‹ Œuvres choisies de DescartesChapitre 100 sur 119 · page · texte numérisé non relu

page

summum studiorum voluptatem, non in audiendis aïiorum rationibus, sed in iisdem propria industriel inveniendis semper posuerim, que le plus grand plaisir de l'étude a toujours été pour moi, non pas d'écouter les raisons des autres, mais de les découvrir moi-même, — quod me unum cum juvenem adhuc ad scientias addiscendas alîexisset, cela seulm'ayant attiré jeune encore vers l'étude des sciences, — quoties novum inventum aliquis liber pollicebatur in titulo, chaque fois que quelque livre promettait par son titre une nouvelle découverte, — antequam ulterius ïegerem, avant d'aller plus loin, — experiebar utrum forte aliquid simile per ingenitam quamdam sagacitatem assequerer, j'essayais si par ma sagacité naturelle je ne pourrais pas atteindre à quelque chose de semblable, — cavebamque exacte, et je me gardais bien, — ne mihi hanc oblectationem innocuam festina lectio prœriperet, de m'enlever cet innocent plaisir par une lecture précipitée. — Quod toties successit, cela me réussit tant de fois, — ut tandem animadverterim, que je m'aperçus enfin, — me non amplius, ut cœteri soient, per vagas et cœcas disquisitiones, fortunœ auxilio potius quam artis, ad rerum veritatem pervenire, que j'arrivais à la- vérité, non plus, comme les autres hommes, par des recherches vagues et aveugles, et plutôt avec le secours de la fortune qu'avec le secours de l'art, — sed certas régulas, quœ ad hoc non parum juvant, longa experientia percepisse, mais que j'avais trouvé, par une longue expérience, des règles fixes qui ne sont pas d'une médiocre utilité pour cette étude, — quibus usus sumpostea ad plures excogitandas, et dont je me suis servi dans la suite pour découvrir d'autres règles. — Atque ita hanc totam methodum diligenter excolui, et ainsi j'ai cultivé avec soin toute cette méthode, — meque omnium maxime utilem studendi modum ab initio sequendum fuisse mihi persuasi, et je me suis persuadé que dès le principe j'avais suivi la meilleure manière d'étudier. »

Qu'on donne ce paragraphe à vingt traducteurs différents, et, sauf quelques variantes de mots, on aura vingt traductions identiques. C'est qu'en effet la traduction fidèle de ce passage et

d'une multitude d'autres du même genre ne peut jamais produire que la même phrase.

A présent nous prions les lecteurs qui seraient frappés de la ressemblance de quelques parties de notre traduction avec celle de M. Cousin de vouloir bien faire le travail que nous avons fait; c'est à savoir de traduire les mêmes passages avec le texte seulement sous les yeux; ils seront surpris de l'inutilité de leurs efforts pour obtenir quelques résultats nouveaux. Voilà précisément ce qui nous est arrivé plusieurs fois avec notre prédécesseur, sans que l'on puisse nous accuser d'avoir copié autre chose que le livre même de Descartes.

Cependant, il faut bien le dire, l'ensemble de notre travail diffère essentiellement de celui de M. Cousin; nous ne donnons pas toujours le même sens aux mêmes passages.

Par exemple :

Descartes, après avoir dit que le vide des mathématiques spéciales l'avait porté à la recherche d'une science mathématique en général, ajoute : Quœsivi * imprimis quidnam prœcise per illud nomen omnes intelligant , et quare non modo jam dicta, sed astronomia etiam, musica, optica, mechanica, aliœque complures, mathernaticœ partes dicantur.

Voici la traduction de M. Cousin ;

Je me suis demandé d'abord ce qu'on entendait précisément par ce mot mathématique, et pourquoi l'arithmétique et la géométrie seulement, et non l'astronomie, la musique, l'optique, la mécanique et tant d'autres sciences, passaient pour en faire partie.

Voici maintenant notre traduction :

Je me demandai d'abord ce qu'on entendait précisément par ce mot, et pourquoi on regardait comme faisant partie des mathématiques non-seulement l'arithmétique et la géométrie, mais encore l'astronomie, la musique, l'optique, la mécanique et plusieurs autres sciences.

Autre exemple :

Après avoir posé que l'intuition et l'induction sont les deux seuls moyens d'arriver à la vérité, et que l'intuition doit être évidente, Descartes poursuit ainsi: Nam1, ex. gr., sithœc consequentia : 2 et 2 efficiunt idem quod 3 et ï ; non modo intuendum est 2 et 2 efficere 4, et 3 et 1 efficere quoque 4, sed insuper ex his duabus propositionibus tertiam illam necessario eoncludi.

M. Cousin traduit :

Ainsi, quand on dit que 2 et 2 font la même chose que 3 et 1, il ne faut pas seulement voir par intuition que 2 et 2 égalent 4, il faut encore voir que de ces deux propositions il est nécessaire de conclure cette troisième, qu'elles sont égales.

Et nous :

Ainsi, par exemple, étant donné ce résultat: 2 et 2 font la même chose que 3 et 1, non-seulement il faut voir intuitivement que 2 et 2 font 4, et que 3 et 1 font aussi 4, mais encore que la première proposition est la conséquence nécessaire des deux autres.

Autre exemple :

Après avoir démontré qu'il est impossible à un homme qui ne connaît que les mathématiques de trouver la ligne appelée en dioptrique anaclastique, Descartes ajoute :

Si 2 vero aliquis, non solius mathematicœ studiosus, sed qui juxta regulam primam de omnibus quœ occurrunt, veritatem quœrere cupiat, in eamdern difficultatem incident, ulterius inveniet hanc proportionem inter angulos incidentiœ et refractionispendereab eorumdem mutatione, propter varietatem mediorum, rursum hanc mutationem pendere a medio quod radius pénétrât per toturn diaphanum, atque hujus penetrationis cognitionem supponere illuminationis naturam eliam esse cognitam, denique, ad ïiluminationëm intelligendam, sciendum esse quid sit generaliter potentia naturalis.

Page 1