ACTE III, SCENE Yll
Qui du bord de l'abîme aussitôt me rappelle. Vous avez mes serments... il les eut avant vous. Confus de ses bienfaits... de vos charmes jaloux, Si je TOUS perds, hélas .' il faudra que j'expire : Si pour vous mériter j'usurpe son empire, Si son sang doit sceller cet hymen où je cours , jNIon bonheur deviendra le poison de mes jours. Mais déjà dans vos yeux le feu de la colère...
VITELLIE.
Non; le plus froid mépris est ton digne salaire.
s E XT u s.
Ah ! je le mentois quand ma lâche fureur Envisageoit ma honte avec moins de terreur. Loin du moment fatal , et loin de ma victime, Je ne concevois pas ce que coùtoit un crime. Mais voyant dans les bras de son peuple enchanté Ce modeste héros en triomphe porté , Ces éclats de la joie , et cette douce ivresse , Ces yeux tout pleins de lui qui Je cherchoient sans
cesse, Et qui se disputoient la /aveur d'un regard Que son œil complaisant leur jetoit au hasard , Des premiers cris du cœur la naïve éloquence , Et de l'amour content Fexcusable licence ; Alors pour mon ami mon zèle rallumé...
Vous-même en ce moment... oui . vous l'auriez ai me.
VITELLIE.
Ami de mon tyran, qiieJle est ton insolence De venir le -vanter jusques en ma présence."* Va , contre mon devoir sa vertu ne peut rien , [1 est toujours pour moi fils de Vespasien : Coupable par le sort, sa naissance est son crime; [ssu d'un autre père , il auroil mon estime. Mais il s'est élevé sur mes parents détruits. On hérite du crime en recueillant ses fruits. Penses-tu qu'au mépris du sang dont je .suis née.
42 TITUS
A l'ami de Titus ma main soit destînée? Je pleure un père , hélas ! que je vis égorger ; l\i veux être son fils , et n'oses le venger ; Tu te crois un tvran, si tu ceins sa couronne; Le nom d'usurpateur t'effarouche et t'é tonne. Ah ! les fameux tyrans sont mis au rang des dieux ; D'usurpateurs sans nombre on a peuplé les cieux ; Et celui qu'on fait roi des immortels eux même, Sur le front de son père a pris le diadème. Mais toi , lorsque ma main t'élevc au j)lus haut rang, Tu respectes un scep tre encor teint de mon sang ; Tu m'opposes les droits de la reconnoissance, Quand j'arme ton amour des droits de ma naissance. Eh l)ien ! si ton devoir est différent du mien , Mon sort ne sauroit plus s'unir avec le tien : Je te rends tes serments ; je vais trouver sans peine Des cœurs dont la vertu s'accorde avec la mienne. ( elle fait un mou .eruent pour sortir. ) s E X T u s , l'arrêtaut.
Madame , il n'est plus temps ; par des avis secrei-, L'empereur est instruit de nos sanglants projets : Méritons sa clémence. Il vient de me renietti e . En mandant le sénat , cette funeste lettre. Lisez.
( la Tovant prête à sortir après qu'elle a lu. )
Qu'alltz-vous faire en ce mortel effroi.»*
VITELLIE, se retournant avec une fureur froide. La rendre à Lentulus, et lui donner ma foi.
s E X T u s , lui reprenant la lettre avec violence. Arrêtez... ! ciel vengeur... ! Cruelle jalousie, De mon cœur forcené tu deviens la furie. Ah ! barbare, plutôt que mon rival heureux... Je sacrifirois tout dans mes transports affreux. Mais vous m'avez appris quel sang je dois répandre : Au lieu de ce héros , de cet ami si tendre , Tremblez, c'est Lentulus que je vais immoler;