‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 395 sur 1244 · M» ARGANTE, ISABELLE, GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, LE LAQUAIS · texte numérisé non relu

M» ARGANTE, ISABELLE, GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, LE LAQUAIS

ïn ABGANTE.

Nous avons , ce matin , appris de vos nouvelles , Qui nous ont mis pour vousen des peines mortelles. Vous avez, ce dît-on, très-mal passé la nuit.

OÉBONTB.

Ce sont mes héritiers qui font courir ce bruit ; Us me voudroient déjà voir dans la sépulture :

Je ne me suis jamais mieux porté, je vous jure.

BHASTE.

Mon oncle a le visage, ou du moins peu s'en faut. D'un galant de trente ans.

LISETTE, k part.

Oui, qui mourra bientôt.

CEAONTE.

Je serais bien malade , et plus qu'à l'agonie , Si des yeux aussi beaux ne me rendaient la vie.

Ma fille, en ce moment, voua voyez devant vous Celui que je vous ai destiné pour époux.

QBBONTB.

Oui, madame, c'est vous (pour le moin s je m'en flatte} Qui guérirez mes maux mieux qu'un autre Hippocra- Vousétespour moucœur comme un julep futur, [te. Qui doit le nettoyer de ce qu'il a d'impur : , Mon hymen avec vous est un sûr émétique , ,

Et je vous prends enfin pour mon dernier topique. '

OEUVRES DE REGNA-RD

ISABELLE

Je ne sais pas, monsieur, ptar quoi vous me prenez ; Mais ce choix m'interdit, et tous me surprenez.

M°" ABGANTE.

Monsieur, tous épousant, tous fait un avantage Qui doit faire oublier et ses maux et son âge ; Et vous n'aurez pas lieu de vous en repentir.

ISABELLE

Madame, le devoir m'y fera consentir;

Mais peut-être , monsieur, par cette loi sévère ,

Ne trouvera-t-il pas en moi ce qu'il espère.

Je sais ce que je suis, et le peu que je vaux,

Pour être, comme il dit, un remède à ses maux;

Il se trompe bien fort, s'il prétend, sur ma mine,

Devoir trouver en moi toute la médecine :

Je conçois bien mes yeux; ils ne feront jamais

Une si belle cure et de si grands effets.

Au pouvoir de ces yeux je rends plus de justice.

GÉBONTB.

Au feu que je ressens si l'amour est propice, Avant qu'il soit neuf mois , sans trop me signaler, Tous mes collatéraux auront à qui parler : Dans lemonde on saura, dans peu, de mes nouvelles.

LISETTE, 1 part.

Ah 1 par ma foi , je crois qu'il en fera de belles.

(Huit.) Si le diable vous tente et vous veut marier, Qu'il cherche un autre objet pour vous apparier. Je m'en rapporte à vous : madame est vive et belle ; Il lui faut un époux qui soit aussi vif qu'elle, Bien fait, et de bon air, qui n'ait pas vingt-cinq ans; Vous, vous êtes majeur, et depuis très-long-temps. A votre âge , doit-on parler de mariages ? Employez le notaire à de meilleurs usages-: C'est un bon testament, un testament, morbleu, Bien fait, bien cimenté , qui doit vous tenir lieu De tendresse , d'amour, de désir, de ménage , De femme , de contrats , d'enfants , de mariage, j'ai parlé , je me tais.

GÉ BONTE

Vraiment , c'est fort bien fait :

Qui vous a donc si bien affilé le caquet ?

LISETTE

La raison.

GBB05TB , à madame Argtntg et i Isabelle.

De ses airs ne soyez point blessées :

Elle me dit parfois librement ses pensées ; Je le sourire en faveur de quelques bons talents.

LISETTE

Je né sais ce que c'est que de flatter les gens.

Vous avez très-grand tort de parler de la sorte;

Je voudrais me porter comme monsieur se porte. II veut se marier; et n'a-t-il pas raison D'avoir un héritier, s'il peut , de sa façon ? Quoi ! refusera-t-il une aimable personne Que son heureux destin lui réserve et lui donne? Ah! le Ciel m'est témoin si je voudrais jamais De sort plus glorieux pour combler mes souhaits!

ISABELLE

Vous me conseillez donc de conclure l'affaire?

ÉBASTE.

Je crois qu'en vérité vous ne sauriez mieux faire.

ISABELLE

Vos conseils amoureux et vos rares avis , Puisque vous le voulez , monsieur, seront suivis.

M™ ABGANTE.

Ma tille sait toujours obéir quand j'ordonne.

ÉBASTE.

Oui, je vous soutiens, moi , qu'une jeune personne ,

Malgré sa répugnance et l'orgueil de ses sens,

Doit suivre aveuglément le choix de ses parents ;

Et mon oncle, après tout, n'a pas un si grand âge ,

A devoir renoncer encore au mariage ;

Et soixante et huit ans , est-ce un si grand déclin ,

Pour...

GÉHONTË.

Je ne les aurai qu'à la Saint-Jean prochain.

LISETTE

Il a souffert le choc de deux apoplexies ,

Qui ne sont, par bonheur, que deux paralysies;

Et tous les médecins qui connoissent ses maux

Ont juré Galien, qu'à son retour des eaux,

Il n 'aurait sûrement ni goutte sciatique,

Ni gravelle , ni point , ni toux , ni néphrétique.

GÉBONTB.

Ils m'ont mime assuré que dans fort peu de temps , Je pourrais de mon chef avoir quelques enfants.

LISETTE

Je ne suis médecin non plus qu'apothicaire , Et je jurerais, moi .cependant du contraire.

GÉHONTE , bas à Llselte.

Lisette, le remède agit à certain point...

LISETTB.

En ' dussiez- vous crever, ne le témoignez point.

ÉBASTE.

Mon oncle , qu'avez-vous ? vous changez de visage.

GSBOWTE.

Mon neveu , je n'y puis résister davantage.

Ah! ah!... madame, il faut que je vous dise adieu;

Certain devoir pressant m'appelle en certain lieu.

> Cette leçon ett conforme * l'édition de 1731, à celle de ITSO,

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