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LE LÉGATAIRE UNIVERSEL, ACTE IV, SCÈNE VIII

BBASTB.

Trop bien pour mon1 profit.

Dis-moi donc, malheureux! as-tu perdu l'esprit, De faire un testament qui m'est si dommageable? De laisser à Lisette une somme semblable?

CBIBPIN.

Ha foi, ce n'est pas trop.

BBASTE.

Deux mille écus comptant!

cbispiu.

Il tant, en pareil cas , que chacun soft content. PouTois-je moins laisser à cette pauvre tille?

BBASTE.

Comment donc, traître !

cbibpiiv.

Elle est un peu de la famille; Votre onde, si l'on croit le lardon scandaleux. N'a pas été toujours impotent et goutteux; Et j'ai dû lui laisser un peu de subsistance , Pour l'acquit de son Ame et de ma conscience.

ÉHA5TB.

Et de ta conscience! Et ces quinze cents francs De pension à toi payables tous les ans, Que tu t'es fait léguer avec tant de prudence , Est-ce encor pour l'acquit de cette conscience?

CBISPIK.

Il ne faut point , monsieur, s'estomaquer si fort : On peut en un moment nous mettre tous d'accord. Puisque le testament que nous venons de faire, Où je vous institue unique légataire, fie peut avoir l'honneur d'obtenir votre aveu , Il faut le déchirer et le jeter au feu.

BBASTE.

M'en préserve le Ciel !

Sans former d'entreprise , is ta chose au point où votre oncle l'a mise. ■a ami.

Ce serait cent fois pis ; j'en mourrais de douleur.

CBISPIN,

Il s'élève , aussi bien , dans le fond de mou cœur Certain remords cuisant, certaine syndérèse , Qui furieusement sur l'estomac me pèse.

Rentrons , Crispin ; je tremble , et suis persuadé

Que nous allons trouver mon oncle décédé ,

Ou que , dans ce moment , pour le moins il expire.

^CBISPIK.

Hélas ! il étoit temps , ma foi , de faire écrire.

BBASTE.

Le laurier dont tu viens de couronner ton front

Ne peut avoir nn prix ni trop grand , ni trop prompt.

CBispin.

Il faut donc, s'il vous plaît, m'avancer une année De cette pension que je me suis donnée : Nous ne sauriez me faire un plus charmant plaisir.

BBASTE.

C'est ce que nous verrons avec plus de loisir. SCÈNE VIII.

LISETTE, ÉRASTE, CRISPIN

LISETTE, M jetant dtu le ïauteull.

Miséricorde ! ah Ciel ! je me meurs : je suis morte.

ÉBASTE . i Lbetle.

Qu'as-tu donc, mon enfant , à crier de la sorte?

LISETTE

J'étouffe. Ouf, ouf, la peur m'empêche de parler.

CEISFLN. à Lisette.

Quel vertigo soudain a donc pu te troubler ? Parle donc , si tu veux.

LISETTE

Géronte...

CBISPIK.

Eh bienl Géronte...

LISETTE, M levant bru«]aemenL

Ah ! prenez garde à moi.

i CBISPIN.

Veux-tu inir ton conte?

LISETTE

Un grand fantôme noir. . .

BBASTE.

Comment donc? que dis-tu?

LISETTE

Hélas ! mon cher monsieur, je dis ce que j'ai vu. Apres avoir conduit ces messieurs dans la rue , Où la mort du bonhomme est déjà répandue , * Où même le crieur a voulu , malgré moi , Faire entrer, avec lui, l'attirail d'un convoi; De la chambre , où gisoit votre oncle sans escorte, Il m'a semblé d'abord entendre ouvrir la porte ; Et, montant l'escalier, j'ai trouvé pez pour nez , Comme un grand revenant Géronte sur ses pieds.

CBISPIN.

De la crainte d'un mort ton âme possédée T'abuse et te fa-j: voir un fantôme en idée.

C'est lui, vous dis-je; il parle... Ah!

\Elle se retourne, rott C™pi» qu'elle prend ponr Gé-

iiil Cri d'eftrot. )

CBISPIK.

Pourquoi ce grand cri ?

OEUVRES DE REGNARD

Excuse, mon enfant , je te prenoîs pour lui. Enfin criant, courant, sans détourner la vue, Essoufflée et tremblante , ici je suis venue Vous dire que le mal de votre oncle en ces lieux n'est qu'une léthargie, et qu'il n'en est que mieux.

EBASTE.

Avec quelle constance, au branle de sa roue, La fortune ennemie et me berce et me joue!

LISETTE

0 trop flatteur espoir ! projets si bien conçus , Et mieux exécutés , qu'êtes- vous devenus?

CBIBFIK,

Voilà donc le défunt que le sort nous renvoie! Et l'avare Achéron lâche encore sa proie! Vous le voulez, grands dieux! ma constance est à Je ne sais où j'en suis, et j'abandonne tout. [bout.

ÉHASTE-

Toi que j'ai vu tantôt si grand , si magnanime , Un seul revers te rend foible et pusillanime! Reprends des sentiments qui soient dignes de toi : Offrons-nous aux dangers; viens signaler ta fc. : Quelque coup de hasard nous tirera d'affaire.

CBISPIS.

Allons-nous abuser encor quelque notaire?

ÉBASTE.

Je vais , sans perdre temps , remettre ces billets Sans lea mains d'Isabelle : ils feront leurs effets; Et nous en tirerons peut-être un avantage. Qui pourrait bien servir à notre mariage. Vous , rentrez chez mon oncle , et prenez bien le D'appeler le secours dont il aura besoin. [soin Pour retourner plus tût, je pars en diligence, Et viens vous rassurer ici par ma présence.

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