SCÈNE V
CRISÉIS, DÉMOCRITE, STRABON.
CUSÉtS.
Je cherche ici mon père, et ne le trouve pas; Jusqu'assez près d'ici j'avois suivi ses pas. Ne l'avez -vous point vu? Dites-moi , je vous prie , Swoit-il retourné?
DBMOCIUTK, t part.
Dans mon finie attendrie , Je (eus , en la voyant , la raison et l'amour, L'homme et le philosophe, agités tour a tour.
STB A BON.
N'avez-vous point, la belle, en votre promenade , Donné , sans ; penser, près de quelque embuscade? Ontrouve quelquefois, au milieu des forêts, Des Sylvains pétulants , des Faunes indiscrets , Qui , du soir au matin , vont à la picorée , Et n'ont nulle pitié d'une fille égarée.
CBJ8SIS.
ils je ne m'égare; et, grâce à mon destin. Je ne rencontre point telles gens en chemin. Je m'étois arrêtée au bord d'une fontaine Dont le charmant murmure et l'onde pure et saine M'iavitoient à laver mon visage et mes mains.
STBABON.
C'est aussi tout le tard dont j'use les matins.
SBHOCBITB.
Tu vois, Strabon, tu vois; c'est la pure nature : Son teint n'est point encor nourri dans l'imposture ; Elle doit son éclat à sa seule beauté.
STB.ABOH.
Son visage est tout neuf, et n'est point frelaté.
DÉMOCRITE , à Crtaën.
Ce fard que vous prenez au bord d'une onde claire Fait voir que vous avez quelque dessein de plaire-
CHISÉIS.
D'autres soins en ces lieux m'occupent tout le jour.
DÉMOCBITE.
Sauricz-vous , par hasard , ce que c'est ...
CBISEIS.
Quoi?
STBABON.
L'amour.
CBISÊIS.
L'amour?
STBABOH.
Oui
l'amour.
CBISÊIS.
Non.
DHMOCB.ITE.
Je veux vous en
Instruire.
Je tremble , et je ne sais ce que je vais lui dire.
STRABON . à part, t MmoaHc.
Quoi ! vous qui raisonnez philosophiquement ,
Qui parlez à vos sens impérativement ,
Qui voyez face à face étoiles et planètes ,
Une fille vous met en l'état ou vous êtes !
Vous tremblez! Allons donc, montrezde la vigueur.
DBMOCBITK , k part.
Tant de trouble jamais ne régna dans mon cœur.
(ACriték.) L'amour est , en effet, ce qu'on a peine à dire; C'est une passion que la nature inspire , U n appétit secret dans le cœur répandu , Qui meut la volonté de chaque individu A se perpétuer et rendre son espèce...
STJUBON , à part , à Mmocrue.
Pour un homme d'esprit vous parlez mal tendresse.
(ACrtoéis.) L'amour, ne vous déplaise , est un je ne sais quoi , Qui vous prend, je ne sais ni par où , ni pourquoi ;
OEUVRES DE REGNARD
Qui va Je ne sais où ; qui fait naître en notre âme Je ne sais quelle ardeur que l'on sent pour la femme , Et ce je ne sais quoi , qui parolt ai charmant , Sort enfin de nos coeurs, et je ne sais comment,
CBISÉIS.
Tous me parlez tous deux une langue étrangère; Et moins qu'auparavant je conçois ce mystère. L'amour n'est pas, je crois, facile à pratiquer, Puisqu'on a tant de peine à pouvoir l'expliquer. Mon esprit est borné : je ne veux point apprendre Les choses qui me font tant de peine à comprendre.
En exerçant l'amour, vous le comprendrez mieux
AGÉLAS BT AGÉI40R. en UaMti de chutenm DEMOGR1TE, CBISÉIS, STRABON.
8TB.ABON. [UeUX?
Qui peut ai brusquement nous surprendre en ces
AGÉLAS. 1 Agence.
Demeurons dans ce bois; laissons aller la chasse; Attendons quelque temps que la chaleur se passe.
(ii*i
Mais que vois-je?
STRABON , à part, I Démocrite et S Critéb.
Voilà peut-être de ces gens Qui vont par les forêts détrousser les passants.
CR1SSIS, i put, à Strabon.
Four moi , je ne vois rien dans leur air qui m'étonne.
AGÉLAS , à Àgénor.
Approchons. Que d'appas! Ciel ! l'aimable personne! Et comment se peut-il que ces sombres forêts Renferment un objet si doux, si plein d'attraits?
STRABON, * put, à Démocrite et s Criaéh. Tout cela ne vaut ri en. Ces gens-ci, dans leur course, Paraissent en vouloir plus au cœur qu'à la bourse. Sauvons-nous.
AGÉLAS , i Crbéla.
Permettez qu'en ce sauvage endroit, On rende à vos appas l'hommage qu'on leur doit; Souffrez...
DÉHOCRITE, 1 Agélu.
Plus long discours seroit fort inutile.
Vous êtes égarés du chemin de la ville ; Cela se voit assez : mais , quand 0 vous plaira , Dans la route bientôt Strabon vous remettra.
agklas. [heures
Un cerf que nous poussons depuis trois ou quatre Nous a, parles détours, conduits danscesdemeu- Etj'ai rois piedàterreen ces lieuxdétournés... |>es;
DÉHOCRITE.
Vous êtes donc chasseurs ?
AOBLAS,
Des pins déterminés.
DÉMOCEIXK.
Ah ! je m'en réjouis. Prendre bien de la peine. Se tuer, s'excéder, se mettre hors d'haleine; Interrompre au matin un tranquille sommeil; Aller dans les forêts prévenir le soleil ; Fatiguer de ses cris les échos des montagnes ; Passer en plein midi les guérets, tes campagnes; Dans les plus creux vallons fondre en désespérés , Percer rapidement les bois les plus fourrés; Ignorer où l'on va, n'avoir qu'un chien pour guide, Pour faire fuir un cerf qu'une feuille intimide. Manquer la bête enfin , après avoir couru , Et revenir bien tard, mouillé , las et recru, Estropié souvent : dites-moi, je vous prie. Cela ne vaut-il pas la peine qu'on en rie?
AGÉNOR
Ces occupations et ces nobles travaux Sont les amusements des plus fameux héros ; Et lorsqu'à leurs souhaits ils ont calmé la- terre, Ils mêlent dans leurs jeux l'image delà guerre.
AGÉLAS.
Mais, sans trop témoigner de curiosité, Peut-on savoir quelle est cette jeune beauté?
STRABON
De quoi vous mélez-vous?
AGÉLAS.
' On ne peut voir paroltre Un si charmant objet , sans vouloir le connoltre.
STRABON
Allez courir vos cerfs , s'il vous plaît.
AGENOR.
Sais-tu bien A qui tu parles là?
STRABON
Moi? non, je n'en sais rien.
AGÉNOR
Sais-tu que c'est le roi ?
STRABON
Le roi ! Soit. Que m'importe?
AOBNOB.
Mais voyez ce maraud, de parler de la sorte!
Maraud ! Sachez, monsieur, que ce n'est point mon Et, si vous l'ignorez, je m'appelle Strabon, [nom: Philosophe sublime autant qu'on le peut être. Suivant de Démocrite ; et vous voyez mon maître.
AGÉLAS.
Quoi ! je verrais ici cet homme si divin , Cet esprit si vanté, ce Démocrite, enfin, Que son profond savoir jusque» aux c."
x élève?