‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 1119 sur 1244 · V. DES MAZDBES · texte numérisé non relu

V. DES MAZDBES

Vous trayez donc qu'elle ne m'aime pas?

LA BABONKE.

Oui , vraiment , je le crois : elle l'a déclaré assez hautement; et, à vous dire le vrai, cela m'embarrasse.

H.BBS MAEKRES.

Eh ! pourquoi , je vous prie ?

la baboitnb.

La question est excellente ! Si elle vous épouse malgré elle, croyez-vous qu'elle vous sende fort heureux?

, K. DBS UAZUBES.

Non vraiment; maisje vous réponds, moi, qu'elle m'épousera de tout son cœur.

LA B ABONNI.

Et sur quoi fondez-vous cette confiance ?

M. DBS XAZUXES.

Sur deux raisons sans réplique : mon mérite et son bon goût.

LA BAXQIfTTE.

Ne vous y fiez pas , je la crois prévenue pour quelque autre. .

H. DES KAZUBSS.

Tant mieux.

LABABOOTHE.

Comment , tant mieux !

k. des Mazeb.es. [reuse,

■ Sans doute : en triomphant de sa flamme amou-

■ Ma victoire en sera d'autant plus glorieuse. >

là b abonne.

A ce qu'il meparoit , mon cousin , vous avisasses bonne opinion de votre petite-personne?

K. DBS UAZUBES.

Quand on est accoutumé à vaincre, on ne craint

point d'être battu.

LA'BABjDNNE.

Ma fille n'est point une provinciale, je- vous» avertis; et, puisqu'il faut vous dire tout, celui qu'elfe aime est un jeune courtisan des. plus accomplis, à ce qu'on m'assura.

H. DESMAZtJBES.

Et que m'importe ? Croyez-vous qu'un courtisan puisse me surpasser en bonne mine, en esprit, en grâces, en talents, en vivacité, en tout ce qui peut toucher et charmer un cœur ? Si Angélique étott une bête , une innocente, peut-être que mes belles qualités ue la frapperaient pas; mais, étant aussi délicate, aussi spirituelle L et aussi savante que vous le dites, il est aussi impossible qu'elle ne sympathise pas avec moi , qu'il est impossible que l'aimant n'attire- pas' le fer.

LA BABONNB.

Supposons tout ce que vous croyez , il est certain

cependant quevous avez un rival dangereu*; qu'on croit qu'il est en ce pays-ci , et qu'il est bonune à tous insulter : ainsi tenez-vous sur vos gardes. Vous lèves?. .

M. DES MAZDHKS.

• Elle a beau se tenir en garde ,

■ L'Amour, ce petit dieu qui darde,

■ Saura si bien darder son cœur ,

« Quelemjen, tôt ou tard, s'en rendra possesseur. »

Oh 1 vous m'impatientez. Vous rêvez et vous faites des vers , su lieu de profiter de l'avis que je vous donne.

M. DES MAZUEES.

Excusez , ma chère cousine ; je pelotte en attendant partie. T'ai une si haute idée de l'esprit de mademoiselle votre fille, que je tends tous les ressorts du mien , pour ne pas demeurer court avec elle : nette pensée m'occupe uniquement; et je serai incapable de vous écouter, jusqu'à ce que j"aîe étalé tout mon mérite à ses yeux.

LA B ABOUTIE.

La voici fort à propos : au premier mot elle va vous convaincre qu'elle est encore au-dessus de sa réputation , et qu'il n'y a point de fille en France qui ait plus d'esprit qu'elle. Au reste , je compte sur votre discrétion ; c'est pourquoi je voua laisse ensemble.

M. DBS MAZUHEB.

Ne craignez rien , ma cousine; le corne n'aura point de part à cette entrevue : ce ne sera qu'un assaut d'esprit. Tout mon embarras estde savoir si j'attaquerai son cœur en vers ou en prose- La. BAIOHITE.

En prose, et point de vers , si vous m'en croyez. Ha fille , comme Monsieur doit être ce soir votre mari , je vous laisse un moment avec lui, afin qu'il puisse voir que le portrait qu'on lui a fait de vous n'est point flatté. Faites bien les honneurs de votre esprit, et songez que mon cousin sera désormais l'unique personne à qui vous devez tacher de plaire.

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