H™ RAT AU
Aht le beau médecin de neige, avec ses remèdes! J'ai entendu le tambour comme je vous entends. Est-ce que j'ai des vapeurs, moi P
LB HABQUIS.
Pourquoi non? Les vieilles filles y sont fort sujettes.
MB* caTau, eu colère.
Si je suis fille, c'est que je le veux bien, entendez-vous? Et je puis cesser de l'être , quand il me plaira.
LB HABQUIS.
Je le veux croire. Hais, dussiez-vous enrager, madame Catau.Je voué dirai tout net que tout ce que l'on vient de me conter n'est que l'effet d'une ima-
gination blessée. Petits esprits , petits esprits , qui donnent dans-ces visions!
LA BABONNE.
Cela est aussi raisonnable que ce que vous me disks tout a l'heure dans le jardin. Cette variété admirable de fleurs , déplantes , d'arbres , defruits, sur laquelle je me récriois, vous paroissoit indigne de votre attention. Ces chefs-d'œuvre de la nature, dont l'art ne peut approcher, sont, si l'on veut vous en croire , une production du hasard. Croyezmoi, monsieur le Marquis, défaites-vous de cette " philosophie : outre qu'elle pourrait vous être fatale,je vous avertis qu'elle est très-ridicule.
LB MAKOl'IS.
Comment donc', mon adorable, je oroisque vous prenez votre sérieux?
LA BABONNB.
Je le prends toujours sur pareilles matières { je suppose cependant que tout ce que vous m'avez dit la-dessus nVtoit que pour faire briller votre esprit. Je vous pardonne cette petite vanité 1 mais n'y retournez plus. De grâce, où avez-vous puisé cette docir ine-fà ? Elle me parait bien étrange.
LB MARQUIS
C'est votre innocence campagnarde qui vous la fait trouver telle. Si vous aviez vu le beau monde, vous ne seriez pas si scandalisée.
LA BAA.ONNB.
Dès que vous dites une fadeur ou une mauvaise chose, vous citez toujours h) beau monde pour vous justifier. Cela ne'm'impose point , je vous en avertis. Mats avez-vous bien étudié ces matières , pour en parler sidécisivement?
LE HABQUIS.
Qui ? moi ? Non vraiment. Mon temps m'est trop précieux pour l'employer à de pareilles vétilles. Hais j'ai des amis qui étudient pour moi. Je fréquente quelquefois de beaux espritsqui m'assurent que nos ancêtres étoient de bonnes gens. Ils croyoient tout sans examiner. Nous examinons tout avant que de croire. Voilà la différence.
LA. B ABOHKE-
Revenons aux Esprits. Vous ne croyez donc pas qu'il en revienne ?
LE HABQUIS.
Demandez-moi aussi, madame, si je ne crois pas le conte de Peau-d'âne. Dieu me damne, c'est la même chose;
'écoutez point cet homme-là; c'est un hérétique.
LE HABQUIS.
Vous, voulez me persuader qu'il revient chez vous. Apparemment que l'Esprit prend son temps
tous les soirs, après que tous m'avez renvoyé. Hais qu'il paroisse donc devant moi , cet animai-la ; je vous promets de lui donner les étrivières.
M™ CATAU
Quoi ! madame, vous souffrez qu'il menace des étrivières l'Esprit de feu monsieur votre mari?
1 LB lliEQDIS.
Supposons un moment qu'il y ait des Esprits qui reviennent. Avez-vous la simplicité dit croire que votre mari soit assez déraisonnable pour conserver des droits sur voua après sa mort? N'eat-il pas trop heurtai de vous avoir possédée pendant qu'il a vécu?
LA BABOKNB, l'atundrbaant.
Marquis , n'Insultez point a sa mémoire. Je me flatte qu'il s'est tenu fort heureux de me posséder ; et je me tiens très-malheureuse de ne le posséder plus.
le kauquib.
Parbleu ! c'est bien hit de parler de la sorte. J'aime les bienséances.
la babonre.
Je laisseras bienséances anxd âmes delà cour. Pour moi, je ne joue point fa comédie; je parle toujours comme je pense; et je vous jnreque, si j'é toi s bien aise d'être veuve, je vous l'avouerais- sans façon.
LB MAHQOIS.
Quoi ! sérieusement , vous êtes fâchée d'être en liberté de vous, remarier ?
LA BABOHNbY
Je donnerais volontiers tont ce que je possède , pour n'avoir pus cette fatale liberté.
LB MARQUIS
Ah, ah, ah, ahlJeveux mourir, si ce n'est la peur de l'Esprit qui vous fait parier de la sorte. la babohnB.
Puisse-t-il me tourmenter jusqu'à me faire mourir, si je ne parle pas sincèrement.
LB MABQUIS.
Ma foi, vous m'étonnez. Je connois bien des veuves à ta cour et à Paris; mais je n'en connois point qui soient fâchées de l'être, si ce n'est de l'être trop- long-temps. Sur ce pied-là, ma chère veuve, vous avez donc juré de nevous remarier jamais?
LA BABOITNK.
C'est une témérité que de faire de pareils serments.
*»* CAyp, s part
Ah ! je respire.
LA «ABONNI.
Je connois trop la faiblesse de mon aexe pour ■n'exposer à être parjure; mais ai je pente tou-
jours comme je fais , je voua proteste que je mourrai veuve du Baron.
- LB HABQVIS.
Et moi, je vous proteste que vous ne le serez pas encore huit jours. Je voua ferai bientôt changer de sentiment.
LA BABOKHB.
C'est ce qu'il faudra voir.
LE MABQUIS. .
Votre cœur n'a qu'à se bien tenir.
M** C1TAU. A part.
LefatI
LB MARQUIS
Je vais l'attaquer dans les fermes.
M"? CAÏAU.
L'impertinent !
LE MABQUIS.
Je n'en ai point encore trouvé d'imprenable , et je me flatte que je n'échouerai pas devant le vètre.
M™* CATAU
Nous verrons. A bien attaqué , bien défendu.
LA BABONNB.
.l'entends un carrosse. ! Allons recevoir la compagnie.