ACTE III, SCENE Y. U'y
Eu voulant vous sauver, ne le perde avec vous.
amblétuse.
Eh 1 bien , le désespoir éclaire mon courage. Pourquoi tourner sur nous notre inutile rage ? En courant à la mort d'un visage affermi , Que ne la portons-nous au sein de l'eunemi .' Ce n'est point à mourir que la gloire convie , C'est à rendre sa mort utile à sa patrie : Un aveugle courage est-il une vertu ?
Qui ne sait que mourir, ne sait qu'être vaincu. Qu'aux tentes des Anglois la fureur nous entraîne ; Allons ensanglanter leur victoire inhumaine ; De notre perte encor forcons-les à gémir : Si l'on ne peut les vaincre , il faut les affoiblir. Sous leur nombre accablant si la valeur succombe, Elle peut entraîner ses vainqueurs dans sa tombe; Expirons dans leur sang : et que notre pa^s , En perdant ses vengeurs . compte moins d'ennemis.
Faisons plus. Tous voyez qu'illustrant ses ruines La France est maintenant féconde en héroïnes : L'épouse d'Edouard et Taltiere Monfort jN 'ont pas seules le droit de mépriser la mort. Allons ; il faut armer vos compagnes chéries, Ou réservez le fer pour \os mains aguerries. Tandis que les flambeaux qui vont brûler Calais , Seront lancés par nous sur le camp des Anglois. Ah 1 peut-être, en voyant l'ardeur qui nous anime, Harcourt y mêlera sa fureur lésitîme ; ( à Mauui. )
Et saura, A'ouspiùvant d'un bras toujours vainqueur. Vers la justice enfin ramener le bonheur.
( les bourgeois veulent encore sortir. ) SAIWT-riERRE.
François , où courez- aous ? Quel transport vous
i66 LE SIEGE DE CALAIS.
L'héroïsme en vos cœurs ne peut être barbare,
( à Aliénor et à AmLle'tuse. )
Pardonnez. Votre avis est par moi combattu.
Un long âge m'apprit rem[)loi de la vertu :
Sous des cheveux blanchis la valeur est tranquille,
Elle perd quelque éclat et devient pl\is utile.
^ aux hourgcois. )
Vous voyez qu'Edouard nous rend à notre roi :
C'est le j)lus doux espoir qui flattât notre foi.
Comptables de nos jours au monarque , à la France,
Irons-nous , dans l'ardeui- d'une altiere imprudence,
Perdre un peuple si cher, que l'on peut conserver,
Puisqu'enfin six mortels ont droit de le sauver.'*
Je sens qu'avec justice on craint l'ignominie
De livrer des François à qui l'honneur nous lie :
Mais j)Our fuir cette honte , il est un choix permis;
Je livre le premier... moi-même.
A u R E L E , vivement.
Et votre fils.
s AINT-riERRE.
Oui , tu dois partager la gloire de ton père.
A u R E T. E , se j ctant à ses pieds. Grand Dieu ! qu'en ce moment ma naissance m'est chère !