V. DES MAZDBES
Vous trayez donc qu'elle ne m'aime pas?
LA BABONKE.
Oui , vraiment , je le crois : elle l'a déclaré assez hautement; et, à vous dire le vrai, cela m'embarrasse.
H.BBS MAEKRES.
Eh ! pourquoi , je vous prie ?
la baboitnb.
La question est excellente ! Si elle vous épouse malgré elle, croyez-vous qu'elle vous sende fort heureux?
, K. DBS UAZUBES.
Non vraiment; maisje vous réponds, moi, qu'elle m'épousera de tout son cœur.
LA B ABONNI.
Et sur quoi fondez-vous cette confiance ?
M. DBS XAZUXES.
Sur deux raisons sans réplique : mon mérite et son bon goût.
LA BAXQIfTTE.
Ne vous y fiez pas , je la crois prévenue pour quelque autre. .
H. DES KAZUBSS.
Tant mieux.
LABABOOTHE.
Comment , tant mieux !
k. des Mazeb.es. [reuse,
■ Sans doute : en triomphant de sa flamme amou-
■ Ma victoire en sera d'autant plus glorieuse. >
là b abonne.
A ce qu'il meparoit , mon cousin , vous avisasses bonne opinion de votre petite-personne?
K. DBS UAZUBES.
Quand on est accoutumé à vaincre, on ne craint
point d'être battu.
LA'BABjDNNE.
Ma fille n'est point une provinciale, je- vous» avertis; et, puisqu'il faut vous dire tout, celui qu'elfe aime est un jeune courtisan des. plus accomplis, à ce qu'on m'assura.
H. DESMAZtJBES.
Et que m'importe ? Croyez-vous qu'un courtisan puisse me surpasser en bonne mine, en esprit, en grâces, en talents, en vivacité, en tout ce qui peut toucher et charmer un cœur ? Si Angélique étott une bête , une innocente, peut-être que mes belles qualités ue la frapperaient pas; mais, étant aussi délicate, aussi spirituelle L et aussi savante que vous le dites, il est aussi impossible qu'elle ne sympathise pas avec moi , qu'il est impossible que l'aimant n'attire- pas' le fer.
LA BABONNB.
Supposons tout ce que vous croyez , il est certain
cependant quevous avez un rival dangereu*; qu'on croit qu'il est en ce pays-ci , et qu'il est bonune à tous insulter : ainsi tenez-vous sur vos gardes. Vous lèves?. .
M. DES MAZDHKS.
• Elle a beau se tenir en garde ,
■ L'Amour, ce petit dieu qui darde,
■ Saura si bien darder son cœur ,
« Quelemjen, tôt ou tard, s'en rendra possesseur. »
Oh 1 vous m'impatientez. Vous rêvez et vous faites des vers , su lieu de profiter de l'avis que je vous donne.
M. DES MAZUEES.
Excusez , ma chère cousine ; je pelotte en attendant partie. T'ai une si haute idée de l'esprit de mademoiselle votre fille, que je tends tous les ressorts du mien , pour ne pas demeurer court avec elle : nette pensée m'occupe uniquement; et je serai incapable de vous écouter, jusqu'à ce que j"aîe étalé tout mon mérite à ses yeux.
LA B ABOUTIE.
La voici fort à propos : au premier mot elle va vous convaincre qu'elle est encore au-dessus de sa réputation , et qu'il n'y a point de fille en France qui ait plus d'esprit qu'elle. Au reste , je compte sur votre discrétion ; c'est pourquoi je voua laisse ensemble.
M. DBS MAZUHEB.
Ne craignez rien , ma cousine; le corne n'aura point de part à cette entrevue : ce ne sera qu'un assaut d'esprit. Tout mon embarras estde savoir si j'attaquerai son cœur en vers ou en prose- La. BAIOHITE.
En prose, et point de vers , si vous m'en croyez. Ha fille , comme Monsieur doit être ce soir votre mari , je vous laisse un moment avec lui, afin qu'il puisse voir que le portrait qu'on lui a fait de vous n'est point flatté. Faites bien les honneurs de votre esprit, et songez que mon cousin sera désormais l'unique personne à qui vous devez tacher de plaire.