ACTE II, SCEXE III. i
Ta fais de cent vertus les instrnruents du crime. Avec moins de talents , ton frère plus humain , Lui qui vient de périr, peut-être sous ta main, Offroit à notre amour, par un rare assemblage , Le citoyen , l'ami , le guerrier et le sage : Utile à sa patrie et fidèle à ses rois, Ses illustres reA ers flétrissent tes exploits : Contre lui , contre Tienne, armant tes bras perfides, Tes victoires étoient autant de parricides. Achevé. Ose , cruel , sous ces murs malheureux , Me voir plonger vivante en des torrents de feux : Cueillecesvilslauriersquel'Anglois veut tevendre, Trempés du sang d'un frère et couverts de ma cendre.
H ARCOUtlT.
Ah .' quels traits déchirants vous plongez dans mou
sein I Que d'horreurs..! quoi ! mon frère expirer par ma
main !
^on... ^lais sa mort me rend à l'espoir de ma race. Que n'étiez-vous présente au jour de ma disgrâce I L'ascendant que sur moi vous donnoient vos appas Sur le penchant du crime eût retenu mes pas. En me privant de vous , on me rendit rebelle : Exile de la France et soupirant vers elle, Je m armai pour punir un ministre oppresseur, Pour l'en chasser moi-même en y rentrant vainqueur. Ah ! de ses fils absents la France est plus chérie : Plus je vis d'étrangers .plus j'aimai ma patrie , C'est pour elie et pour vous que j'ai tout entrepris, Z'.Ia valeur en voua deux voyoit son plus doux piix : Edouard sut flatter mon amour, ma Aengeance, Edouard me parut le vrai roi de la France. Mais le trépas d'Harcourt, terrassant ma fureur. Vient, par un coup de foudre , éclairer mon erreur.
Sur des morts entassés me fravant un passage, Mon courroux poursuivoit les débris du carnage ;
i6o LE SIEGE DE CALAIS.
Je m'entends appeler d'une mourante voix,
Je m'arrête... O mon frère..! à mes pieds je le vois .
Me tendant une main déchirée et tremblante ;
Le sang coule à longs Ilots de sa tête fumante ;
Ses cheveux tout trempés, et sur son front épars,
Me laissent aA ec peine entrevoir ses regards.
« Viens , qu'au dernier soupir, viens, qu'un frère
t'embrasse.
« Puisse ma mort du moins m'obtenir une grâce.' « Le roi perd un soldat : qu'J trouve plus en toi : « "Va lui rendre un héros, meurs uu jour comme
a moi ».
Je l'embrasse, et sou sang est lavé par mes larmes ; 11 expire... Je tombe étendu sur ses armes; On nous porte tous deux aux tentes des vainqueurs. Mes sens sont ranimés j^ar l'excès des douleurs. Votre nom prononcé dans ces moments terribles. Vos dangers, le récit de vos projets horribles, Vienne et ses durs mépris, tout, confondant mes
vœux , En a tourné vers vous le reflux orageux : Et je sens que l'amonr, lorsque l'honneur l'épure, Donne encor plus de foïce au cri de la nature.
ALI É N o R.
Eh ! bien , ose venger nos maux et tes forfaits. Je peux tout oublier... Viens délivrer Calais , Piends un malheureux père à sa fille tremblante. Et la gloire et la vie à la Erance expirante. De quelle ardeur j'irois te couvrir des lauriers Qu'un noble amour prépare aux dignes chevaliers .' Mais , hélas..! Vaine erreur ! songe de l'espérance; Le salut de Calais n'est plus en ta puissance : La faim vient d'énerver un reste de soLlafs, Leurs intrépides cœurs ne trouvent plus de bras. D'ailleurs de tous nos chefs la promesse sacrée De ces murs à l'Anglois offre déjà l 'entrée.
A. Cl E II, SCENE III. i6t
HARCOURT
Oui, je connois l'abîme où je suis entraîné. A des crimes encor par mon crime eacliaîné, lia vertu m'offre en vain de tardives lumières ; J'ai mis entre elle et moi d'invincibles barrières. JNIais... je puis des Trançois rejoindre les diapeaux... Que dis-j e .. .'' Eh ! pensez- vous qu'à mes serments nouveaux L'inflexible Valois rende sa confiance.'' Edouard a des droits sur ma reconnoissance : Sa fidèle amitié me livra ses secrets : Irai-je , contre lui , m'armer de ses bienfaits , Moi qui, malgré la voix de son sénat auguste . L'ai seul précipité dans cette guerre injuste i Ah ! le comte d'Artois traîna jusqu à la mort L'horrible désespoir d'un impuissant remord ; Et cet exemple affreux vient de montrer peut-être L'inévitable lin de qui trahit son maître.
Qui s'avance en ces lieux.^ Je "vois de toute part Les chefs des citoyens...
HjLRCOURT.
C'est l'ami d'Edouard, C'est le brave Mauni , que cette garde annonce , Et qui vient de son prince apporter la réponse.