RECUEILLIES PAR LE R. P. MERSENNE
I. C'est par une fiction que vous avez rejeté les apparences des corps; vous ne pouvez donc conclure de là qu'en réalité la pensée n'est pas le mouvement de quelque corps.
II. L'idée d'un être souverain peut dériver des perfections que vous voyez en vous et dans les autres. Il n'est pas besoin que toutes les perfections de l'effet soient dans la cause : les mouches et les plantes sont produites par l'action du soleil, de la pluie et de la terre, qui n'ont point de vie. L'idée de la souveraine perfection vous vient de l'éducation, de l'idée des choses corporelles (car vous ne nous avez pas indiqué le moyen de nous former l'idée de quelque chose d'incorporel), et enfin de la généralisation.
III. Puisque vous n'êtes assuré d'une vérité qu'à la condition d'être certain de l'existence de Dieu, vous ne savez pas encore certainement que vous êtes une chose qui pense, au moment où vous vous appuyez sur ce principe. Un athée conçoit clairement les propositions géométriques, quoiqu'il nie Dieu. La présence du mal et la pluralité des êtres sont en contradiction avec l'hypothèse d'un être infini et parfait, lequel exclut non-seulement tout mal, mais encore toute autre existence que la sienne; car si quelque chose existe avec lui, il n'est pas infini.
IV. Quelques scolastiques admettent, contre votre opinion, que Dieu peut être trompeur, comme lorsqu'il annonce dans l'Écriture des événements qui cependant n'arrivent pas, lorsqu'il endurcit le cœur de Pharaon, et qu'il met l'esprit de mensonge dans les prophètes. Ne peut-il pas tromper les hommes pour leur bien, comme un père ses enfants, comme un médecin ses malades? D'ailleurs l'erreur ne peut-elle pas venir de votre nature? La clarté n'est pas une preuve de vérité, puisqu'on s'est trompé souvent en des choses qui partissent plus claires que le soleil.
V. Si la volonté ne pèche qu'en s'attachant aux conceptions confuses et obscures de l'entendement, les infidèles ne pèchentils pas en embrassant la religion catholique, dont ils ne connoissent pas clairement la vérité ?
VI. La question est de savoir si l'existence de Dieu n'est pas en contradiction avec son essence. De plus, nous ne connoissons pas assez clairement la nature de Dieu pour en rien conclure; vous avouez vous-même que vous ne concevez l'infini qu'imparfaitement.
VII. Les Méditations ne contiennent aucune démonstration de l'immortalité de l'âme, ni même de la distinction de l'âme et du corps. Il seroit fort utile de présenter à la suite des réponses une série de définitions, de postulats, d'axiomes et de démonstrations selon la méthode géométrique.