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LES FOLIES AMOUREUSES, ACTE II, SCENE II

AGATHE

Sous quelque autre climat que je sois avec voua. Vous ne deviez pas faire un tel aveu si haut. L'air n'y sera pour moi ni meilleur, ni plus doux. albebt.

Je ne sais pas pourquoi; niais enfin je soupire, Et pourquoi, mon enfant?

Quand je suis près de vous, plus que je ne respire.

ALBERT, i Asalhe.

Mon coeur à ce discours se pâme de plaisirs. Il te faut un époux pour calmer ces soupirs.

Les filles , d'ordinaire assez dissimulées ,

Font, au seul nom d'époux, d'abord les réservées, I Masquent leurs vrais désirs, et répondent souvent : N'aimer d'autre parti que celui du couvent : ■ Pour moi , que le pouvoir de la véritépresse,

Qui ne trouve en cela ni crime ni foiblesse,

J'ai le cœur plus sincère, et je vous dis sans fard,

Que j'aspire a l'hymen , et plus tôt que plus tard,

LISETTE

C'est bien dit. Que sert-il, au printemps de son Age,

De vouloir se soustraire au joug du mariage ,

Et de se retrancher du nombre des vivants?

Il étoit des maris bien avant des couvents ;

Et je tiens, moi, qu'il faut suivre, en toute méthode,

Et la plus ancienne , et la plus à la mode.

Le pa^ d'un époux est te plus ancien,

Et le plus agité ; c'est pourquoi je m'y tien.

ALBEBT.

En personnes d'esprit vous parlez l'une et l'autre. Hes sentiments aussi sont conformes au vôtre : Je veux me marier. Riche comme je suis , Ou me vient tous les jours proposer des partis Qui paraissent pour moi d'un très-grand avantage : Mais je réponds toujours qu'un autre amour m'en-

(» AgaUur.) [gage,

Que mon cœur, prévenu de ta rare beauté , Pour toi seule soupire , et que, de ton coté , Tu n'adores que moi.

AGATHE

Comment donc!

ALBEBT.

Oui, mignonne.

J'ai déclaré l'amour qui pour moi t'aiguillonne.

AGATHE

Vous avez , s'il vous platt , dit....

ALBEBT.

Qu'au fond de ton cœur, Pour moi tu nourrissons une sincère ardeur.

AGATHE

Votre discrétion vraiment ne parott guère.

ALBEBT.

On ne peut être heureux .belle Agathe, et se taire.

C'est que rien n'est si faux ', Et qu'on ne peut mentir avec plus d'impudence.

ALBEBT.

Vous ne m'aimez donc pas ?

AGATHE

Non : mais, en récompense, Je vous hais à la mort.

ALBEBT.

Et pourquoi?

Qui lésait?

On aime sans raison , et sans raison on liait.

LISETTE, t Albert.

Si l'aveu n'est pas tendre, il est du moins sincère.

ALBEBT, à Agathe. '

Après ce que j'ai fait , basilic, pour vous* plaire!

LISETTE

Ne nous emportons point; voyons tranquillement Si l'amour vous a fait un objet bien charmant. Vos traits sont effacés , elle est aimable et fraîche ; Elle a l'esprit bien fait , et vous l'humeur revêche ; Elle n'a pas seize ans , et vous êtes fort vieux ; Elle se porte bien , vous êtes catarrbeux; Elle a toutes ses dents £qui la rendent plus belle ; Vous n'en avez plus qu'une , encore branle-t-elle , Et doit être emportée à la première toux : A quelfc malheureuse ici-bas plairie2-vous ?

ALBEBT.

u pris pour lui plaire une inutile peine , Je veux , par lasambleu , mériter cette haine , Et mettre en sûreté ses dangereux appas. Je vais en certain lieu la mener de ce pas , Loin de tous damoiseaux , où de son arrogance Elle aura tout loisir de faire pénitence. Allons , vite , marchons.

AGATHE

Où voulez-vous aller?

ALBEBT.

Vous le saurez tantôt ; marchons sans tant parler. aix ira rime pu tne haut.

OEUVRES DE REGNARD

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