LE RETOUR IMPRÉVU
COMÉDIE EN UN ACTE, ET EN PBOSE
BEPBÊEEÏITKS, POUB LÀ PREHIÈBE FOIS, LE JEUDI 11 FBVBIEB 1700.
AVERTISSEMENT
Crtra comédies été représentée, pour 1h première fois, le jeudi II février 1700.
Le sujet en est tirédu MMMHnriadePlaute.etil mat que l'idée en ait paru plaisante et théâtrale , car plusieurs de dm poêle» l'ont mise sur la actae avant et depuis Regnard.
Noos n'entreprendrons pai de donner un extrait rie celle pièce ; noua Don* conlenleroni de citer le» scènes dont Regnard a cherche I tirer parti .
Le premier acte du Mpslellar\a présente DDe esquisse des débauchée de PHIotacbèt pendant l'absence de ton père. Regnardee propose le même objet dans ses boit première» icène». Le personnage du marquis est imité décelai de Callidamalès (scène IV du premier acte], gtî Tient ivre , accompagné de aa belle, faire la débauche cher Phi kdachèi. Ceedeux personnages «ont éptsodiques dans l'une et àap* l'antre- pièce. Le rftw du marquis nom semble cepraalinl pin agréable que celui deOHidamalès , qui est un débauché' craunlcui , déjà pris de iin lorsqu'il arrive chu son ami , et qui , après avoir bit quelques caresses à sa maîtresse , se laissa tomber sur un lit et s'endort.
Tranion , Talet de Philolacbèa , ouire le second acte, et annonce le retour inattendu de Theoroptdes , père de ce jeune débauché. Embarras de Philolaehès ; extravagances de CalBdajmatèa , que l'on s'efforce de réveiller , mais que sou extrême ivresse empêche de connaître le danger ou se trouvent sas amis. Cependant Tranion reprend courage , il imagine an moyen d'éloigner Theoropidès ; il recommandait Philolaehès et h ses convives de se renfermer dans la maison, et se résout à aborder seul le vieillard.
Dans Régnant , Merlin , qui remplace Tranion , est instruit seul de l'arrivée dn père de son mallre, et se trouve serré de si près, qu'il ne peut en informer Cl itandre. Celui, d ignore, et le malheur qui lo menace, et la ruse une sou valet emplotsr pour le parer ; de sorte que sa joie n'en est pat troublée , aon plus que celle de ses convives.
Les scène» suivantes sont imitées avec plut d'exactitude i s de Merlin à lavuedn vieillard, ses ù parte,
tout absolument semblable* dans les deux pièces. Dana Plante , la fourberie de Trankffl est traversée par l'arrivée d'an usurier qui demande son paiement; il est d'ubord déconcerté , et il lâche d'imposer silence an créancier Importun. Ne pouvant y parvenat, il confesse an vieillard qne son Dis a emprunté qnaïaute mines, mais il ajoute qu'il a employé cet argent a acheter une maison. Le père approove l'emprunt, et congédie roturier en promettant de le satisfaire. h
Lea nouvelles fourberie» de Tranion, 1oin.de I» tirer d'affaire, ue font qu'augmenter son embarras. Tbeunipîdès , content de. la nouvelle acquisition de son Sis , désire aller la visiter, et exige qu'on la lui Indique sur-le-champ, pour aller la voir ; le valet , ne menant que dire ni que faire, nomme au hasard Simon , voisin de Theuropldcs , comme vendeur de cette maison.
Sur ces entrefaites Simon arrive (ce rôle ressemble a
et qu'il détire prendre la sienne ponr modèle. Simon cousent de ta laisser voir, et Tranion abouche tes denx vieillards. Il avoit prévenu son maître que Simon étoil faqbé d'avoir vendu sa mafsod , et l 'avoit engagé a De point lui rappeler nn souvenir qui augmentent son cbaartn . Cette scène est très-comique. Thenropld.es visite la maison * son aise; il pareil enchanté da ce qu'il voft, et est très-oootenl du marché de sou fils. On reconnott dans cette scène la dix-huitième de la pièce de Regnanï; cependant elle ne se termine pas de même ; il n'y a point d'explications entre les denx vieillards , comme entre Géronle et H» Bertrand, et la fourberie da Tranioo a un succès complet.
A l'ouverture' dn IV acte, tontes les fourberies commencent è se découvrir , mais moins plaisamment et avec plus de lenteur que dans Regnard.
Le valet de Callidamatèt' va chercher son maître , suivant les ordres qu'il en avoit reçus ; il est rencontré par Tbeuropidèa dans l'Instant qu'il se dispose à frapper A la porte de Philolachès,et, tans couuotbre ce vieiDard , Il lui apprend la mauvaise conduite de son Ai , et lui découvre let fourberie» de Tranion. Molierea pu faire usage de cette
OEUVRES DE REGNARD
•cène dans la scène II du second scie de Georges Donditi. Simon survient qui achète de dévoiler tout ù Tbeuropidfis , eu l'expliquant arec lui au sujet de la maison.
Au cinquième acte, Tbeuropidès, furieux, vent taire punir Trauirai. Callidamalès survieut ; il est ivre : cependant il entreprend de réconcilier le fils arec le père; et, ce qui étonne un peu, Il y parvient uni beaucoup de peine : il obtient même la grâce de Tranion, «or laquelle le vieillard m montroit d'abord Inflexible.
