
LE BAILLI
Oui, vous. Votre témoignage sera d'un grand poids dans cette affaire-ci.
Mon témoignage sera de poids?
LE BAILLI
Sans doute.
CH AIILOT.
Pargué, bon, tant mieux, velà de quoi me venger de madame Julianne. Ca, voyons, qu'est-ce qu'il faut que je témoigne, monsieur le bailli?
LE BAILLI
Ce que vous savez : on ne vous demande pas autre chose.
CH AU LOT
Morgue, Je ne sais rian ; mais tout coup vaille. Si vous voulez que je nous aimions , il faut dire comme moi, madame Agathe.
MADAME AGATHE
Je dirai la vérité.
CHAH LOT
Et moi itou. Mais aidez-nous à la dire, monsieur le bailii ; car ce que je savons , nous , vous qui «avez tout, vous le savez peut-être mieux que nous, par aventure.
a3a LE MARI RETROUVE/