CAM.IH
Et qui diable déjà t'a conté de ses tours?
LISETTE
Il m'en fait bien d'autres tous les jours. Hier encore, en mangeant un œuf sur son assiette. Il prit, sans y songer, son doigt pour sa mouillette, Et se mordit, morbleu , jusques au sang.
LISETTE
Je crois Qo'il n'y retourna pas une seconde fois.
CAILIH. .
Sortant d'une maison , l'autre jour , par bévue , Pour sou carrosse il prit celui qui dans la rue Se trouva le premier. Le cocher touche , et croit Qu'il mène son vrai maître à son logis tout droit, liandrc arrive, il monte , il va, rien ne l'arrête:
D entre en une chambre où la toilette est prête , Ou la dame du lieu , qui ne s'endormoit pas, Attendoit son époux couchée entre deux draps. Il croit être en sa chambre; et, d'un air de franchise, Assez diligemment il se met en chemise , Prend la robe de chambre et le bonnet de nuit ; Et bientôt il ail oit se mettre dans le lit , Lorsque l'époux arrive. Il tempête, il s'emporte, Le veut faire sortir, mais non pas par la porte; Quand mon maître étonné se sauva de ce lieu Tout en robe de chambre .ainsi qu'il plut à Dieu. Mais uo moment plus tard, pourt'acbevermoncon- Le maître du logis en avoit pour son compte, [te,
LISETTE
Ton récit est charmant. Hais, raillerie A part , Dis-moi, qu'a ver- vous fait depuis votre départ?
Nous venons , mon enfant , de eburr
LISETTE
Un bénéfice, toi?
ClKLIK.
Pour te rendre service.
Mais nos soins empressés ne nous ont rien valu; Et le diable a sur nous jeté son dévolu.
LISETTK.
Explique-toi donc mieux.
CAKLI1T.
Ah ! Lisette , j 'enrage.
Notre espoir dans le port vient de faire naufrage, Nous croyions hériter , du coté maternel , D'un oncle... ah Ciel! quel oncle! il est oncle étemel. Nous attendions en paix que son âme à toute heure Passât de cette vie en une autre meilleure ; Nous le laissions mourir à sa commodité ; Quand , nn beau jour enfin , le Ciel , par charité , A fait tomber sur lui deux ou trois pleurésies, Qu'escortoient en chemin nombre d'apoplexies. Nous partons aussitôt , faisant partout flom , Surs de trouver déjà le bonhomme «I patrei. [mesl Mais fol et vain espoir I vermisseaux que nous som- Comme le Ciel se rit des vains projets des hommes I Écoute la noirceur de ce maudit vieillard.
LISETTE
Vous êtes arrivée sans doute un peu trop tard. Et quelque autre avant vous...
CAHJB.
Non.
Il auroit peut-être En faveur de quelqu'un déshérité ton maître?
CAELIH.
Point.
LISETTE
Il adéslaré* se voyant sur sa Dn,
OEUVRES DE REGNARD
Quelque enfant provenu d'un hymen clandestin?
Non. Il ne fit jamais d'enfants , par avarice.
LISETTE
Parle donc , si tu veux.
CA1LIH.
Le vieillard, par malice , Malgré nos voeux ardents n'a pas voulu mourir.
LISETTE
Le trait est vraiment noir , et ne peut se souffrir.
Par trois fois de ma main il «pris l'émétique. Et je n'en donnais pas une dose modique; J'y mettois double charge , afin que par mes soins ■ Le pauvre agonisant en languit un peu moins : Hais par trois fois, le sort, injuste, inexorable, S'a point donné les mains à ce soin charitable ; Et le bonhomme enfin , à quatre-vingt-neuf ans, Malgré sa fièvre lente et ses redoublements , Sa fluxion , son rhume , et ses apoplexies , Son crachement de sang , et ses trois pleurésies , Sa goutte, sa gravelle, et son prochain convoi Déjà tout préparé , se porte mieux que moi.
LISETTE
Votre course n'a pas produit grand avantage.
CABLIN.
Nous en avons été pour les frais du voyage : Mais nous avons laissé Poitevin tout exprès Pour prendre sur les lieux nos petits intérêts. Il doit de tempe en temps nous donnerdes nouvelles; Et nous nous conduirons par ses avis fidèles.
LISETTE
Sans avoir donc rien fait, vous voilà de retour! Je vous applaudis fort. Mais comment va l'amour ? Ton maître aime toujours ?
CABlIlf.
Cela n'est pas croyable.
Je le vois pour Clarice amoureux comme un diable. C'est-à-dire beaucoup; mais comme il est distrait, Son esprit se promène encor sur quelque objet. Le dédit que son oncle a fait pour Isabelle - Partage son amour, et le tient en cervelle. Je sais que ta maltresse a de naissants appas, Et surtout de grands biens, que Clarice n'a pas; i Mais mon maître est fidèle, et son âme est pétrie De la plus fine fleur de la galanterie : Il ne ressemble pas à quantité d'amants ; C'est un homme, morbleu, tout plein de sentiments.
Mais, s'il aime Clarice ensemble et ma maîtresse. Que puis-je faire , moi , pour servir sa tendresse ? Les épousera-t-il toutes deux?
Il le fera fort bien dans sa distraction. C'est un homme étonnant et rare en son espèce : Il rêve fort à rien , il s'égare sans cesse ; Il cherche, il trouve, il brouille, il regarde sans voir; Quand on lui parle blanc, soudain il répond noir; Il vous dit non pour oui , pour oui non ", il appelle Une femme, monsieur; et moi, mademoiselle; Prend souvent l'un pour l'autre; il va sans savoir où. On dit qu'il est distrait; mais moi, je le tiens fou: D'ailleurs fort honnête homme , à ses devoirs austè- Exact et bon ami , généreux , doux , sincère , [re , Aimant, comme j'ai dit , sa maîtresse en héros : Il est et sage et fou ; voilà l'homme en deux mots.
LISETTE
Si Léandre ressent une tendresse extrême
Pour Clarice, Isabelle est prise ailleurs de même.
Et pour le chevalier son cœur s'est découvert.
c abun. Tant mieux. Il nous faudra travailler de concert Pour détourner le coup de ce dédit funeste ; Et l'amour avec nous achèvera le reste.
LISETTE
De tes soins empressés nous attendrons l'effet.
CARLIN
Soit. Adieu donc. Mon maître est dans son cabinet; Il m'attend. J'ai voulu, comme Le cas me touche. Apprendre, en arrivant, ta santé par ta bouche.
LISETTE
Je me porte Là là : mais toi?
CARLIN
Conci-couci.
En très-bonne santé j'arriverais ici ,
Si je n'étois porteur d'une large écorchure.
LISETTE
Bon! c'est des postillons l'ordinaire aventure. Jusqu'au revoir. Adieu , courrier malencontreux *. [■ktfMto cablik. [yeux.
Mon grand mal est celui que m'ont fait tes beaux Mon cœur est plus navré de ton humeur sévère'.
■ c'est ainsi qu'on Ut dan» l'édition originale , dans celle de 1728 Cl dans celle de 1730. Comme CCI deux «pressions . ■<-■ pour oui, pour oui «on , signifient 11 même chose , on l'en déçue » Gdte ainsi ce ren du» qaelqaes édlusani t.
dans celle de l7Sti
Jinq «'■ V reiolr Idlru . 1
i-Meére est conforme \ l'édition originale et à cetode ITtt. Dam le» autres éditions, on lil ttgtre. Est-ce une bntr dam l'édition originale? en est-ce une dans ha édition moderne*?