‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 262 sur 361 · DÉ D O U A E D · texte numérisé non relu

DÉ D O U A E D

u camp Je Dom Henri ce François va venir • Dans ma tente , Guesclin , daignez lentretenir : Qu'il y soit sans frayeur, ma loi lui sert d'ôtape.

DU GUESCLIN

ïranstamare lui-même y viendroit sur ce "a^re

EDOUARD

Dom Pedre est plus tranquille .aux chefs des Musulmans Il apprend ses desseins , il reçoit leurs serments.

( montrant l'autre tente. ) Bourbon , dans cette tente où vos yeux l'ont revue Peut être en un moment par mon bras défendue. Cependant dites-moi quelle étrange raison Vous fait en ces climats revenir sans rançon* Charles ne doit qu'à vous le salut de la France , Et n'a pas de Guesclin payé la délivrance .''

io4 PIERP.E LE CRUEL.

DU GUESCLIN

C'est moi qui de ses dous fis un juste refus ; A l'état épuisé ma main les a rendus : Dans les malheurs publics, un monarque économe Doit-il prodiguer l'or aux besoins d'un seul homme? .1 "ai voulu prendre part à nos communs revers , Et par mes propres biens me racheter des fers. J'allai chercher moi-même au fond de l'Armorique L'honorable débris de ma fortune antique , Et des dons de Henri le dépôt précieux ; Lorsque ma digue épouse, accourant à mes yeux : « Tu vois , m'a-t-elle dit, nos guerres intestines « Ont rempli nos climats de morts et de ruines ; « Avant mon triste sort , que je n'ai pu prévoir, « A la patrie en pleurs j'ai pensé tout devoir. « Le bien de mes aïeux , égal à ma naissance , « Que m avoit conservé leur modeste opulence, « Et qu'honora l'amour en l'oflrant à Guesclin , « Fut It trésor du pauvre, et nourrit l'orphelin ; « Je leur ai livré tout dans ce temps si funeste ; « Ton épée et ton nom , -^ilà ce qui nous reste. »

Edouard, avec transjjort, C'est avoir plus encor que les trésors des rois. Ah ! sa bonté prodigue a prévenu tes lois. Magnanimes époux, quel bonheur est le vôtre î Toujours un de a'os cœurs fait la gloire de l'autre.

DU GUESCT^iN, affectueusement.

Cher prince , vous goûtez ce bonheur souverain. Votre épouse elle-même, en nous cachant sa main, Sous des noms supposés fît compter à mon frère Cette riche rançon qu'exigeoit votre père : Mon erreur accepta ces secours imprévus. Mais trente chevaliers , dans Bordeaux retenus, Courbés sous l'indigence , et respirant à peine. Victimes de l'honneur, périssoient dans leur chaîne. ( vivemeut. )

ACi E II, SCE^ E I. io5

Je leur ai partagé tout l'or de nia rançon,

Et par leur liberté je rentre en ma prison.

Ils 1 ignoi'oient , seigneur, et vous devez le croire:

Plus utiles que moi pour fixer la victoire,

Au camp de Transtamare ils ont su parvenir.

Et peut-être en est-ce un qui veut m 'entretenir.

EDOUARD

Rien ne m'étonne en vous, mais tout me fait envie.

Quoi ! de vous imiter la douceur m'est ravie

INIoa père s'est bientôt repenti du traité

Qui , même à si haut prix, mettoit ta liberté.

Il veut que ta rançon , dans mes mains apportée,

Après les temps prescrits , ne soit plus acceptée.

Cie matin j'arrivois , et déjà Dom Henri ,

Eu m'offrant tout sou or, demandoit son ami :

!Mais les temps sont passés ; il faut que j'obéisse ,

Que je fasse à mon père un si dur sacrifice :

Cet ordre est le prerniei' de ce père adoré,

Oui , le seul dont mon coeur ait jamais murmuré.

DU G U E s C L I N.

Je n'espère pas moins ma prompte délivrance ; Transtamare , au lieu d'or emploira la vaillance. Il sait trop que lui seul a fait tout mon malheur : Des chaînes de Guesclin vous lui devez l'honneur... ]X"en parlons plus. Souffrez que j'acquitte la France Du tribut de respect et de reconnoissance Qu'en délivrant Bourbon méritent vos bienfaits. O héros ! protecteur des héros de Calais , Dès l'enfance aux vainqueurs vous serviez de modèle: Qu'à toutes vos vertus j'aime à vous voir fîdele ! Mais ce sont ses pareils qu'un grand cœur doit chérir ; C'est Yalois dans les fers qu'Edouard put servir : Sachez que votre bras ici se déshonore, S'il protège un tyran que l'univers abhorre. A quels noms mêlez vous ce beau nom d'Edouard î Et parmi quels drapeaux flotte votre étendard.'

io6 TIERRE LE CRUEL,

Voit-on deux Espagnols dans cette immense armée?

De Musulmans , d'Hébreux , elle est toute formée ;

Et des dignes soldats de ce vil iSavarrois,

Qui vend , trompe, assassine, empoisonne les rois.

Quel intérêt vous dicte une telle alliance ?

L'orgueil de relever l'ennemi de la France ?

Grâce à la politique , à sa fausse grandeur,

La gloire des héros n'est pas toujours l'honneur.

EDOUARD

Eh bien ! terminons tout par l'accord le plus sage ; J'avois besoin de vous pour un si grand ouvrage. Je vais revoir le roi ; j'espère le fléchir.

(lui prenant la main. ) Guesclin, nos longs débats vont enfin s'assoupir.

DU GUESCLIN, vivement.

Si pour jamais , seigneur, nos nations amies...

Edouard, avec confidence.

Va , l'Europe craindroit de les voir trop unies : Le monde entier trembla quand le roi des Anglois Fut tout prêt de s'asseoir au trône des François : Ces deux peuples vainqueurs, l'un pour l'autre in-

domtables Sous les mêmes drapeaux seroient trop redoutables; Et leurs sceptres, un jour rassemblés dans ma main, Rendroient mes successeurs les rois du genre humain. Le ciel , en divisant la France et l'Angleterre, Sauve la liberté du reste de la terre.

du guesclin.

C'est nous estimer trop : il est des Castillans , Des Germaius...Jecroisvoir le François que j'attends.

EDOUARD

Je vous laisse.

( il .'•ort de la tente avant que le François y entre. ) DU GUESCLIN, regardant le François.

Son casque est fermé .' quelle crainte Peut l'agiter .**

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