LE CHEVALIER, MADAME PINÏJIN
LE C H E VALIEH.
Eh bien 1 qu'est-ce , la belle hôtesse ? Sitôt que je vous aperçois, j'écarte les importuns, comme vous voyez, et je connois à votre physionomie que je ne vous faispas de chagrin. Sympathiserions -nous ensemble , quelque tant soit peu , par aventure ?
MADAME PINUIN.
Poui'quoi non, monsieur le chevalier? J'aime les gens de bonne humeur; et de tous les Gascons que j"ai jamais vus, aous me paroissez !c plus drôle et le plus divertissant, je vous assure.
Aussi suis -je. Quel goût de femme! devenez veuve, madame Pinuin, je fais votre fortune; devenez veuve, encore un» fois, et je vous épouse.
i3a LPS CURIEUX DE COMPIÈGNE.
MADAME PINUIN.
Que je devienne veuve ! il y a trois ans que je le suis , monsieur.
LE CHEVALIEn.
Comment, vous l'êtes? Quoi! ce gros vivant qui ordonne tout dans la maison , qui tranche , qui taille , qui rogne. . . .
MADAME PINUIN.
Ce n'est que mon compère, monsieur le chevalier.,
LE CHEVALIER
.Votre compère ? Eh bien ! devenez veuve du compère , et nous ferons nos conditions.
MADAME PINUIN.
Il n'y a point de conditions à faire entre vous e'i moi. J'ai d'autres vues pour vous , monsieur le chevalier , je veux faire votrt^ fortune à vous qui m'offrez de faire la mienne. ,
LE CHEVALIER
Ma fortune , à moi ? cadédis , je vous mets h. même , parlez.
MADAME PINUIN.
Avez-vous le cœur libre, monsieur le chevalier?
Si j'ai le coeur libre ? j'entends; j'ai fait quelque passion dans le pajS ; et cadédis , pauvre chevalier, ne seras-tu jamais corrigé de trop d'ascendant
sur les dames ?