SCENE III
GJLSTON , BAYARD , ALTEMORE , AVOGARE.
GASTON
Bayard, si la raison sait votre emportement, En n'accasant que vous plaignez-nous l'un et l'autre. Nous dcTons à l'honneur ou ma vie ou la votre. Si c'est moi qui péris , ne craignez rien du roi ^
(il remet à Altémore un pai^uet de papiers.) Songez à le servir et pour vous et pour moi : A ce pris, de mon sang il a droit de s'attendre. Mais , hélds ! s'il vous perd , que pourrai- j e lui rendre ?
Recevez mes regrets et mon adieu fatal; Embrassez un ami...
(il Tenibrasse , et ensuite il met Tepée à la niaiu. ) Combattez un rival.
BAYARD
Prince, eu vous offensant je me suis fait outrage : J'ai voulu m'en laver dans le champ du courage ; Pour accroître l'honneur que j'y tiouvai toujours, Je sais comment Bayard doit combattre Nemours.
( à très haute voix.) Entrez, braves guerriers , fiers soutiens de la France.
(uue foule Je cUevaliers entrent. ) GASTON.
Ciel !
AVOGARE, à part.
O revers !
BAYARD, vivement.
Vous tous, témoins de mon offense, Chabannes, Luxembourg , Tonneire, d'Aubignv, Brissac, mon digne émule; et toi, cher Coligny;
Vous, qu'eu secret ici j'ai priés de vous rendre Pour un noble dessein qui devoit vous surprendre;
(à Eiipliémie, qui outre par un autre côte.) Vous sur-tout, digne objet de mon fatal amour , Vous, que ma faute honore ainsi que mon retour,
(il lire sou é])ée avec le fourreau. ) Contemplez de Bayard l'abaissement auguste ;
(il la pose aux pieds de Gaston. ) Voyez comme il remplit le devoir noble et juste Que l'bonneur véritable impose à la valeur , El comment un gueriier se punit d'une erreur.
GASTON"
Attendri, transporté, je sens couler mes larmes. Le plus grand des guerriers, Bayard ,me rend les armes !
(il ramasse Tépe'e de Bajard, et lui doniie la sienne, qu'il a remise dans le fourreau j)eudaut que Bajard lui parloit. ) Je garde ton épée, et la mienne est â toi. Tremblez plus que jamais, ennemis de mon roi , Du glaive de Bayard ma valeur est armée : Ce sceptre de l'honneur va guider mon armée. Vous , Fi'ancois, apprenez si je suis à demi Digne d'un tel rival, digne d'uu tel ami.
(à Allcmore. ) Remettez dans ses mains ce que je vous confie ; L'écrit qu'il recevroit, s'il m'eiit ôté la vie.
( Bajaril prend le paquet. ) Vois que j'avois l'orgueil de vivre dans ton cœur : Connois quelle dépouille eût orné mon vainqueur; Le roi , si dans nos camps je perdois la lumière, M'a juré d'accomplir ma volonté dernière; Et Bayard par mon ordre, en terminant mes jouis , Devenoit comte et duc de Foix et de Nemours; En te donnant tpon nom j'en étendois la gloire. Et j "aurois confondu ta vie et ma mémoire.