M. TRIGAUDIN, M™ TRIGAUDIN
TRIGAUDIN
Oui, vouedis-je, sans faute ils arrivent ce soir, Ma femme ; ordonnez tout pour les bien recevoir : Étant bailli du lieu , cette charge m'engage A faire de mon mieux les honneurs du village. Çà, pendant la vendange égayons nos esprits; Pour cela, tout exprès ils viennent de Paris; Monsieur de Bonnemain, procureur, et son père, Honnête huissier, tous deux pour moi gens à tout Mais surtout le premier, àqui je veux demain [faire;
Que ma fille s'unisse, en lui donnant la main. Les autres sont greffier, commissaire, et notaire; Savoir, messieurs Hardi, Tiran, La Grifiaudicrc,
M"" THIGAUDIH.
Çamon , c'est bien le temps de faire des bombances ! Vous deviendrez bien riche avecque ces dépenses 1 Voyez-vous , mon mari , je vous le dis tout net: Il faut qu'un avocat ménage mieux son fait.
TRIGAUDIN
J'ai mes raisons, ma femme , et sais ce qu'il faut faire.
M™ TRIGAUDIN
Sont-ce là les leçons de feu votre grand-père?
Le pauvre homme! il me semble encor quejelevoi. C'étoit un homme sage.
TRIGAUDIN
Il l'était plus que moi, D'accord.
M"" TRIGAUDIN
Tous ses discours portaient toujours sentence. Manger son bled en vert est grande extravagance, A-t-tl dit mille fois. Quoi qu'on puisse amasser, Il ne faut point de bourse à qui veut dépenser. Grandes maisons se font par petite cuisine.
TRIGAUDIN
Oui, mon grand-père étoit fort savant en lésine; Et, pour jeter l'argent, je sais trop ce qu'il vaut: Gens de robe n'ont pas volontiers ce défaut. Mais, malgré touteela, je tiens, quoi que l'on die, " le dépense bien faite est grande économie ; Enfin j'ai de l'esprit, et sais mes intérêts.