LIVRE I
La terre s'enti 'ouvrit, les fleuves reculèrent;
Et, pour comble d'effroi... les animaux parlèrent;
Le superbe Éridan , le souverain des eaux ,
Traîne et roule à grand bruit forêts, bergers , troupeaux;
Le prêtre , environné de victimes mourantes ,
Observe avec horreur leurs fibres menaçantes ;
L'onde changée en sang roule des flots impurs;
Des loups hurlant dans l'ombre épouvantent nos murs ;
Même en un jour serein l'éclair luit , le ciel gronde ;
Et la comète en feu vient effrayer le monde.
Aussi la IMacédoine 7^ a vu nos combattants Une seconde fois s'égorger dans ses champs ; Deux fois le ciel souffrit que ces fatales plaines S'engraissassent du sang des légions romaines. Un jour le laboureur 7^ , dans ces mêmes sillons OiJ dorment les débris de tant de bataillons , Heurtant avec le soc leur antique dépouille , Trouvera , plein d'effroi , des dards rongés de rouille , Verra de vieux tombeaux sous ses pas s'écrouler, Et des soldats romains 7^ les ossements rouler.
O père des Romains, fils du dieu des batailles! Protectrice du Tibre , appui de nos murailles ,
Proluit insano contorquens vortice silvas Fluviorum rex Erklanus, campos(iuc per omnes Cuin stabulis armenla tulit; nec tempore eoUciii Tristibus aut extis fibr-ï apparere minaces, Aut puteis manare cruor cessavit , et al ta; Per nocteni resonare, lupis ululantibns, urbcs. Non alias coelo ceciderunt plura sereno Fulgura ; nec diri loties arsere coinetae.
Ergo inter sese paribus concurrere telis 490 Romanas acies iterum videre Fhilippi ;
Nec fuit indignum snperis, bis sanguine nostro Ematliiam et latos H;cnii pinguescere campos.
Scilicet et tempus veniet , (puim finibus illis Agricola , incurvo tcrram niolitus aratro, Excsa invcniet scabra rubiginc pila , Aut gravibus rastris galeas pulsabit inancs ,
Vesta! dieux paternels 76, ô dieux de mon pays ! Ah ! du moins que César rassemble nos débris ! Par ces revers sanglants dont elle fut la proie , Rome a bien effacé les parjures de Troie. Hélas 1 le ciel, jaloux du bonheur des Romains , César, te redemande aux profanes humains. Que d'horreurs en effet ont souillé la nature ! Les villes sont sans lois , la terre sans culture ; En des champs de carnage on change nos guérets , Et Mars forge ses dards des armes de Cérès. Ici le Rhin se trouble '7 , et là mugit l'Euphrate ; Partout la guerre tonne et la discorde éclate*, Des augustes traités le fer tranche les nœuds , Et Bellone en grondant se déchaîne en cent lieux. Ainsi , lorsqu'une fois '^ lancés de la barrière , D'impétueux coursiers volent dans la carrière , Leur guide les rappelle et se roidit en vain : Le char n'écoute plus ni la voix ni le frein.
Grandiaque effossis mirabitur ossa scpulcris.
Di patrii indigetes, et Romule , Vestaque mater, Quae Tuscum Tiberim et Romana palatia servas ,
500 Hune saltein everso juvenem suceurrere saecio Ne prohibete! Satis jampridem sanguine nostro Laoraedonteae luinius perjuria Troja?. Jampridem nobis cœli te regia, Caesar , Invidet, atque hominum queritur curare triumpbos. Quippe ubi fas versum atque nefas , tôt bella per orb» Tarn multoe scelerura faciès : non ullus aratro Dignus honos ; squaleut abductis arva colonis,. Et curva3 rigidum falces conflantur in eiiseni. Hinc movet Euphrates, illinc Germania bellum :
510 Vicinse, ruptis inler se legibus , urbes
Arma ferunt j saevit toto Mars impius orbe. Ut , quum carceribiis sese effudere, quadrigae Addunt in spatia, et frustra retinacula tendens, Fertur equis auriga , neque audit currus liabcnas.
LIVRK ir. 60