‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 446 sur 1244 · LE COM1DISH · texte numérisé non relu

LE COM1DISH

Que souhaitez -vous , monsieur?

LE CBBVALtEB.

Hé! ventrebleu! a'étes-voua point las de nous donner toujours la même pièce? Est-ce qu'il n'y a pas assez longtemps que vous nous fatiguez de totre Légataire ?

LE GOURBIERT.

Monsieur, nous ne nous lassons jamais des piè- S , tant qu'elles nous donnent de l'argent.

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OEUVRES DE REGNARD

LE CHEV.VLIEB-

Jesuis las devoir ce Poisson avec son bredouillement et son item. Ma foi , c'est un mauvais plaisant ; tu vaux mieux que lui.

LB COMÉDIES

C'est le public qui détermine le sort des ouvrages d'esprit, et le notre; et, lorsque nous le voyons venir en foule à quelque comédie nouvelle , nous jugeons que la pièce est bonne , et nous n'en voulons point d'autre garant.

LE CHBVAXIEH.

Ah! palsambleu! voilà un beau garant que le public! Le public! le public! c'est bien à lui à qui je m'en rapporte.

LU COMEDIES

A qui donc, monsieur, voulez-vous vous en rapporter ?

LE CHEVALIEH.

A qui?

LE COMEDIEN

Oui, monsieur.

LE CHEVALIEH.

A moi, morbleu, à mol ; il y a plus de sens, de raison et d'esprit dans cette têle-là qu'il n'y en a sur votre théâtre, dans vos loges, et dans votre parterre , quand ces trois ordres seroient réunis

US COMEDIEN

Je ne doute point, monsieur, de votre capacité ; mais j'ai toujours ouï dire que le goût général devoit l'emporter sur le particulier.

LE CHEVALIEH.

Cette maxime est bonne pour les sots , mais non pas pour moi. Je ne me laisse jamais entraîner au torrent : je fais tête au parterre; et, quand il approuve quelque endroit , c'est justement celui que je condamne.

LE COMÉDIEN

Je vous dirai , monsieur , que nous autres comfc diens nous sommes d'un sentiment bien contraire : c'est de 'ce tribunal-là que nous attendons nos arrêts; et, quand il a prononcé, nous n'appelons point de ses décisions.

LE CHEVALIER

Et moi, morbleu, j'en appelle comme d'abus; j'en appelle au bon- sens; j'en appelle à la postérité; et le siècle à venir me fera raison du mauvais

goût de celui-ei. , ■

LE COMÉDIEN

Quelque succès qu'ait notre pièce , nous n'espérons pas, monsieur, qu'elle passe aux siècles futurs; il nous suffit qu'elle plaise présentement à quantité de gens d'esprit , et que la peine de nos acteurs ne soit pas infructueuse.

LE CHETALIBH.

Si j'étoîs de vous autres comédiens , j'aimerois mieux tirer la langue d'un pied de long que de représenter de pareilles sottises : mourez de faim, morbleu, mourez de faim arec constance plutôt que de vous enrichir .avec une aussi mauvaise pièce. Et qu'est-ce que c'est encore que cette critique dont vous nous menacez?

LE COMÉDIEN

Je vous dirai , monsieur , par avance, que ce n'est qu'une bagatelle; deux ou trois scènes qu'on a ajoutées pour donner à la comédie une juste longueur, et pour vous amuser jusqu'à l'heure du souper.

LB CHSVAI.1KH.

Cela sera-t-il bon ?

LE COMÉDIEN

C'est ce que je ne-vous dirai pas : le public en jugera.

LE CHEVALIEH.

Le public! le public! Ils n'ont autre chose à vous dire, le public ! le public !

LE COMÉDIEN

Monsieur, je vous laisse avec lui : tachez à le faire convenir qu'il a tort ; mais ne lui exposez que de bonnes raisons : il ne se paie pas de mauvais discours, je vous en avertis; et il a souvent imposé silence à des gens qui a voient autant d'esprit que vous.

(TU 'en n.)

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