ISABELLE , LISETTE , M" GB.OGNAC , VALÈRE
H-« GBOGNAC, 1 Isabelle.
Venez , mademoiselle , et saluez les gens.
( lubeUe tilt ta révérence. ) Plus bas ; encor plus bas. O Ciel! quelle ignorance! Se savoir pas encor faire la révérence. Depuis trois ans et plus qu'elle apprend à danser !
LISETTE
Son mattre tons les jours vient pourtant l'exercer: Hais une peut-on apprendre en trois ans ? H« grogHaC, à Ltotte.
A se taire.
Lisarre , tm.
Eue a bien aujourd'hui l'esprit atrabilaire,
(HjoL)
Nous attendons encore un maître italien, Qui doit venir tantôt.
M» GBOGNAC, 1 Lisette.
Je vous le défends bien.
Je ne veux point chez moi gens de cette séquelle ; Ce sont courtiers d'amour pour une demoiselle.
(*to
De.)
Levez la tête. Encor. Soyez droite. Approchez. Faut-il tendre toujours le dos quand vous marchez! Présentez mieux la gorge , et baissez cette épaule.
LISETTE , à part.
(Test du soir au matin un éternel contrôle.
m» crognac, s lubdle.
Avancez, s'il tous platt, et répondez atout. Parlez. Le mariage est-il de votre goût?
(Isabelle rit)
Elle rit. Bon, tant mieux; j'en tire un bon augure.
LISETTB.
Voila ce qui s'appelle un ris d'après nature.
H» GROGMAC, 1 lubelte.
Quoi ! vous avez le front de rire , et devant noua 1 Vous ne rougisses pas quand on parle d'époux 1
J'ignorai* qu'une fille, au mot de mariage, D'une prompte rougeur dût couvrir son visage.
Je dois vous obéir; et, quand je l'entendrai. Puisque vous le voulez , d'abord je rougirai.
LISETTE , 1 part.
Quel heureux naturel !
M** GBOGNAC.
Les époux sont bizarres, Brutaux, capricieux, impérieux, avares:
On devroit s'en passer, si l'on avoit bon sens.
ISABELLE
R'étoient-ils pas ainsi tous faits de votre temps ? Vous n'avez pas laissé d'en prendre an étant fille.
M"* GBOGMAC.
Vous êtes dans l'erreur. Rodillard de Cboupille , Noble au bec de eorbin , grand-gruyer de Berry, Et qui fut votre père , étant bien mon mari, M'enleva malgré moi ; sans cela , de ma vie , De me donner un maître il ne m'eut pris envie.
LISETTE
La même chose un jour pourra nous arriver.
ISABELLE
On ne fait donc point mal à se faire enlever?
M™ GBOf.NAC.
Eh bien! vit-on jamais un esprit plus reptile? Puis-je avoir jamais fait une telle imbécile ? C'est une grosse bêle, et qui n'est propre à rien.
Lisette . à put.
Elle est bien votre fille, et vous ressemble bien.
M» UHOGNAC, à Lii«lte
Euh! plaît-il ?
LISETTB.
Vous m'avez ordonné le silence.
M"* GBOGNAC.
Vous pourriez a la fin lasser ma patience.
VALÈRE, » EtudanB GroBiUc.
Je veux plus doucement la sonder sur ce point.
tait
lie.)
Vôulex-voRs un mari ?
ISABELLE
Je n'en demande point :
Mai*, »'H l'en remwnrnrtt quelqu'un qui pût me plaire. Je pourrois l'accepter, ainsi qu'a fait ma mère.
M"" GROGHAC. 1 Isabelle.
Comment donc?
VALÈRE , à madame Grognac.
Avec elle agissons sans aigreur.
(1 Isabelle. )
Ça, dites-moi, quelqu'un vous tiendroit-il au cœur?
ISABELLE
Ah!
LISETTE , k iMbelle.
in la
âge!
VALERE, 1 labeUo.
