SCENE PREMIERE
ANGÉLIQUE, LEAHDRE, LOLIVK.
. • LEAEBBE.
Non , je n'ai jamais rien entendu de si plaisacï
que le récit de votre conversation avec monsieur
i des Mazures. Comment avez -vous pu si bien contre-
» faire l'innocente, avant autant d'esprit que vous en
* avez?
LOLIVB.
C'est justement parce que Mademoiselle a beaut coup d'esprit, qu'elfe feint si bien de n'en avoir point. Pour jouer le rôle d'innocente, il faut être f précisément tout le contraire.
AROXUQUK-
J'avoueaue cetam'a coûté. Je suis née si sincère , que je ne me croyois pas capable de me déguiser. Mais que ne fait-on point pource qu'on aime?
LEANDRE , lui halsanl )i main.
Charmante Angélique!
ANGÉLIQUE
On a raison de dire que l'amour est un grand maître , et qu'il vient à bout de tout ce qu'il entreprend.
LÉAifDBB.
Ilnous le prouve d'une façon bien nouvelle. l D'une imbécille il fait quelquefois une fille d'esprit ; aujourd'hui d'une fille d'esprit il fait une imbécille. louve. •
Avouez, mademoiselle, qu'il n'a pas fait ce miracle-là tout seul, et que la malice y a autant de part que l'amour. *
ANGÉLIQUE
J'en demeure, d'accord: Ce m'est un plaisir bien vif de faire mon possible pour me conserver A ce que j'aime ; mais c'en est un pour moi bien piquant de perner ou fat que je hais, et de lui Jouer un tour qui le rendra ridicule a toute éternité. LOLIVB . a Léandre.
Je ne me trompob pas , comme vous voyez. Je cannois les femmes. ,
ANGÉLIQOE.
Il n'en est pas quitte, et je lui réserve on autre plat de mon métier.
LÉA^nny .
Et quel est ce nouveau ragoût dont vous ailes Te régaler?
ANGELIQUE
Je vais feindre en sa présence, et devant toute la compagnie, que le désespoir où je suis d'être forcée de l'épouser me donne. des vapeurs noires et me bit devenir folle. Je dirai , je ferai tant d'extravagances , qu'il désirera bien moins d'être mon mari que je n'ai envie d'être sa femme; c'est le coup de grâce que je lui prépare.
LÉANDBE.
Bien n'est mieux imaginé; et vous avez tout l'esprit qu'il faut pour bien jouer ce personnage.
LOL1VE,
De notre coté, nous lui préparons un petit con> pliment qu'il trouvera fort incivil , je vous en réponds. Et, comme messieurs les poètes ne sont pas courageux, nous ferons si belle peur a. notre homme , qu'il se tiendra trop heureux de renoncer à ses prétentions.
AneiUQo'
Léandre m'a confier ce projet , -et j* l'approuve.
La question maintenant est de savoir ce qui s'est passé entre mon père, nia mère et msusieur des Mazures, après que je lésai laissés ensemble.
LÉANDBR.
N'en avez- vous rien pénétré à table?
ANGÉLIQUE
Non :car, de peux de me trahir, je ne m'y suis pas plus tôt assise,- que j'ai fait semblant de me trouver mat; et, sons ce prétexte, j'aî demandé la permission de me retirer. Mais j'ai mis ma petite sœur aux écoutes ; et il faudra qu'où se soit bien caché , si elle n'a pas découvert le mystère.
LÉANDRB.
Il est vrai qu'elle est tonte des plus rusées.
ANGÉLIQUE
Elle l'est à tel point, qu'elle vous à reconnus l'un et l'aune, et qu'elle a pénétré toutes nos manœuvres.
LOLIVS.
AJj , morbleu 1 nous voilà perdus.
, ANGÉLIQUE
Allez, ne craignes rien. Elle est aussi méchante qu'elle est fine; et je vous réponds qu'elle aura cent fois plus de plaisir à nous aider à tromper ma mère et monsieur des Mazures, qu'à leur découvrir Ijue nous les trompons. ,
LOLiVK.
La peste. I quelle petite commère ! on en fera quelque jour uoe habile femme I ce seroi t un meurtre de laisser un si bop sujet en province; il est tout fait pour Paris. Mais je crois que la voici. Je suis curieux de voir de quelle manière elle va nous aborder.
SGÈtfE II.