‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 150 sur 1244 · LE CHEVALIER , VALÈRE , LISETTE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER , VALÈRE , LISETTE

Bonjour, mon oncle. Ah I ah ! Lisette , te voilà ! Je ne veux de ma vie oublier celui-là.

LISETTE , in chevalier.

Faites-nous , s'il vous plaît , la grâce de nous dire Le sujet si plaisant qui vous excite à rire.

LE CHBVALIEB.

Oh ! parbleu , si je ris , ce n'est pas sans sujet. Léandre, ce rêveur, cet homme si distrait, Vient d'arriver en poste ici couvert de crotte : Le bon est qu'en courant il a perdu sa botte , El que, marchant toujours , enfin il s'est trouvé Une botte de moins quand il est arrivé.

LISETTE

De ces distractions il est assez capable.

LE CBEVÀL1EH.

L'aventure est comique , ou je me donne au diable.

Mais ce n'est rien encor ; et son Valet m'a dit

! Je le crois aisément ) que le jour qu'il partit ,

Pair aller voir mourir son oncle en Normandie,

Il suivit le chemin qui mène en Picardie ,

Et ne s'aperçut point de sa distraction

Que quand il découvrit les clochers de Koyon.

LISETTE

Il a pris le plus long pour faire sa visite. *

LE CHEVALIER . 1 Valere.

r'tnaiez-vous, descendu du lugubre Heraclite De père en fils , parbleu , vous rirez de ce trait. Vous faites le Caton ; riez donc tout-à-fait', Mon oncle ; allons, gai, gai ; vous avez l'air sauvage.

YAXBBB.

Vous, n'aurez- vous jamais celui d'un homme sage? Faudra-t-il qu'eu tous lieux vos airs extravagants, Vos ris immodérés , donnent à rire aux gens ?

LE CHEVALIER

Si quelqu'un rit de moi, moi, je ris de bien d'autres. Vous condamnez mes airs, et je blâme les vôtres; Et , dans ce beau conflit, ce que je trouve bon , C est que nous prétendons' avoir tous deux raison. Pour moi , je n'ai pas tort. Il faut bien que je rie

De tout oe que je vois tous les jours dans la vie. Cette vieille qui va marchander des galants , Comme un autre feroit du drap chez les marchands ; Cidalise , qu'on sait avoir l'âme si bonne Qu'elle aime tout le monde et n'éconduit personne, Lucinde,qui, pour rendre un adieu plus touchant. Jusque sur la frontière accompagne un amant , Ne sont pas des sujets qui doivent faire rire ? Parbleu , vous vous moquez.

Eh bien! votre satire S'eierce-t-elle assez ? D'un trait envenimé Toujours l'honneur du sexe est par vous entamé. Celles dont vous vantez mille faveurs reçues , De vos jours bien souvent vous ne les avez vues. Sur ce cruel défaut ne changerez- vous point?

LE CHBVALIEB (ail deux ou trol> pas de ballet.

H ne prêche pas mal. Passez au second point, Je suis déjà charmé. Que dis-tu de ma danse,

Vous dansez tout-à-fait en cadence.

V ALESE.

Vous vous faites honneur d'être un franc libertin; Vous mettez votre gloire à tenir bien du vin ; Et lorsque, tout fumant d'une vineuse haleine, * Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine , Sur un théâtre alors vous venez vous montrer : Là parmi vos pareils on vous voit folâtrer; Vous allez vous baiser comme des demoiselles ; Et , pour vous faire voir jusque sur les chandelles , Poussant l'un, heurtant l'autre, et comptant vos ex- Plus haut queles acteurs vohb élevez lavoix;[ploits, Et tout Paris , témoin de vos traits de folie , Rit plus cent fois de voue que de la comédie.

LE CHEYALIEB.

Votre troisième point sera-t-il le plus fort ? Soyez bref en tout cas , car Lisette s'endort ; Mol, je bâille déjà.

VALBBE.