Allons , parlez-nous sans rien craindre.
OEUVRES DE REGNAKD.
ISi.HBI.LB.
Je sens , lorsque je vois un petit tionnue à peindre.. .
VALEBE.
Eh bien donc ?
ISABELLE
Je sens là je ne sais quoi qui plaît; Mais je ne saurais bien vous dire ce que c'est.
Oh ! je le sais bien , moi : c'est l'amour qui murmure.
Mm* GBOGNAC, k Iubelle.
J'apprends avec plaisir une telle aventure. Et quel est, s'il vous plaît, ce jeune adolescent Qui vous fait ressentir ce mouvement naissant ?
ISABELLE
Ah! si vous le voyiez, vous l'aimeriez vous-même. Il médit tous les jours qu'il m'estime, qu'il m'aime; Il pleure quand il veut. Tu sais comme il est fait , Lisette ; et tu nous peux en faire le portrait.
LISETTE
C'est un petit jeune homme à quatre pieds de terre , Homme de qualité , qui revient de la guerre ; Qu'on voit toujours sautant , dansant , gesticulant ; Qui vous parle en sifflant , et qui siffle en parlant ; Se peigne, chante, rit, se promène, s'agite; Qui décide toujours pour son propre mérite ; Qui près du sexe encor vit assez sans façon.
VAL ÈRE
Mais , c'est le chevalier.
Qui? Ce fou?
LISETTE
Vous avez dit son n<
GBOGNAC.
S'il n'a pas le bonheur de vous plaire , Songez qu'il m'appartient. C'est un jeune homme Il a de la valeur ; il est bien à la cour. [ à faite.
M™ GBOGNAC.
QH'il s'y tienne.
VALÈHE.
Il sera très-riche quelque jour :
Il peut lui convenir de bien, d'esprit, et d'âge'.
ISABELLE
II est tout fait pour moi , l'on ue peut davantage. m"* gbognac. [ ment,
De quel front, s'il vous plaît, sans mon consente- Osez-vous bien penser à quelque attachement? Vous êtes bien hardie et bien impertinente!
YA.LEBB.
L'amour du chevalier pourrait être innocente.
M™ GBOGNAC.
L'amour du chevalier n'est point du tout mon fait.
- d'avril, de Mm, «tfit*.
J'ai fait, pour Bon mari, choii d'un autre sujet: Le dédit pour Léandre en est une assurance. Que votre chevalier cherche une autre alliance : Je ne l'ai jamais tu ; mais on m'en a parlé Comme d'un petit fat et d'un écervelé; Et je vous défends, moi, de le voir de la vie.
ISABELLE
Je ne le verrai point , vous serez obéie ;
Mes yeux trop curieux n'iront point le chercher :
Mais lui , s'il veut me voir , puis-je l'en empêcher ?
A ces simplicités qui sortent de sa bouche , A cet air si naïf , croiroit-ou qu'elle y touche ? Mais c'est une eau qui dort, dont il faut se garder.
Vous êtes avec moi toujours prête à gronder. Je parois toute sotte alors qu'on me querelle , Et cela me maigrit.
M™ GBOGNAC.
Taisez-vous , péronnelle.
Rentrez ; et là-dedans allez voir si j'y suis.
VAL BBS.
Si vous vouliez pourtant écouter quelque avis...
W" GBOGNAC.
Je ne prends point d'avis: je. suis indépendante.
VALÈHE.
Je le sais; mats...
B™ GBOGNAC.
Adieu. Je suis votre servante.
VALÈHE.
Mais, madame, entre nous, il est de la raison...
JI™ GBOGNAC.
Mais , monsieur, entre nous , quand de votre façon, Vous aurez, s'il se peut encor, garçon ou fille. Je n'irai point chez vous régler votre famille : De vos enfants alors vous pourrez disposer Tout à votre plaisir, sans que j'aille y gloser.
(t Iubelle.) Allons vite , rentrez : faites ce qu'on ordonne.