SCÈNE TH
ÉRASTE , CRISPIN
ciisra.
Mais j'aperçois mon maître.
ÉBA6TE.
Eh bien [quelle nouvel le, Cher Crispin? Dans ces lieux as-tu vu cette belle? As-tu vu ce tuteur? et vois-tu quelque jour,
Quelque rayon d'espoir, qui flatte mon amour?
CKISPIK.
A vous dire le vrai , ce n'étoit pas la peine De venir de Milan ici tout d'une haleine. Pour nous en retourner d'abord du même train ; Vous pouviez m' épargner le travail du chemin. Ah! que ce mont Cenis est un pas ridicule! Vous souvient-il, monsieur, quand ma maudite mule Me jeta par malice en ce trou si profond ? Jefus près d'un quart d'heure à rouler jusqu'au fond.
ÉBABTE.
Ne badine donc* point ; parle d'autre manière.
CRISPIN
Puisque vous souhaitez une phrase plus claire, Je vous dirai, monsieur, que j'ai vu le jaloux, Qui m'a reçu d'un air qui tient de l'aigre-doux. Il faudra du canon pour emporter la place,
BKastb. [fasse;
Nous en viendrons à bout, quoi qu'il dise et qu'il Et je ne prétends point abandonner ces lieux , Que je ne sois nanti de l'objet de mes vœux. L'amour, de ce brutal, vaincra la résistance.
CBISPÏN.
J'aurais pour le succès assez bonne espérance ,
OEUVRES DE REGNARD
SI de quelque argent frais nous avions le secours : C'est le nerf de la guerre, ainsi que des amours.
ÉHÀSTE.
Ne te mets point en peine ; Agathe, en mariage, A trente mille écus de bon bien en partage : Quand elle n'auroit rien, je l'aime cent fois mieux Qu'une autre avec tout l'or qui séduirait tes jeux. Dès ses plus tendres ans chez ma mère élevée. Son image en mon cœur est tellement gravée , Que rien ne pourra plus en effacer les traits, [faits, Nos deux cœu rs.qui sem bl oi en 1 1 ' u n pou r l' a u t r e être Goûtoienl de cet amour l'heureuse intelligence , Quand ma mère mourut. Dans cette décadence , Albert, ce vieux jaloux, que l'enfer confondra. Par avis de parents d'Agathe s'empara.
Je ne le comtois point ; et lui, comme je pense. De moi, ni de mon nom, n'a nulle connoissance- On m'a dit qu'il étoit d'un très-fâcheux esprit , Défiant, dur, brutal.
CBISFIH.
Et l'on vous a bien dit.
Il faut savoir d'abord si daus la forteresse Nous nous introduirons par force ou par adresse ; S'il est plus à propos , pour nos desseins conçus, De faire un siège ouvert ou former un blocus.
Tu te sers à propos des termes militaires ; Tu reviens de la guerre.
CIIIPIH.
En toutes les affaires , La tête doit toujours agir avant le bras. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je vois des combats : J'ai même déserté deux fois dans ta milice. Quand on veut , voyez-vous , qu'un siège réussisse, Il faut , premièrement , s'emparer des dehors ; Connoitre les endroits, les foibles et les forts. Quand on est bien instruit de tout ce qui se passe , On ouvre la tranchée , on canonne la place , On renverse un rempart , on fait brèche ; aussitôt On avance en bon ordre , et l'on donne l'assaut; On égorge, on massacre, oh tue, on vole, on pille; C'est de même à peu près quand on prend une fille - N'est-il paj vrai , monsieur ?
BBASTE.
A quelque chose près.
La suivante Lisette est dans nos intérêts. CMSpm.
Tant mieux. Plus dans la ville on a d'intelligence, Et plus pour le succès on conçoit d'espérance. Il la but avertir que , sans bruit , sans tambours, Il est toute la nuit arrivé du secours; Lui faire des signaux pour lui faire comprendre...
EflASTK.
Allons voir là-dessus quels moyens il faut prendre;
Et pour ne point donner des soupçons dangereux, Évitons de rester plus long-temps en ces lieux.