‹ Œuvres choisies de DancourtChapitre 8 sur 172 · SCÈNE iir · texte numérisé non relu

SCÈNE iir

THIBAUT

Et plus à son aise. Il n'est moi'gué pas sot; il aime ses commodités, vojez-vous, et il n'a pas tort; il vaut bian mieux faire l'amour de plain pied dans la maison , que de haut en bas par-dessus la palissade:

CLITAîîDIlE.

Thibaut parle en homme de bon sens.i"

Oui; mais navions-nous pas résolu que vous iriez passer les jours à Paris?

CLITANDRE. . -

C'est l'amour qui me retient ici.,

M A m A NE.;

Que vous reviendriez toutes les nuits, "et que vous engageriez, à force d'argent, le maître dubae à être discret?

clitandre.

Je n'ai l'ien épargné pour cela, je vous assure.,

Ohl il ne sonnera mot, il est bon homme; mais pour ce qui est de moi, je sis diablement babillard, je vous en avartis.

M ARIANE

N'étions-nous pas demeurés d'accord que je parlerois à Thibaut de la passion que nous avons lud pour l'autre ?

CLITANDRE

Je craignois votre timidité, je vous l'avoue; je songeois à vous prévenir.

Th'âtr;. Comédies. 3. 2

i4 LES VENDATNGES DE SURÊPvE.

M ARIANE

IN ëtions-nous pas convenus aussi qu'il voui îaisseioit entrer dans le logis?

CLITAN DRE.

Oui.

M ARIANE

Qu'il nous rccevroit dans sa chambre?

en TAN DUE.

Yous avez raison.

Et qu'il ne parleroit de rien à mon père ?

CL ITAND RE.

Il est vrai, nous sommes convenus de tout cela.

Oui : mais, morgue, de quoi est-ce que je suis convenu, moi?

M ARIANE

De rien encore; mais il faut bien que tu conviennes des mêmes choses que nous.

THIBAUT

Non, palsangué, je n'en ferai rien.

CLITANDRE

Ce sont des mesures que nous avons prises.

THIBAUT

J'entends bian : mais je sis plus malaisé à gôur verner que le maître du bac, je vous e\î avartis.

Tiens, voilà une montre d'or que je te donne.

THIBAUT

Oiil non , tatigué, je ns veux rian de vous.

SCÈIVE in. i5

m ARIANE.

Comment donc ?

TH IB AtJT.

Quand il j a queuques frais à faire en amoïir, il faut que ce soit le monsieui' qui paie, à moins que la madame ne soit vieille. Dans les villages d'autour de Paris, je savons les règles. clitandre.

Je vous dis que Thibaut est un homme d'esprit. Tiens, voilà une bourse; il j a dedans vingt pistoles, tu n'as qu'à l'ouvrir et y prendre tout ce que tu voudras»

THIBAUT

Oh, monsieur!

CLITANDUE.

Comment?

THIBAUT

Il n'y a point de nécessité de l'ouvrir, je la veux

tOUtCc

CLITANDRE

Tu n'as qu'à la garder, je te la donne.

MA RI ANE

Il est homme d'esprit, vous avez raison.

THIBAUT

Nous velà donc d'accord à présent, je serons trois têtes dans le même bonnet; acoutez , vous n'avez pas mal fait d'y fourrer la mienne.

M A RI A NE

Nous pouvons compter sur ton zèle et sur ta discrétion ?

s6 LES VENDANGES DE SUIIÊNE.

Oh! pour cela oui , la peste m'étoufTe , je ne dis jamais rian : velà votre père qui va se remarier, par exemple; il viant de me le dire, est-ce cjue je vous en ai T)arlé ?

Mon père va se remarier !

THIBAUT

Que cela ne vous chagrine point, il vous mariera itou. Il attend ici aujourd'hui son gendre et samaitresse.-

ClITANDRE.

Que nous dis-tu là ?

THIBAUT

Pargué , ce qu'il m'a dit.

M A m A NE.

ïïe vous en avois averti , Clitandre ,' vous ne m'avez pas voulu croire.

CLITANDRE

Quelle apparence que votre père vous fît épouser un homme que vous n'avez jamais vu , qu'il ne counoît pas lui-même ?

M Ani ANE,

C'est le fils d'un de ses anciens amis le bailli de Gisors; il J a près d'un an qu'il me menace de ce mariage , et voilà ses menaces à la veille d être accomplies,

CLITANDRE

II faut en empêcher l'efifet.

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