M. COQUELET, MÉNECHME, VALENTIN
VALENT]» , 1 part
Quel surcroît d'embarras Un de nos créanciers tourne vers nous ses pas : C'est le marchand fripier qui nous rend sa visite.
H. COQUELET, i Menecbme, qu'il prend pour le cheviller.
De mon petit devoir humblement je m'acquitte. J'ai, ce matin , monsieur, appris votre retour, Et je viens des premiers vous donner le bonjour. Nous étions tous pour vous dans une peine extrême Car, dans notre maison, tout le monde vous aime, Moi , ma fille , ma femme : elles trembloient de peur Qu'il ne vous arrivât quelque coup de malheur.
HÉNECHHE.
M 'aimer sans m'avoir vu ! voilà de bonnes âmes! Je n'aurais jamais cru tant être aimé des femmes!
H. COQUELET
Nous le devons, monsieur, pour plusd'une raison: Vous êtes dès long-temps ami de la maison.
MÉNECHME, bu 1 ValenUn.
Quel est cet homme-là ?
VALENTIN , bai i Héoechme.
C'est un visionnaire, Une espèce de fou d'un plaisant caractère , Qui s'est mis dans l'esprit que tous les cens qu'il voit Sont de ses débiteurs , et veut que cela soit : C'est sa folie enfin : it n'aborde personne Qu'un mémoire à la main-, et déjà je m'étonne Qu'il ne vous ait point fait quelque sot compliment.
MÉNECHME, bu à ValenUo.
Sa folie est nouvelle et rare assurément.
M. COQUELET
Votre bonne santé , plus que l'on ne peut croire ,
Me charme et me ravit. Voici certain mémoire
Qu'avant votre départ je vous fis arrêter,
Et que vous me paierez , je crois , sans contester.
VALENT!» , bu » Kénuchmc.
Que. vous avois-je dit ?
H. COQUELET
J'ai , pendant votre absence, Obtenu contre vous certain mot de sentence , Et par corps.
MÉNECHME
£t par corps ?
M. COQUELET
Mais , bénin créancier, J'ai différé toujours d'en charger un huissier: De poursuites, d'exploits, il vous romprait la télé.
MENECHME.
Mais vous êtes vraiment trop bon et trop bomifle! Comment vous nomme- t-on?
M. COQUELET
Oh 1 vous le savet bien.
MÉNECHME
Je veux être un maraud si j'en sus jamais rien.
M. COQUELET
Pourriez- vous oublier...
VALENTIN , prenint M. Coqndel à pmt
Ignorez- vous encore Le mal qui ie possède?
M. COQUELET, A Vilnilin.
Oui, vraiment, je l'ignore.
VALENTIN, i part k H. Coquelet.
Sa mémoire est perdue; il ne se souvient plus, Ni de ce qu'il a fait , ni des gens qu'il a vus. Ainsi , de lui parler du passé , c'est folie : Son nom même, son nom, bien souvent il l'oublie.
H. COQUELET, 1 pirll Vatentln.
Ciel 1 que me dites-vous ? Quel triste événement ! Et comment se peut-il qu'à son Age...
VALENTIN, bu.
Comment?
On l'a mis , à la guerre , en une batterie D'où le canon tiroit avec tant de furie, Qu'il s'est fait dans sa tête une commotion Qui de son souvenir empêche l'action.
De son foible cerveau... la membrane trop tendre- Oh ! l'effet du canon ne saurait se comprendre.
M. COQUELET, k Menecbme.
Je plains bien le malheur qui vous est survenu ; Mais je puis assurer q,ie le tout m'est bien dû. Vous savez....
MSNECHHH.
Oui , je sais , sans en faire aucun doute, Et vois que la raison est chez vous en déroute.