‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 497 sur 1244 · SAPOR, ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

SAPOR, ACTE I, SCENE V

Mais plus dans un' Romain je la voyois paroltre, Plus je sentois ma haine en mon âme s'accroître ; Et cette vertu même étoit crime à mes yeux , Lorsque je la trouvois dans un sang odieux. Je la garde aux Romains, cette naine infinie : Voilà tout ce qui reste encor de Zénobie ; C'est un bien qu'à mon cœur on n'ô ter a jamais. Mais, sans examiner sij'aime ou si je hais, Vous, prince, expliquez -vous. M'aimez-vous?

SABINUS

Ah! madame, Que du Ciel en courroux la foudroyante flamme , Que l'enfer sous mes pas s'ouvrent...

Je vous entends.

Ceu'est point en discours qu'il faut perdrede temps: Un cœur comme le mien hait ces secours frivoles ; Je prétends qu'un amant, sans l'aide des paroles , A travers des dangers courant se faire joui* Au bruit de ses exploits m'apprenne son amour.

SABINUS

C'est par mon bras aussi que je prétends , madame, Avec des traits de sang peindre à vos yeux ma flam- Détérminez. Faut-il, en vous tirant desfers, [me. Vous replacer au trône aux yeux de l'univers? Faut-il, sous vos drapeaux, aux deux bouts de la ter- Rallumer le flambeau d'une funeste guerre, [re, Semer partout le camp la discorde et l'horreur? L'amour fera pour vous l'effet de la fureur ; Et , contre le Romain armant le Romain même... Madame, aces transports connoïtrez-vous si j'aime?

ZÉNOBIE

Depuis cinq ans et plus, l'Orient, sous mes lois, D'une cruelle guerre a soutenu le poids. Le sort scr'oit douteux ; ma rapide vengeance Offre un plus prompt secours à mon impatience : Pour servir votre amour et mériter mon cœur , Il faut que votre bras immole à ma fureur...

SABINUS

Prononcez.

ZÉNOBIE

Aux transports de cet ardent courage, Je le crois déjà mort, l'ennemi qui m'outrage.

SABINUS

N'en doutez point, madame; il mourra de mes coups.

ZÉNOBIE

La victime, du moins, sera digne de vous. S'il étoit à mes yeux une plus noble tête, On me verroit but eUe exciter la tempête : Maïs , depuis mes malheurs , il ne s'offre plus rien Cjuiparoisseau-dessusdu nom d'Aurélien ; [lance! C'est lui qu'il faut percer. Quoi ! ce grand cœur ba- Vous ne répondez rien ! Que m'apprend ce silence? Parlez.

SABINUS

Madame , hélas ! le Crime...

zénobie. ;

Quoi!

Les dieux... Ah! vous me haïssez Plus que tous les Romains, plus que l'empereur eénobie. [même.

Et qui vous fait juger de cette horreur extrême? Est-ce donc vous haïr que de mettre en vos mains Le succès important de mes hardis desseins ? Qu'importe que l'amour ou la haine m'inspire ? N'est-ce pas vous ouvrir un chemin à l'empire? Qu'espérez-vous encor? Quand on y peut monter, Est-il quelque moyen qu'on ne doive tenter? Vous n'aurez pas plus tôt embrassé ma vengeance , Que l'Orient, en vous respectant ma puissance, Incertain, sous le joug viendra de toutes parts Se ranger eu un jour près de vos étendards; Vous verrez près de vous les brigands de Syrie , Ce qu'arment de soldats l'une et l'autre Arabie , La-Perse, sous vos lois dressant ses pavillons, De ses meilleurs soldats grossir vos bataillons : Les habitants épars des sommets de Kyphatc , Ceux qu'arrose le Tigre, et qui boivent I'Euphrate ; Tous ces peuples armés sauront bien sous vos lois1 Contre tout l'univers justifier vos droits. La fortune en ce jour au trône vous appelle , Jamais l'occasion ne peut être plus belle : La discorde partout déchire les Romains ; L'Italie est en proie aux fureurs dès Germains ; Titricus en Espagne, aidé de Victorie, A d'un joug importun fini la barbarie; Et Fîrmus, ralliant les mécontents épars , Fait sur le bord du Nil flotter ses étendards. Vous ne répondez rien ! Qu'ai-je encore à vous dire? Vous êtes insensible aux honneurs d'un empire. Aussi bien qu'à ma voix qui ne vous touche pas. Si le trône du monde a pour vous peu d'appas, Hélas! puis-je espérer que quelques foibles char- Inutiles secours, vajnesetfoibles armes, [mes, Seront de quelque prix , exposés à vos yeux ; Que les coups redoublés d'un sort injurieux , Que les cruels malheurs dont je suis la victime... ?

SABINUS

Ne peut-on vous venger, hélas ! que par un crime ?

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OEUVRES DE REGNARD

ZBHOB1B.

Non , ce n'est pas le crime , ingrat , qui te fait peur, La crainte de là mort saisit ton lâche cœur. As-tu frémi toujours à cette voix austère Que fait entendre au cœur une vertu sévère ? As-tu fait autrefois de semblables efforts Pour dérober ton cœur aux horreurs d'un remords ? C'est donc une vertu de m 'arracher au trône , D'enlever sur ma Ute une juste couronne, De mettre dans mes mains, pour un sceptre, des Et d'un sang innocent inonder l'univers? [fers, A de telles vertus ton âme est tout ouverte : Mais, quand il faut saisir l'occasion offerte Pour purger l'univers d'un tyran odieux , Et veugeren un jour les hommes et les dieux; Qu'il faut briser les fers d'une reine innocente , Et rendre la vertu du vice triomphante : Voilà, voilà le crime, et les lâches forfaits Que ton cœur innocent ne tentera jamais ! Va, lâche, mériter les feux d'une Romaine; Je crains plus ton amour que je ne fais ta haine; Je rougis qu'en ce jour mes yeux ayent blessé Un cceur que cette main devrait avoir percé. Va , cours à l'empereur conter ma perfidie; Dis-lui les attentats que conçoit Zénobie : Mais hâte-toi; peut-être avant la fin du Jour Le désespoir m'aura vengé ' de ton amour.

(Elkwrl.)

SABINUS, wui.

Dieux1! qn'eil-ce que j'enteoda , él quelle est nu disgrâce ! A quoi m'engage-t-on ? Que veut-on que je fasse ? Moi , j'irai mériter, par un lâche attentat , Les titres d'assassin, de perfide, d'ingrat! Quoi! Von -verra ma main, jusqu'alors innocenté, Du sein d'un empereur sortir toute fumante! D'un prince qui pour moi prodiguant ses faveurs... Non , je ne puis penser à de telles horreurs ; Tout mon sang en frémit. Trop cruelle princesse, Faut-il par des fureurs vous prouver ma tendresse? Si , pour se faire aimer, il n'est que ce chemin , Laissez du moinsau meurtreaccout umer mainain; Laissez-moi m'essayer sur de moindres victimes; Et ne commençons point par le plus noir des crimes.

' Il bndrolt vtngit; mita le icrueroil trop long.

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