Moi , votre train de vie Cent fois bien autrement et me lasse et m'ennuie ; Et je serai contraint de faire à votre sœur Le bien que je voulois faire en votre faveur. Votre père en mourant, ainsi que votre mère , Vous laissèrent de bien une somme légère ; Et, pour vous établir le reste de vos jours , Vous devez de moi seul attendre du secours.

le chevalieb. [déplaise.

Mais que fais-je donc tant, monsieur, ne vous Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ? J'aime , je bois , je joue ; et ne vois en cela Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là.

1cilr.ee * G00g[C

OEUVRES DE REGNARD

Je me 1ère fort tard, et je donne audience

1 Vousd

LISETTE

Oui ; mail en réeompeme ,

■x peu d'argent.

LB CHEVALIER

De là , je pars sans bruit , Quand te jour diminue et fait place à la nuit , Avec quelques amis , et nombre de bouteilles Que nous faisons porter, pour adoucir nos veilles, Cbez des femmes de bien dont l'honneur est entier , Et qui de leur vertu parfument le quartier. Là , nous perçons ' la nuit d'une ardeur sans égale; Nous sortons au grand jour pour 'fi ter tout scandale; Et chacun en bon ordre , aussi sage que moi , Sans bruit , au petit pas se retire chez soi. Cette vie innocente est-elle condamnée ? Ne faire qu'un repas dans toute une journée 1 Un malade, entre nous, se conduiroit-il mieux ?

Ll BETTE.

Vous êtes trop réglé.

LE CHETAL1KE, 1 Vltère.

Voyea-le par voa yeux.

Nous sommes cinq amis que la joie accompagne , Qui travaillons ce soir en bon vin de Champagne. Vous serez le sixième, et vous paierez pour nous; Car a cinq chevaliers , en nous cotisant tous , Et ramassant écus , livres , deniers , oboles , Nous n'avons encor pu faire que deux pistoles.

LISETTE

Heureux le cabaret, monsieur, qui vous attend I Vous voilà cinq seigneurs bien en argent comptant !

YALEBB.

Hais n'étes-vons pas fou ?....

LE CHEVÀLIEH..

A propos de folie, Savez-vous que dans peu , monsieur, je me marie ?

( i Limite. )

Comment gouvernes-tu cet objet de mes vœux ?

LISETTE

Monsieur....

LE CHEVALIEH.

S'appréte-t-elle à couronner mes feux ?

C'est un petit bijou que toute sa personne , Que je veux mettre en œuvre , et que j'affectionne :

Ct Vtiere.) Elle est jeune , elle est riche ; et de la tête aux pieds. Vous en seriez charmé , si vous la connoissiez.

talbu.

Je la eonnois : niais vous, connoîssez-voua sa mère ? Elle ne prétend pas songer a cette affaire.

LE CHEYALIEB.

Elle ne prétend pas ! H faut que nous voyions Qui des deux doit avoir quelques prétentions. Elle ne prétend pas I Parbleu , le mot me touche', Je veux apprivoiser cet animal farouche.

LISETTE

L'apprivoiser! monsieur? Vous perdrez votre temps, Et vous prendrez plutôt la lune avec les dents.

LE CHKVALIEB, i LawUe.

Nous allons voir ; suis-moi.

VALÈEE.

Hé ! doucement de grâce ; Ralentissez un peu cette amoureuse audace. A vous voir, on vous croit partir pour un assaut. Et chez, les gens ainsi s'en va-t-on de plein saut ?

le chrvalieb.

Elle ne prétend pas 1 Ah ! vous pouvez lui dire Que nous sommes instruits comme il faut se coo- Et nous savons la règle établie en te] cas. [duire; Je la trouve admirable; elle ne prétend pas !

VAX&BE.

Je n'épargnerai rien pour la rendre capable De prendre à votre amour un parti convenable. Vous, cependant, tâchez, avec dés airs plus doux, A mériter le choix qu'on peut faire de vous.

LB CHBVALIBft.

J'y penserai , mon oncle. Adieu.

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