‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 260 sur 1244 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CLEANTHIS, STRABON, THALER.

STBABON.

Ah! la voilà qui vient; c'est elle, je la voi.

THALEB

Qu'elle a de beaux habits!

STRABON

Ils ne sont pas de moi.

CLKANTHIS, 1 Strihon.

Quoi ! malgré les transports dont mon âme est émue, Oses-tu bien en cor te montrer à ma vue ? Et pourquoi n'es-tu pas déjà bien loin d'ici ?

STBABON.

Vous vous y trouvez bien , et moi fort bien aussi.

Si mon fatal aspect ici vous importune,

Je vous permets d'aller chercher ailleurs fortune.

CLÉANTHI5.

Où puis-je aller, pour fuir un si funeste objet ?

( Thalcr regarde CltartUl itw «ttentkm. ) STBABOn.

Tons pouvez voyager vingt ans comme j'ai fait : Ou, si de la sagesse un beau feu vous excite, Allez dans les déserts, et suivez Démocrite : De vous voir avec lui je serai peu jaloux.

clbanthis.

Sors vite de ces lieux , redoute mon courroux.

(AThaler. )

As-tu bientôt assez contemplé ma figure?

THALER, S put

J'ai quelque souvenir de cette créature.

STBABON.

C'est là que l'on apprend à corriger ses moeurs ,

Et d'un flegme moral réprimer les aigreurs.

CLE AN T1HS.

Je veux, quand il me plaît, moi, me mettre r.ucolcre.

tiialih , t part. .

C'est elle; je le vois, pins je la considère.

N'adoucirez- vous point cet esprit pétulant ?

THALEB. a put.

Voilà celle qui vint m'apporter son enfant.

' clé anthi s.

Ma haine, en te voyant, s'irrita dans mon Ame, Lâche , perfide époux I

THALBH, 1 Straboe.

C'est donc là votre femme?

Hélas! oui.

THALBB, I Cléuillilt, U prenant pu M bru.

Payez-moi ce que vous me devez.

CLBANTHIS.

Ce que je vous dois?

Oui , s'il voua plaît.

CLBAUTHIS.

Vous rêvez.

Je ne vous connois point, mon ami, je vous jure.

THALBB.

Je vous connois bien, moi. Quinze ans de uoum- Pour un de vos enfants. [tue

CLKANTHIS.

Pour un de mes enfants?

STBABON. i

Pour un de nos enfants! Ciel! qu'est-ce que j'en tends? Je n'en eus jamais d'elle; et c'est nous faire honte.

THALEB. I Stnbon.

Elle n'a pas laissé d'en avoir, à bon compte.

STBABOIf.

D'en avoir! justes dieux! verrai-je d'un œil sec Le front d'un philosophe endurer tel échec ?

CLEAMIH9, t ThaJcr.

Quoi ! tu pourrais , maraud , avec pareille audace, Me soutenir...

(apsrt.) J'ai vu quelque part cette face.

THALBB , t CUuithfe.

Oui, je le soutiendrai. C'est, palsangueune , vous Qui vint, par un matin, mettre un entant ch eux nous , SI bien que vous disiez que vous étiez sa mère,

CLBANTHIS.

Qui, moi?

THALEB, tSMbOD.

Je suis ravi que vous soyez son père; C'est un gentil enfant.

STBABON, 1 CWanlhls.

M'avoir joué ce trait ,

OEUVRES DE REGNARD

Sans t'en avoir donné jamais aucun sujet ' !

CLÉANTHIS.

Vous êtes fous tous deux.

SïBABON.

Me donner, infidèle.

Un enfant clandestin!... Est-il mâle ou femelle?

tHALBB.

C'est une belle fille , et laquelle , ma foi , Ke tous ressemble guère.

Oh! vraiment, je le croi.

A GELAS , DÉHOCRITE , CRISÉIS , STRABON, CLÉANTHIS, THALER.

DRMOCRITE, à ARélu.

Seigneur, il ne faut pas ra'arréter davantage : Je joue en votre cour un fort sot personnage ; Et quand vous me forcez à rester dans ces lieui , Je sais que ce n'est point du tout pour mes beaux agitlas. [yeux.

Votre rare mérite en est l'unique cause.

DÉHOCBITB.

