‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 1217 sur 1244 · LE MA B QUI · texte numérisé non relu

LE MA B QUI

Je la vendrai , et de l'argent qui en proviendra , j'achèterai une boucle de diamans dontje vous ferai présent.

LA BABOKITC.

Mais , mais , en vérité , cela est trop généreux. J'ai pourtant une petite prière à vous faire. !

LB MARQUIS

Ah! volontiers.

LA BABONNE.

C'est de ne point disposer de mes effets avant que d'être en possession de ma personne.

LE MABQUIS.

Eh! mon Dieu! cela ne peut me manquer.

LA BARONNE

Je vois que vous avez pris grande affection pour mes meubles.

LB MARQUIS

C'est que j'aime tout ce qui vous appartient.

LA BAR OPINE

Je le crois sans que vous es juriez.

LB MABQUIS.

Comment donc! vous devenez sérieuse] c'est le moyen de devenir ennuyeuse, prenez-y garde. Je vous l'ai déjà dit, le sérieux dérange tous vos traits.

LA BARONNE

Croyez-moi, Marquis, quand on parle de mariage , c'est un sujet bien sérieux.

LE MARQUIS

C'est pourquoi nous devons le brusquer.

LA BABONNE.

Le brusquer ! 11 n'y a que dix-huit mois que je suis veuve.

LB MABQUIS.

N'est-ce pas assez? Permettez-moi, ma chère, de vous faire une question. Le baron de l'Arc n'est-il pas aussi bien mort à présent, que. s'il y avoit dix ans qu'il eût été tué?

LA BABONNE. à put

Ah! cruel souvenir! ( hiqi.) J' avoue ce que vous dites; mais la bienséance!

LB MABQUIS.

Croyez-vous que dans dii ans vous serez plus réellement veuve que vous ne l'êtes aujourd'hui ?

LA BABONNE.

Non; mais si je me remariois à présent, le monde diroit que je n'aimois point mon premier mari.

LE MARQUIS

Hais il convi endroit que vous êtes folle de votre second ; il avoueroit même que vous n'auriez pus

Nous pensons bien différemment; car je suis persuadée que si je vous épousois, le monde aurait très-mauvaise opinion de moi.

LB BtARQITtS.

Oui, le monde de campagne, mais non pas le beau monde. Eh, morbleu! il y a telles veuves à Paris et & la cour dont on connott les seconds ma-

ris avant que leurs premiers soient défunts. Ha, ha, ha, ha, bal

LA BARONNE

Vons faites bien de rire; car vous croyez avoir dit une belle chose. De bonne foi , Marquis, pensez-vous que ce discours soit d'un homme d'esprit, ou d'un mauvais plaisant ?

LE MABQL'IS.

Quelle naîvetél Et quelle différence trouvezvous entre un mauvais plaisant et un homme d'esprit? Voyons.

LA BAHONNB.

Celle qu'il y aurait entre vous et le seul homme que j'aie aimé de ma vie, s'il vivoit encore. Certainement il avoit de l'esprit : comme tous, il avoit vécu dans le grand monde; maisilétoit trop honnête homme pour plaisanter aux dépens des femmes, surtout en leur présence.

LB M ACQUIS

Je crois que vous avez des vapeurs. N'entendezvous point déjà le tambour? Ha, ba, ha!

LA BABONNB.

Si vous vous étiez trouvé ici hier au soir à l'heure qu'il est, vous n'auriez paaété si plaisant que vous l'êtes.

LB MARQUIS

A l'heure qu'il est, dites-vous? Voici donc le temps où il fait son vacarme? Tant mieux-, asseyons-nous ici pour avoir le plaisir de l'entendre.

LA BARONNE

Volontiers, pourvu que vous me promettiez d'être sérieux et de ne rien dire qui puisse offenser l'Esprit.

LB MARQUIS

Moi, l'offenser 1 Ah! j'ai trop de respect pour messieurs les Esprits. Attendez ; il me semble que j'entends le vôtre.

LA BARONNE

Mon Dieu , ne faites pas le brave d'avance ; il en sera temps quand le tambour battra. Gardez le silence , et , encore une fois , soyez sérieux. '• '

LE MARQUIS, riant 1 gorge déplores.

Sérieux ! Ha , ba , ha , ha 1

LA BARONNE, i p*rt.

Je ne puis plus tenir aux impertinences de cet homme-là. U est temps que je le chasse de chez

J'ai cru que les preuves que je vous ai alléguées pendant que nous prenions notre café vous avoient absolument désabusée des Esprits. Mais je vois bien qu'il but que je vous dise encore que c'est une absurdité, une ignorance stupide, que de croire qu'ils reviennent ; je vous le garantis sur mon

honneur. Pour moi, grâceà mes réQeiLonietàmi lumières, je me suis mis au-dessus de toutes la fadaises qu'on publie sur cela.

LA BARONNE

Pour moi, il faut enfin que je vous dédire que votre présomption est insupportable.

LE MARQUIS , fort but.

Vapeurs , vapeurs. Mais je m'ennuie. Bols I arasieur l'Esprit , dépêchez- vous doue de nous légale: (Le Umbonr bit de loin.] Ah I ahl qu'est-ce que ce bruit-là? (Le tambour bat ploilurt. ) Ma foi, ceci fcvient sérieux, en effet.

( Le tambour noeabta MB krafc I LA BAKONNB.

Ciel ! il n'a jamais fait tant de bruit

LE MARQUIS , dira Iob «atTennu/-

II faut avouer que ce bruit a quelque ckuedW rible. ( a part.) Je ne sais pkis qu'en penser.

Vous vous levez ! Où allez-vous? Ne ne lus» pas.

LB MARQUIS

Je n'ai garde. Il faut voir la fin de tout wo. { Le (amboor bal encore pn) bit. )

Il approche de plus en plus. L'Esprit s'a» &■ ché de vos discours.

LE MARQUIS

Il a tort. Je parlois contre ma pensée. Cet bprits sont bien formalistes. ( Le tamiser bat bnw-

LA BARONNE

Ahl bon Dieu lit approche encore. Ou n«M qu'il va passer au travers du mur.

LE MARQUIS , à part.

De quoi diable me suis-je avisé de pliisinterstf son sujet?

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