‹ Œuvres choisies de De BelloiChapitre 69 sur 361 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

Dès tes plus jeunes ans tu n'eus d'appui que uioi ; Tu n'es rien si je sers, et tout si je suis roi. Voilà sur quels garants je vais t'ouvrir mon auie.

Rhamnès, dès le berceau l'ambition m'enflamme. Sorti du sang des rois, mais du trône éloigné, J'en dévorois l'espace en mon cueur indigné ; La force ne pouvoit m'en briser les ])arrieres , La souple politique écarta les premières. C'est moi qui par degrés , les rendant ennemis , Tis périr en ces lieux le père par le fils. Et ce farouche Azor, que j'ai chargé de crimes , C'est moi qui l'ai rejoint à ses tristes Tictimes,

Vous !

Tu sais qu'assuré des cœurs de ses soldats , Sa garde, au milieu d'eux, ne suivoil point ses pas ; Il veilloit sur sou camp, et jamais sur sa tente. C'est là que cette nuit ma haine impatiente Dans son coupable sang se baignoit à loisir, Quand j'entendis vers nous des guerriers accourir. A peine je saisis l'instant de disparoitre. Azor, en expirant, m'aura nommé peut-être. Cet importun effroi trouble seul mes projets. Mais pour les rafièrmir les moyens sont tout prêts.

Déjà , par le refus de la toute-puissance, Ceux qui m'accuseroient sont démentis d'avance ; Et ce roi, fils d'Ilus, entre mes mains livré , Devient , dans un revers, mon otage assuré. Tu me crois trop prudent pour lui laisser atteindre L'âge de se connoître et le temps d'être à cifiindre. Ressource passagère aux périls que je cours, Leur terme fixera le terme de ses jours.

R H A M NE s.

Sans doute a son époux vous renvoyez Zelmire , Sur un trône étranger...

A N TÉ N O R

Pergame est son empire :

Son père, par ses soins, s'est vu sacrifier. D'un cœur qui me ressemkle il laut me défier. Je saurai quel dessein peut l'avoir animée. Rhauinès , des ce moment sois le chef de l'armée; Ma faveur te jiréfere aux plus nobles rivaux. Prévois par cet essai le prix de tes travaux. Du peuple et des soldats l'impatience avide D'Azor, avec fureur, recherche l'homicide. Feignons le même zèle à venger son trépas. Phorbas aimoit le père : ose accuser Phorbas , J 'oserai le juger ; et sa foible innocence Sous nos puissantes mains tombera sans défense. Mais que ton art secret remonte j)ar degrés A ceux qui dans la tente après moi sont entrés ; Moi-même, en les cherchant, je ne dois point

paroître; Des yeux qu'ils craindront moins pourront mieux

les connoitre :

Je m'en remets à toi. Tu peux tout en ce jour, Si des peuples séduits je conserve l'amour.

J'ai fondé ma grandeur sur l'estime publique, D'un sage usurpateur utile politique; Je feins de fuir un trône ou tendent tous mes pas ; J'encense des dieux vains que mon cœur ne croit pas; Et tu vois que le peuple et la cour et 1 "armée De cent titres divins chargent ma renommée; Mon nom n'est prononcé qu'entouré de vertus. Gardons de dessiller des yeux si prévenus ; J'ai su tromper mon siècle, et je veux davantage*. Je veux que son erreur s'étende d'âge en âge , Et que rout l'avenir ne puisse voir en moi Qu'un sujet vertueux que le sort a fait roi.

Tels sont les grands desseins où mon clioix t associe :

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