LE DISSIPATEUR, ACTE I, SCENE II
mnn.
Ifa foi , Cléon ferait an acte méritoire.
PASQSIR.
C'est par cette raison qu'il ne le fera pas. La générosité pour lui n'a point d'appas. C'est ou pour son plaisir, ou par vanité pure. Qu'il prodigue son bien sans raison ni mesure. Très-sou vent le caprice «cite ses bienfaits ; Et jamais , à coup sûr , ils n'ont de bons effets. Aussi ses faux amis, dont grande est l'abondance, Loin de lui savoir gré de sa folle dépense. Ici, pour le flatter, font de communs efforts, Et te moquent de lui , sitôt qu'ils sont dehors.
ritlKTTK.
Et Pasquin peut souffrir un semblable manège ? Tu ne profites pas de l'ample privilège Que Cléon t'a donné depuis un si lopg temps , De lui pouvoir surtout dire tes sentiments , Pour chasser de chez vous tous ces flatteur* avides Que l'on ne voit jamais en sortir les mains vides? Morbleu ! si ma maîtresses voit ce faible-là , Je périrais plutôt que de souffrir cela: Jamais ceafauxamisne deviendraient nos maîtres, Et je les ferais tous sauter par les fenêtres.
Dans les commencements je me suis tout permis Pour bannir de céans ces dangereux amis. Sortis par une porte, ils rentroiént par une autre. Mon maître quelque temps a fait le bon apôtre ; Il suivoitmes conseils, s'en faisoit une loi; A la fin les flatteurs l'ont emporté sur moi. J'allois être chassé pour toute récompense , Et vingt coups de bâton m'ont imposé silence. Moi qui me plais céans, et qui m'y trouve bien, Je me sois radouci. J'ai fait comme ce chien Qui poFtoit à son cou le dîner de son maître , Et trouvant d'autres chiens qui vouloient s'en repat- Qjuand il crut ne pouvoir se sauver du hasard, [tre. Leur livra le dîner pour en manger sa part.
rtmTTs.
D'un fidèle valet est-ce donc là l'office?
PÀSQOTN.
Eh morbleu 1 que chacun se rende ici justice. Ta maîtresse Julie en nse-t-eUç mieux?
Cléon de jour en jour en- est plus amoureux. 11 prétend l'épouser ; et cette aimable veuve De son pouvoir sur lui fait chaque jour l'épreuve. Ne de vroit-elle pas empêcher que Cléon N'achève de ses biens la dissipation; Mais bien u*m de sauver son amant du pillage, C'est elle qui s'y porte avec plus de courage. tuuun.
Il esWrui qu'elle est vive, et qu'elle fait samain. ' Malgré tous mes avis, elle va son chemin.
FASOCIN.
Eh! tu suis son silure avec assez d'adresse,- Et te voila vêtue ainsi qu'une princesse. De même que Julie, ardente à nous piller....
nuiu.
Oh ! pour moi , je n'ai fait encor que grapiller. Si tu voulois m'aider , je ferais mieux mon compte.
Tout dépend à présent de ce monsieur le Comte , Qui gouverne Cléon , et s'en est emparé. C'est loi qu'il faut gagner. C'est ce flatteur outré Qui, par une servile et basse complaisance, Asubjuguémonmattre, et règle sa dépense.
Son pouvoir est sans borne; on n'obtient rien sans niraxTS. [lui.
L'avis n'est pas mauvais. Je veux des aujourd'hui En faire usage. Adieu; ear voici ma maîtresse.
FASOUIH.
Je voulois te glisser quelque mot de tendresse: On m'en dte le temps ; mais tu n'y perdras rien.
J'y compte, et nous pourrons renouer l'entretien.