QUI SUIVENT LA TRAGÉDIE DES JAH1UB0S
Antoine-François Gantnlot, seigneur tTAncier, étolt d'une famille notate de Franche-Comté , et j potsédolt de grands bien*. Riche , et vleni garcod*, c'était un titre pour mériter I attention de» jésuites : aussi eaux de la tille de Beta nçon.ori il faUoit sa demeure, n'oublièrent rien pour gagner son aniitlé et sa succession. lit écritlreut A leur* oonirères de Rome , quand H. d'Ander y ail*, en 1626, el ils recommandèrent beaucoup cet intéressant voyageur, en let Informant des vuet qu'il» avaient sur lui. Noire Franc- Comtois en reçut donc le* plus grand accueil, il tomba malade et ne put alors refuser 4 leurs instance* d'aller prendre nn Logement cbet eus , c'est-à-dire dan* la maison dn Grand- Jétua, habitée par la général même dé la société. Cependant la maladie empira t H. d'Ancier mourut; et, ce qui était le plps fâcheux pour ses bûtes, il mourut ab infectai.
Grande désolation parmi, let compagnons de Jésus. Heureusement pour eux, ils nvoleni alors nn frère qni étoit resté long-temps t leur maison de Besançon. Ce modèle des Crispins , voyant la douleur générale , entreprend de la calmer;. Sou esprit Inventif lui fait apercevoir dn remède h nu malheur qui n'eu paroi t pas susceptible ; et lu digne tertlteuT apprend a ses maîtres qn'il coonolt en Franche- Comté un paysan dont ht Tobt ressemble tellement i celle dn défunt , que tout le monde s'y trompait. A ce coup de
OEUVRES DE REGNARD
lumière l'espérance de* Pères se ranime : lit conviennent do cacher la mort de l'Ingrat qui est parti an payer ion giie , et de (aire Tenir l'homme que la Providence a mil en étal de les servir dani cette Importante occasion.
C'éloil un nommé Denis Eavrard, fermier d'une grange appartenante A M. d'Ancier lui-même, et située an village de Montferrand , près de Besançon. Mali comment le déterminer a. entreprendre ce Toyageî Le frère jésuiteavoit donna l'idée do projet ; on le charge de l'exécution. Le TOlli parti ponr la Francho-Comté. Il arrive, et va trouver Denis Eutrard.lt ne l'aborde qu'en secret, et commence par le faire jurer de ne rien révéler, même I sa 1 femme, de ce qu'il loi Tient apprendre. Alors il Inl dit que M. d'Ancier eat malade A Rome, et veut faire ion testament ; mai* qu'ayant auparavant de* choie* eaenlielles à lui communiquer, il l'envoie chercher, et promet de le récompenser généreusement. Le fermier ne balance pas: nu parler de «on Toyage A personne, Il se met en roule avec le frère, et loua deux te rendent a Rome dans la maison du Grand-Jétn*.
Des que Dénia Eairardt est entré, den< jésuite» Tiennent A sa rencontre : « Ah ! mon pauvre ami 1 lui diaenli Ils avec l'air et le Ion de la douleur, tous arriTea trop « lard ; M. d'Ancier est mort : c'est une grande perte pour
■ nona et pour tous. Son Intention étoit de tous donner
■ sa grange ds Honlfemnd , et de léguer le reste de «e*
• bleus A nos Père* de Besançon : mais il n'y but plus
■ songer. > Alors ils le conduisent dam une chambre ; on l'y laisse H repouri et 11 demeure seul, abandonné A ses tristes réflexloiM.
Le lendemain, un de* même* Pères qui l'arolent entretenu la veille retient le voir, et la contersatiou retombe sur le m&ne srijst. « Mon cher Euvrard >, loi dit lojéaafte , • il me Tient une idée. C'était llnlentioii de M. d"An- . eJer de falru son teHamenl : il TOtOoft »oos donner aa « grange de Montuttrand , et nous Laisser lo surplus rfece
< qu'il powédou. Ton avoceres qu'il était maître de «a a Mena] il ponTOit en disposer comme il le jngeoit eon-
< venante : ainsi l'on peut regarderces biens comme nom
■ étant déjà donnés devant Dieu. 11 ne manque donc que
■ la formalité dn testarbenl; mais c'est nn petit défaut de
■ forme qu'il eat possible de réparer. Je me suis aperça
• que tods ares la Toix entièrement semblable A celle de
• H. d'Ancier : tous pourries facilement le représenter - dam un lit,- nt dicter an testament conforme 1 ses in-
• tentions. Surtout tous n'oubliera psi de tous donner « la grange de Montferrand. ■
Le bon fermier se rendit «ans peine A l'avis do camiste. Le Père jésuite, que le frère aroit parfaitement Instruit dea Mena du défont. Ht faire a Denis EuTrard plusieurs ré pétitions dn rôle qu'il deroit jouer. Enfin , lorsque celuici paroi aises exercé , Il lot nui dan* on lit; ou manda le notaire; et deux hommes distingués de la Franche-Comté, l'on conseiller aa parlement , l'autre chanoine de la mé~ Iropole.qni se trooroient alors» Rome, forent imités de la part de M. d'Ancier i venir assister à son testament. 11 tant observer que, depuis quelque temps, ces déni persncnesi'éiolentaouTent présentées pour Toir M. d'Ancier, et qu'on leur aroit toujours, répondu qu'il a 'étoit pat en état de les recevoir.