Mon mérite? Ah ! vraiment , c'est bien prendre la Si vous le connoissiez en effet tel qu'il est, [chose. Vous verriez qu'il n'est pas tout ce qu'il vous par oî t .

AGÉLAS.

Ici votre présence est encor nécessaire. Je veux que vous voyez terminer une affaire; Après quoi vous pourrez, libres dans vos desseins. Vous Thaler et Strabon , chercher d'autres destins.

DÉMOCHITE.

Quelle affaire?

Je veux qu'un heureux mariage Par des nœuds étemels à Criséis m'engage.

THALEB

A ma fille?

dp*

Morgue , ces courtisans de cour Ont tous , comme cela , des vartigos d'amour.

CHISÉlS.

Il ne faut point , seigneur , surprendre ma foiblesse Par le flatteur aveu d'une feinte tendresse. Je comtois votre rang ; de plus, je me connois : Vous respecter, seigneur, est tout ce que je dois.

< Dm* l'édition originale et dans celle de ITM, on fit ainsi Ce

AGBLAB.

Les- dieux et les destins en vain , par la naissance , Ont mis entre nous deux une vaste distance , J'en appelle à l'amour ; il est beaucoup plus fort Que le sang, que les lois , que les dieux et le sort Je veux sur votre front mettre le diadème '.

THALER , a Criséis.

Ne va pas t'y fier; ce n'est qu'un stratagème. SCÈNE V.

ISMÈNE, AGÉLAS, AGËNOR, CRISÉIS, DÉ- MOCRITE, CLÉANTHIS, STRABON, TUA- LER.

isxiNE. i AgeLu.

Seigneur , il court un bruit que je ne saurais croire ; Il intéresse trop mes droits et votre gloire : J'apprends que, vous laissant séduire par l'amour, Vous voulez épouser Criséis en ce jour.

AGÉLAS.

Le bruit qui se répand ne me fait nul outrage ! Un inconnu pouvoir à cet hymen m'engage; Et mon choix, l'élevant dans ce rang glorieux , Peut réparer assez l'injustice des dieux.

DÉM0CB1TE. 1 Agelu.

Vous voulez tout de bon en faire votre femme ?

AGÉLAS.

Jamais aucun espoir n'a tant flatté mon âme.

THALER, à pttt.

Tatigué, queu malin 1

(I AgelM.)

Rendez-moi mon bijou, Et je prends, pour partir, mes jambes à mon cou.

Aghnor , donnent le bracelet in roi.

Parles soins que j'ai pris, on vient de me le rendre; Seigneur, je vous l'apporte.

THALEB

On m'a bien fait attendre.

N'en a-t-on rien été?

AGÉLAS.

Les yeux sont éblouis Des traits de feu qu'on voit...

(A Thaler.) Mais d'où vient ce rubis ?

THALEB

Du pays des rubis. Il est à notre fille.

AGÉLAS.

Comment ?

THALEB

Oui; c'est, seigneur) un bijou de famille.

il sont de Lrop, au il manque ann- ?

DEMOCRITE, ACTE V, SCENE V.

agélas.

Êclaircis-nous le bit sans feinte et sans détour.

THALBB.

Hais tout ce que je dis est plus clair que le jour.

AGÉLAS.

Ce discours ambigu cache quelque mystère : Explique- toi.

THALBB.

* Morgue , je ne suis point son père, Puisqu'il faut vous le dire et parler tout de bon.

CBISÉIS.

Juste Ciel!

Je ne fais que lui prêter mon nom , Comme bien d'autres font.

CLKANTHIS, a part. .

Le dénouement s'avance.

AGÉLAS.

Et quel est donc celui qui lui donna naissance?

Ce n'est pas moi , toujours.

THALKH, montrant Cléanthl!.

Cette femme, je enji, Si vous l'interrogez, le dira mieux que moi : [œuvre, La drolesse, un matin, s'en vint , bon jour, bonne Jusqu'à notre maison porter ce biau chef-d'œuvre.

CLBANTHH.

Moi ! quelle calomnie I

TIIALER, 1 Clraiithii.

Oh 1 je vous connois bien.

CLBAHTHIS.

Qui? moi, j'auroîs...

THALBB.

Oui , vous ,

AGÉLAS, t CUurihb.

Ne dissimule rien.

CLBANTHtS.

