‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 224 sur 1244 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CRISÉIS, DÉMOCRITE, STRABON.

CUSÉtS.

Je cherche ici mon père, et ne le trouve pas; Jusqu'assez près d'ici j'avois suivi ses pas. Ne l'avez -vous point vu? Dites-moi , je vous prie , Swoit-il retourné?

DBMOCIUTK, t part.

Dans mon finie attendrie , Je (eus , en la voyant , la raison et l'amour, L'homme et le philosophe, agités tour a tour.

STB A BON.

N'avez-vous point, la belle, en votre promenade , Donné , sans ; penser, près de quelque embuscade? Ontrouve quelquefois, au milieu des forêts, Des Sylvains pétulants , des Faunes indiscrets , Qui , du soir au matin , vont à la picorée , Et n'ont nulle pitié d'une fille égarée.

CBJ8SIS.

ils je ne m'égare; et, grâce à mon destin. Je ne rencontre point telles gens en chemin. Je m'étois arrêtée au bord d'une fontaine Dont le charmant murmure et l'onde pure et saine M'iavitoient à laver mon visage et mes mains.

STBABON.

C'est aussi tout le tard dont j'use les matins.

SBHOCBITB.

Tu vois, Strabon, tu vois; c'est la pure nature : Son teint n'est point encor nourri dans l'imposture ; Elle doit son éclat à sa seule beauté.

STB.ABOH.

Son visage est tout neuf, et n'est point frelaté.

DÉMOCRITE , à Crtaën.

Ce fard que vous prenez au bord d'une onde claire Fait voir que vous avez quelque dessein de plaire-

CHISÉIS.

D'autres soins en ces lieux m'occupent tout le jour.

DÉMOCBITE.

Sauricz-vous , par hasard , ce que c'est ...

CBISEIS.

Quoi?

STBABON.

L'amour.

CBISÊIS.

L'amour?

STBABOH.

Oui

l'amour.

CBISÊIS.

Non.

DHMOCB.ITE.

Je veux vous en

Instruire.

Je tremble , et je ne sais ce que je vais lui dire.

STRABON . à part, t MmoaHc.

Quoi ! vous qui raisonnez philosophiquement ,

Qui parlez à vos sens impérativement ,

Qui voyez face à face étoiles et planètes ,

Une fille vous met en l'état ou vous êtes !

Vous tremblez! Allons donc, montrezde la vigueur.

DBMOCBITK , k part.

Tant de trouble jamais ne régna dans mon cœur.

(ACriték.) L'amour est , en effet, ce qu'on a peine à dire; C'est une passion que la nature inspire , U n appétit secret dans le cœur répandu , Qui meut la volonté de chaque individu A se perpétuer et rendre son espèce...

STJUBON , à part , à Mmocrue.

Pour un homme d'esprit vous parlez mal tendresse.

(ACrtoéis.) L'amour, ne vous déplaise , est un je ne sais quoi , Qui vous prend, je ne sais ni par où , ni pourquoi ;

OEUVRES DE REGNARD

Qui va Je ne sais où ; qui fait naître en notre âme Je ne sais quelle ardeur que l'on sent pour la femme , Et ce je ne sais quoi , qui parolt ai charmant , Sort enfin de nos coeurs, et je ne sais comment,

CBISÉIS.

Tous me parlez tous deux une langue étrangère; Et moins qu'auparavant je conçois ce mystère. L'amour n'est pas, je crois, facile à pratiquer, Puisqu'on a tant de peine à pouvoir l'expliquer. Mon esprit est borné : je ne veux point apprendre Les choses qui me font tant de peine à comprendre.

En exerçant l'amour, vous le comprendrez mieux

AGÉLAS BT AGÉI40R. en UaMti de chutenm DEMOGR1TE, CBISÉIS, STRABON.

8TB.ABON. [UeUX?

Qui peut ai brusquement nous surprendre en ces

AGÉLAS. 1 Agence.

Demeurons dans ce bois; laissons aller la chasse; Attendons quelque temps que la chaleur se passe.

(ii*i

Mais que vois-je?

STRABON , à part, I Démocrite et S Critéb.

Voilà peut-être de ces gens Qui vont par les forêts détrousser les passants.

CR1SSIS, i put, à Strabon.

Four moi , je ne vois rien dans leur air qui m'étonne.

AGÉLAS , à Àgénor.

Approchons. Que d'appas! Ciel ! l'aimable personne! Et comment se peut-il que ces sombres forêts Renferment un objet si doux, si plein d'attraits?

STRABON, * put, à Démocrite et s Criaéh. Tout cela ne vaut ri en. Ces gens-ci, dans leur course, Paraissent en vouloir plus au cœur qu'à la bourse. Sauvons-nous.

AGÉLAS , i Crbéla.

Permettez qu'en ce sauvage endroit, On rende à vos appas l'hommage qu'on leur doit; Souffrez...

DÉHOCRITE, 1 Agélu.

Plus long discours seroit fort inutile.

Vous êtes égarés du chemin de la ville ; Cela se voit assez : mais , quand 0 vous plaira , Dans la route bientôt Strabon vous remettra.

agklas. [heures

Un cerf que nous poussons depuis trois ou quatre Nous a, parles détours, conduits danscesdemeu- Etj'ai rois piedàterreen ces lieuxdétournés... |>es;

DÉHOCRITE.

Vous êtes donc chasseurs ?

AOBLAS,

Des pins déterminés.

DÉMOCEIXK.

Ah ! je m'en réjouis. Prendre bien de la peine. Se tuer, s'excéder, se mettre hors d'haleine; Interrompre au matin un tranquille sommeil; Aller dans les forêts prévenir le soleil ; Fatiguer de ses cris les échos des montagnes ; Passer en plein midi les guérets, tes campagnes; Dans les plus creux vallons fondre en désespérés , Percer rapidement les bois les plus fourrés; Ignorer où l'on va, n'avoir qu'un chien pour guide, Pour faire fuir un cerf qu'une feuille intimide. Manquer la bête enfin , après avoir couru , Et revenir bien tard, mouillé , las et recru, Estropié souvent : dites-moi, je vous prie. Cela ne vaut-il pas la peine qu'on en rie?

AGÉNOR

Ces occupations et ces nobles travaux Sont les amusements des plus fameux héros ; Et lorsqu'à leurs souhaits ils ont calmé la- terre, Ils mêlent dans leurs jeux l'image delà guerre.

AGÉLAS.

Mais, sans trop témoigner de curiosité, Peut-on savoir quelle est cette jeune beauté?

STRABON

De quoi vous mélez-vous?

AGÉLAS.

' On ne peut voir paroltre Un si charmant objet , sans vouloir le connoltre.

STRABON

Allez courir vos cerfs , s'il vous plaît.

AGENOR.

Sais-tu bien A qui tu parles là?

STRABON

Moi? non, je n'en sais rien.

AGÉNOR

Sais-tu que c'est le roi ?

STRABON

Le roi ! Soit. Que m'importe?

AOBNOB.

Mais voyez ce maraud, de parler de la sorte!

Maraud ! Sachez, monsieur, que ce n'est point mon Et, si vous l'ignorez, je m'appelle Strabon, [nom: Philosophe sublime autant qu'on le peut être. Suivant de Démocrite ; et vous voyez mon maître.

AGÉLAS.

Quoi ! je verrais ici cet homme si divin , Cet esprit si vanté, ce Démocrite, enfin, Que son profond savoir jusque» aux c."

x élève?

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