‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 1182 sur 1244 · X. PINCE · texte numérisé non relu

X. PINCE

Oui) je tous reconnoîs présentement, mon cher maître. Souffrez que je vous embrasse. Je tous jure que j'ai autant de joie de tous revoir, que j'en ressentis le jour que tous vîntes au monde. Hélas ! pourquoi votre nom s'est-il trouvé dans toutes les listes des officiers de distinction qui avoient été tués?

LE BARON

Je n'ai pas le loisir d'entrer dans de longs détails. Sachez seulement que dans te fort du combat je fus blessé et fait prisonnier, et que les ennemis , qui ne Tonlofent point m'échanger, par des raisons qu'il est inutile de vous dire, après avoir tenté mille moyens de me fixer chez eux , m'ont resserré si étroitement pendant dix -huit mois, qu'il m'a été impossible de donner de mes nouvelles. Heureusement pour moi ou a fait la paix, et ils m'ont relâché. Mais ayant su qu'en France on me croyoit mort, j'ai pris sur-le-champ la résolution de profiter de ce faux bruit pour pénétrer les sentiments de ma femme à mon égard, et pour découvrir par moi-même ce qui s'étoit passé chez moi pendant mon absence. Jusqu'à ce moment mon dessein a bien réussi ; je veux le poursuivre. Tout ce que je crains, c'est que la Baronne, qui se croit veuve, et qui est peut-être sur le point dé se remarier, ne soit fâchée de me revoir. Le bruit de ma mort l'at-il bien affligée?

M. PINCÉ

Excessivement.

LE SAHOlt.

Combien de temps m'a-t-elle pleuré?

h. pincé.

Pendant...!, trois grands jours.

Peste soit du vieux fou 1 pendant trois grands jours! Mais vraiment cela est extraordinaire!

M. PINCÉ

Il faut que vous sachiez , monsieur, qu'il y a deux sortes d'afflictions.

LB BABOH , * part.

Cet animal-là est aussi pédant et aussi méthodique que jamais. H faut lui passer «es divisions j'ai besoin de lui.

K. PINCÉ

Affliction de cœur, affliction de b premièreest muette , la seconde est tumultueuse. A l'égard de Madame, on peut dire que son affliction a été de la première espèce.

LB BABON.

Oui, pendant trois jours! Belle constance! u. EINCÉ."

Ses yeux furent noyés de pleurs... jusqu'au moment ou le tailleur vint lui essayer ses habits de veuve. Dès qu'elle les vit, ses larmes tarirent, elle demeura muette et immobile, et la parole ne lui revint qu'après qu'on lui eut dit que le deuil lui séyoit parfaitement. En effet, il lui attoit à merveille.

LB BABON.

Illuialloit à merveille! Et c'est ce qui la consola apparemment?

K. pincé.

Ah! monsieur, point du tout. Il est vrai que, quand elle étoit seule , die ne pleuroî t point ; mais, dès que quelqu'un lui rendoit visite , elle versoit un torrent de larmes.

LE BABON.

Elle me faisoit trop d'honneur, de me pleurer en compagnie. (A p*n) Il semble que ce diable de pédant affecte de me dire tout ce qui peut me désespérer. (Haut.] J'ai appris qu'il s'étoit présenté beaucoup de gens pour l'épouser en secondes noces. Qui peut avoir causé cela ?

M. PINCE

Elle n'a point d'enfants de vous, et die ara beaucoup de bien en mariage.

LB BABON . » PUt- IJ m'assomme.

M. PINCÉ

Le deuil redoubloit sa beauté.

LB BABON , a part.

Je brûle.

H. PINCÉ

Et son air triste et langoureux avoit quelque chose de si doux et de si attrayant, qu'il n'y avoit pas moyen d'y résister.

LE BABON, à part.

Ventrebleu! (mm.) Ce n'est pas B ce que je vous demande. De quelle manière s'est-elle comportée?

M. PINCÉ

Comme une Pénélope.

LE BABON.

Je n'en doute pas; car elle a eu autant d'amants que cette héroïne.

Jf. PINCÉ.

Il est vrai que de jeunes gens fort aimables mi ont tait des propositions.

du Marquis. Hais l'histoire d'un Esprit qui bat toutes les nuits du tambour daus ce château mérite que je l'approfondi s», et elle peut même vous donner lieu de m'iutroduire auprès de votre maltresse. Il faut que vous lui disiez que vous venez de parler à un fameux devin , qui se fait fort de découvrir par son art ce que demande l'Esprit qui revient ici , et même de le chasser de la maison. v. PINCÉ.

Je m'en vais rendre mes comptes à Madame , et je me servirai de cette occasion pour lui parler de votre personne , comme vous me l'ordonnez. Madame Catau , qui veut nous persuader que c'est vous qui revenez ici , sera bien surprise quand elle vous reverra. Ha, lia, ha, ha!

le Binon.

Quoi! c'est Catau qui fait courir ce bruit-là? Alloua, allons, il v a là-dessous quelque intrigue

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