Ce dénouement nom paroi t moins heureux que celui rie Regnard. La facilité de Thenropidès est peu vraisemblable, et In présence d'uu débauché pris de Tin, et accompagné de courtisanes , noue scinbloit devoir plutôt exciter la colère du Tieillard , que propre A ménager une réconciliation. La présence et lea discours du marquis ne produisent pas, A beaucoup près, le même effet dans la pièce de Régnant. L'incident du sac de vingt mille francs prépare le dénouement d'une maniéré plus adroite et plus naturelle : le caractère du vieillard y est mieux soutenu ; et 11 est plus vraisemblable qu'il pardonne A son Sis , dans l'espoir de recouvrer sou argent, qu'il ne l'est qu'il se rende aux persuasions d'un de ses compagnons de débauche.
En 1378, Pierre La Rivej, poète champenois, a mis sur la scène le sujet du Idostellaria. Sa comédie est intitulée, les Esprits. Nous ne noua étendrons pas beaucoup sur cftte pièce , qui nous paroit une mauTatse imitation des Adelphes et du Mosleltaria, et qui ne nous semble pas méiilor les éloges que lui donnent lea auteurs de l'Histoire du Théâ Ire français. Les mœurs.}' sont outragéesavec une inSécence que la licence du temps ne peut excuser. L'espèce de ruse employée par lea valets demande de la part des vieillards beaucoup de crédulité : aussi dans Piaule et dansBegoard sont-ib très-crédules j mais dans La Rivej, cette crédulité est poussée I l'extrême , et au-delà des bornes de la vraisemblance. Rien n'égale l'imbécillité de Séverin. Quoiqu'il se mène de Fronlin, et qu'il l'accuse d'à voir débauebé sou fils, il croit néanmoins, sur la parole * alece valet, que «s maisouestpleiuede diables. Il fait tenuun soroierpew les conjurer ;Frontin contrefait le diable, et répond pour lui. Celte scène extravagante aboutit A escroquer au vieil avare un diamant , sans que l'ou sache , ni si le sorcier a expulsé lea diables, ni si SéTerin peut rentrer dans sa maison.
Le dénouement a cependant quelque ressembla noe avec celui de Regnard ; mais si noire poète a tiré parti de l'idée de La Rivey , il faut convenir qu'il l'a embellie. Dans lea deux pièces , les avares de pardonnent a leurs fils que dans la Tuede recouvrer une bourse qui leur a été votée, mais Isa circonstances sont différen tes. Dans La Rlvey , SéTerin porte sur sot une bourse de deux mille écus , que son caractère soupçonneux ne lui permet pas de perdre de vue un seul Instant. Cependant , par une Inconséquence inexplicable, il se détermine A la cacher sons une pierre, près du seuil de la porte de sa maison de ville. C'est cette bourse qui lui est enlevée , et dont la restitution est le prix de la réconciliation générale. Le Gérante de Regnard est aussi avare, mais plus prudent; il a vingt mille francs en or qu'il cache dans l'intérieur de sa maison : personne ne sait son sccrel; S ne le découvre que par nécessité, et par une
suite très-comique dn stratagème de Merlin , qui lui-même ne s'altendoit pas A la découverte.
HontOeury a mit aussi sur la scène le sujet du MasteUaria , dans le premier acte d'une pièce intitulée , le Comédien pnO, représentée sur le théâtre de la me Guénégaud.en 1675. Ce premier actea été imprimé séparément sous le titre du Garron sans conduite , et forme une petite comédie très-inférieure A celle de Regnard, mais su pérleure A celle de La Rive?. MontOeur) n'a imité que l'incident de la supercherie de Tranion; 11 y a seulement introduit un personnage de son invention, qu'il nomme Dargentbref , que l'on s'attend A trouver plaisant , et qui n'est qu'ennnyenx, et dans la bouche duquel il met une morale d'autant plus déplacée , que ce Dargeuthrefest un joueuret nu escroc, uni proBte lui-même des travers qu'il
La principale scène entre Daman père et Crispin est imitée et presque traduite de Piaule jusqa'û l'endroit où Tranion fail l'histoire de l'Iiote assassiné. Moutlleury a changé cet endroit, A f imitation de La Rirey, et au lieu de l'ombre d'un mort, il Ans habiter la maison par des diables.
Je veux heurter.
Monsieur, n'approche* pas , vont dts-Je.
UABOlpfrr.
Hais pourquoi m' empêcher d'approcher mou logis ?
Depuis près de six mois il revient des esprits.
Nous observons ici que Moattleury est celui qui a mis le plus rïe vraisemblance dans sa pièce - Darnon n'esUtHîlemenl disposé a croire le récit du ratet; il s'obstine a vouloir entrer cbex lui , et ce n'est que lorsqu'il est cowaisseu par le témoignage de ses propres yeux , qu'il commença A s'ef-
Le dénouement de la pièce de HontOeury est la ptes vicieux de tous , ou pour mieux dire , il n'y a point de dénouement dans celte pièce. La mauie de Damon Dis étoit
de faire construire des décora tiouset des machines de tliéAtre : c'est A cet usage qu'il employait les grands biens dont son père lui a voit coolie le dépit peudant son absence. Les amis du jeune homme proBtent de l'occasion pour appuyer le récit de Crispin: ils se déguisent en diables, cl A l'aide d'une machine , ils enlèvent le vieillard. C'est par os burlesque coup de théâtre que la pièce se termine.
Enfin Destoucbes a cherché aussi A mettre sur notre scène le Hastellaria. Sa comédie du Trésor roche , imprimée dans ses œuvres posthumes, est uuo imitation du la comédie ils Plante; mais on n'y reconoolt point l'auteur du Glorieux et du Philosophe mariê.-Cn sujet si plaisant, et qui fournissait tant de situations comlnues, est rendu d'une manière froide et languissante; celte pièce est l'une des plus mauvaises de ce poète, qui, d'ailleurs, lient on rang distingué sur la scène francoise.