SCENE PREMIERE
VALÈRE, M1- GROGNAC.
YALÈBB.
Quoi ! toujours opposée à toute une famille ?
M™ GBOGKAC.
Oui.
YALÈBB.
Vous ne voulez point marier votre fille ?
M™* GBOGNAC.
Non.
YALÈBK.
Quand on vous en parle, on vous met en courroux.
H<H GBOGHAC.
Oui.
VALÈBB.
Vous ne prendrez point des sentiments plus doui?
!<*■• GBOGNAC.
Non.
0 valkbe. [répliques
Fort bien ! Non , oui , non : beau discours ! vos Me paroi ssent, pour moi, tout-à-fait laconiques. Mais , pour mieux raisonner avec vous là-dessus , Et pour rendre uu moment le discours plus diffus, Dites-moi, s'il vous plaît, la véritable cause Qui vous fait rejeter les partis qu'on propose. Ce fameux partisan, par exemple, pourquoi...?
M1** GBOGNAC.
Hé fi , monsieur ! fi donc ! vous radotez , je croi : Il est trop riche.
TALEBB.
Ah ! ah ! nouvelle est la maxime.
H** OBOGNAC.
Gagne-t-on en cinq ans un million sans crime? Je hais ces fort-vétus qui , malgré tout leur bien , Sont un jour quelque chose, et le lendemain rien.
VALÈBX.
Et ce jeune marquis , cet homme d'importance ? Vous ne lui pouvez pas reprocher sa naissance : Il a les airs de cour, parle haut, chante, rit; Il est bien fait ; il a du coeur et de l'esprit.
M8" OBOGNAC.
Il est trop gueux.
valebB.
Fort bien ! La réponse est honnête; Et vous avez toujours quelque défaite prête. Il s'offre deux partis , vous les chassez tous deux : Le premier est trop riche , et le second t rop^neux. Dana vos brusques hnraenrt je ne puni voua comprendra. Comment prétendez-vous que soit fait votre gendre?
[ point ;
Je prétends qu'il soit fait comme on n'en trouve Qu'il soit posé, discret, accompli de tout point; Qu'il ait , avec du bien , une honnête naissance ; Qu'il ne fasse point voir ces traits de pétulance, Ces actions de fou, ces airs évaporés.
Dignes productions des cerveaux nul timbrés ; Qu'il ait auprès du sexe un peu de politesse ; Qu'il mêle a ses discours certain air de sagesse; Qu'il ne soit point enfin , pour tout dire de lui , Comme les jeunes gens que je vois aujourd'hui.
VALEBE.
Cet homme à rencontrer sera très-difficile; Et, si vous le trouvez, je vous tiens fort habile. Vous nous en faites voir un rare et beau portrait : Et si vous ne voulez de gendre qu'ainsi fait. Quoique Isabelle soit et riche et de famille , Elle court grand hasard de vivre et mourir fille.
KB* GBOGNAC.
Non : Léandre est l'époux que je veux lui donner.
VALBBE.
Léandre!
H" GBOGNAC. a
Ce parti semble vous étonne^'' Hais c'est un fait, monsieur, dont peu J ; me soucie ; Et je le trouve, moi, selon ma fantaisie. Je sais bien qu'à parler de lui sans passion , II est particulier en sa distraction ; Il répond rarement àce qu'on lui propose ; Ou ne le voit jamais à lui dans nulle chose: Mais ce n'est pas un crime enfin d'être ainsi fait. On peut être, à mon sens, homme sage et distrait.
YALEBE.
Je croyois, à parler aussi sans artifice ,
Qu'il avoit quelque goût pour ma nièce Clàrice.
MM GBOGNAC.
Ob bien 1 je vous apprends que vous vous abusiez ; Et, pour vous détromper, il faut que vous sachiez Que je suis dès long-temps liée à sa famille; Et que, pour m'engagera lui donner ma fille, L'oncle dont il attend sa fortune et son bien D'un dédit mutuel cimenta ce lien.
Léandre est allé voir cet oncle a l'agonie , Et j'attends son retour pour la cérémonie. Si je n'avoisen vue un tel engagement, Il n'auroit pas chez moi pris un appartement. Vous qui logez céans avecque votre nièce , Vous êtes tous les jours témoin de sa tendresse.
VALËBH.
Mais m'assurerez- vous que Léandre , en son coeur, Maigre votre dédit, n'ait point une autre ardeur; Et que, d'une autre part, votre fille Isabelle A vos intentions n'ait pas un cœur rebelle?
OEUVRES DE REGNARD
H** GROGNAC.
Léandre aime ma fille; et ma fille fera , ' Lorsque j'aurai parlé, tont ce qu'il me plaira. C'est une fille simple , à mes désirs sujette : Et je voudrois bien voir qu'elle eût quelque aroou- VALÈBB. . (relie!
Il faut que sur ce point nous la fassions parler; Son cœur s'expliquera sans rien dissimuler.
H"* GEOONAC.
D'accord. Lisette! holà! Lisette! De la vie On ne vit dans Paris femme si mal servie. Lisette!