aies
soi-dnaot moribond . bien enfoncé dan» le Ut, ion bonnet tor le* yeoi , le visage tourné contre le mur , et ses rideaux I peine enlr'ouierls , dit quelques mots * ses deux compatriotes ; puis on s'occupa da l'acte pour lequel on était assemblé.
Apres le préambule ordinaire, le testateur révoque towt testament qu'il pourroit avoir lait précédemment, at tout autre qu'il pourrott faire par la suite , A motos qu'il ne commence par ces mois, Ace, Maria, aralid pinte, H élll m sépulture dans l'église dea révérends Peros jésuites do Rome, sous le bon plaisir et vouloir do révérend PèroRénéral. U donne et lègue une somme de cinquante francs A chacui^desnauvreiœmmniniutésreUm'euscsdeBesançoo, ' et une autre somme muai très-modique, avec un tauteao, A l'un de se* parents.
s Item , conlinue-t.il , Je donne et lègoe A Deuil Ect yrard , mon fermier , ou grange de Mnnlfernod et
• tontes ses dépendances. ■ — A ces dernier* mots, le jésuite qui était assis auprès da lit parut fort étonné. L'acteur ajoutait A son rôle , et ce n'est point ainsi qu'on l'arc-il fait répéter. L'enfant d'Ignace observa donc an testateur que ces dépendance* étalent considérables, puisqu'elles oomprenoleat m moulin., un petit oois , et «Vt cens ; mais l'homme qui était dans le lit ne TOulOt rien en rabattre , et soutint qu'a a volt les plus grandes obligations A ce fermier.
* Ilem.je donne et lègue audit Denis EHvrard ma Tigno « situéeàlacotade»Maçoiw,etdetar«nlenancedequa-
• tre-Tingla ouïrôes. • — Nouvelle observation de la part du révérend Père; même réponse de la part du testateur.
s Hem , je donne et lègue audit Denis Euvrard mille « ociuàcbmsirdansmesnieilleuresconalituliooa de rente,
* et tout ee qu'il peut me rederolr de tenues arriérés « pour sou bail de la grange de Montferraud. •
M le jésuite , oulré de dépit, voulut encore taire dos remontrances ; mais il n'en eut pas le temps, et la parole lui fut coupée par le malade.
« Item, je donne el lègue une somme de cinq cents
■ francs A l'enfant de la nièce dndlt Denis Euvrard : sacs « doute que cet enfant est de me* osant*, a
Le révérend Père était resté sans voix ; mal* 0 étoofloit de colère. Enfin le testateur déclara que, < quant au sur-
■ plus de ses biens, il nommoit, iuslituoit ses héritiers
■ seul* et universels pour le tant le* Pères jésuites de la
* maison de Besancon , A la charge par eux de bâtir Leur
■ église suivant le plan projeté, d'y ériger une chapelle « sous l'invocation de saint Antoine et de saint François,
■ se* bous patrons, et de célébrer dam ladite ebapeue
■ une messe quotidienne pour le repos de son âme. a Tel est ce laslament singulier qui a serti de modèle A
celui de Crispin, et qui n'est certainement pas moins plaisant. Mais M. d'Ancier ne fltpoint comme Géronte; Une revint pas. Sa mort fut annoncée le lendemain ; on publia le testament A rofftcialité de Besancon ; et les jésuites turent mis en possession de cet héritage.
Qnelqnea années après , Dénia Euvrard se trouva veritablemenl dans l'état qu'a «voit si Mea joué A Rome. Voyant qu'il toocfaojt A la fin de** vie, il sentit dea reraordi , et fit A son curé l'aveu da tout ce qui s'était pas**.
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