SCENE VI
EDOUARD , HARCOURT, ALIENOR ; gardes.
Edouard , j'ai rendu vos fureurs légitimes. 3Ies soins à l'échafaud arrachent vos victimes • Elles sont maintenant près du camp de mon roi.
EDOUARD
Perfide, oses-tu bien...
A L I É îî o R , avec une joie tranquille. Il est digne de moi.
EDOUARD
Quoi I ces François si fiers, qui bra voient le sup])lice, S'abaissent , pour le fuir, au plus lâche artifice ?
HARCOURT
Non. Je les ai trompés sans paroître à leurs yeux. A peine le héraut est entré dans ces lieux ,
2o8 LE SIEGE DE CALAIS.
J'ai publié , seigneur, qu'en vos mains apportée , A riustant leur rançon venoit d'être acceptée ; J'ai supposé votre ordre , et hâté leur départ ; Avant Melun lui-même ils quittoient ce rempart. Votre armée, autour d'eux chantant leur délivrance, Confirmoit leur erreur et servoit ma prudence. Entendez-vous ces cris? Tous les cœurs sont jaloux De vanter les vertus que j'annonçois en vous. Pour ces infortunés je vous donne ma vie : Qui causa leur malheur pour eux se sacrifie ; C'est le moindre devoir. Remplissez donc vos vœux; Rassemblez sur moi seul leurs supplices affreux...
EDOUARD
Tu les as mérités.
Ce n'est point quand mon zèle Vient de vous épargner une honte éternelle ; Mais lorsque , trahissant mon prince et mon pays , J'ai porté la victoire a leurs fiers ennemis.
( à Aliéner. ) Ah ! j'en pleure de honte. Ah .' dites à mon maître Que je meurs son sujet , et digne enfin de l'être.
( avec transport. ) J'abjure entre vos mains le serment détesté Qu'à son rival heureux ma fureur a prêté...
EDOUARD
Traître ! qui m'as promis comme au roi légitime...
ALI É NOR
Le parjure est vertu quand on promit le crime.
EDOUARD
Votre amour fait son crime et sa perte en ce jour.
AI.IÉNOR.
11 s'immole à sa gloire , et non à mon amour. Mais l'amour peut enfin reprendre sa pmssance ; Il ne fut point son guide , il est sa récompense.