Seigneur, j'ai satisfait aux ordres de la reine, Qui de sou premier lit n'ayant pour fruit qu'Ismene, Et lui voulant au trône assurer tous les -droits , M'obligea de porter sa fille dans les bois.

AGÉLAS. [ture?

Puis-je croire, grands dieux! cette étrange aven- Mais, hélas! n'est-ce point une heureuse imposture?

CLÉANTHIS.

Seigneur , ce bracelet avecque ce rubis Rendent le fait constant.

STHABOK, à part. ' *

Je reprends mes esprits agélas, i crbéb.

Il est temps qu'à présent, puisque le Ciel l'ordonne,

Je remette à vos pieds le sceptre et la couronne. Je vous rends votre bien , madame; et désormais Je ne le puis tenir que de vos seuls bienfaits.

c BIS BIS.

Je ne me plaignois point du sort où j'étois née : Maintenant que le Ciel, changeant ma destinée. Veut réparer les maux qu'il m'avait fait souffrir, Je me plains de n'avoir qu'un cœur à vous offrir.

AGÉLAS, ïjimène.

Madame , vous voyez mon destin et le vôtre ; Le Ciel ne nous a point fait naître l'un pour l'autre; Mais ce prince pourra, sensible à vos attraits, De la perte du trône adoucir les regrets.

ISMÈHB.

Agénor à mes yeux vaut bien une couronne.

AGÉNOR

Seigneur.,.

AGÉLAS, 1 Thaler.

Tous dont je tiens cette aimable personne. Demandez ; je ue puis trop vous récompenser.

Faites-moi maltôtier toujours pour cr

DEMOCRITE, à Agelas.

Seigneur , depuis long-temps je garde le silence, Un tel événement étourdit ma prudence ; Interdit et confus de tout ce que je vois , J'ai peine à retrouver l'usage de la voix. , Il est temps cependant de me faire connottre. Je n'ai point été tel que j'ai voulu paraître ; Vraiment foible au-dedans, philosophe au-dehors , L'esprit étoit la dupe et l'esclave du corps, [ruine, Deux yeux, deux yeux charmants, a voient, pour ma Détraqué les ressorts de toute la machine. De la philosophie en vain on suit les lois; La nature en nos cœurs ne perd jamais ses droits; Et ' , comptant nos défauts , je vois, plus je calcule. Qu'il n'est point de mortel qui n'ait son ridicule : Le plus sage est celui qui le cache le mieux. J'étois amoureux.

AGÉLAS.

Vous!

DEMOCBITE.

L'amour m'avoit forcé , pour traverser ma vie , Dans les retranchements de la philosophie.

( Montrant Criseli.)

Voilà l'objet fatal , le véritable éeueil

■ Cette leçon al coutorme 4 f édition originale ; et Je II croli celle de l'auteur. DM» lantea le* latret éditions, on trouve. En

comptant . in lien de , ET, comptant,

OEUVRES DE REGNÀRD.

Oit la Hère sagesse a brisé son orgueil.

CLSANTHIB.

Vous aimiez Criséis?

DÉKOCH1TE.

La partie animale Avoit pris, malgré moi , le pas sur la morale ; La nature perverse entralnoit la raison. A l'univers entier j'en demande pardon.

Adieu.

ACjÉLAS.

Ne partez point ; il y va de ma gloire.

DÉMOCBITE.

Faut-il que j'orne encor votre dur de victoire ? Je ne me trouve pas assez bien de la cour, Seigneur, pour y vouloir faire un plus long séjour. J'ai fait , en m'y montrant, une folie extrême ; [me; J'y vins commeun franc sot , et je m'en vais de mé- Trop heureux d'en partir libre de passion , Kt d'avoir de critique ample provision I J'en ai fait à la cour un recueil à bon titre : Je me mets , je l'avoue , en tête du chapitre De ceux que l'amour fait à l'excès s'oublier; Mais , sans le bracelet , vous étiez le premier. Je vais chercher des lieux où la philosophie Ne soit plus exposée à cette épilepsie. Dans un antre plus creux, achevant mon emploi, Je vais rire de vous ; riez aussi de moi.

(U»ort.)

ISMÈNE, AGÉLAS, AGÉNOR, CRISÉIS, CLÉANTHIS, STRÀBON, THALER.

Tâchons de l'arrêter.

(* Crltéll.) . Nous cependant* madame , Allons pour couronner une si belle flamme.

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