‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 558 sur 1244 · A M. LE MARQUIS DE · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE

Abtstr, en vains discours tu t'échauffes la bile; Réserve tes conseils pour un creur plus docile: Tes avis sont fort bons , on en doit faire cas ; Mais, pour t'en parler net, je ne les suivrai pas. Tel qu 'un marchand avide , arraché du naufrage , Des périls échappé je perds tonte l'image; Un fier démon m'agite et m'oblige à souffrir. Ce démon , quel est-il ? c'est l'ardeur de courir. Trop gras d'un plein repos, je pars pour l'Italie. Je suis fou, diras-tu. Qui n'a pas sa folie? La nature en naissant, jalouse de son droit, [droit. Marque l'homme à .son coin par quelque foible en- Souvent notre bon sens malgré nous s'évapore , Et nous aurions besoin tous d'un peu d'ellébore. Pour surcroît de malheur, prévenus follement, Nous nous applaudissons dans notre égarement. Moi, vous dira**, que, d'une main profane , Pour trois fois mille écus je vende mon Albane I J'auroîs perdu, l'esprit; non, je n'en ferai rien. Hall, mom I eur. .. Non, r oui 6 It-je ... D «il beau j'en coni ien; Jamais l'art triomphant, avec tant de noblesse, N'insulta la nature et montra sa foiblesse : Mais , s'il vous en souvient , depuis un lustre entier, En cuillères d'étain, en fourchettes d'acier, Vous mangez, le dimanche, une fort maigre soupe. Un pot cassé vous sert de bouteille et de coupe ; Et vous , et votre sœur , sans habits et sans bois , Ne vous chauffez l'hiver qu'en soufflant dans vos Voila d'unfou parfait la parlante peinture, [doigts. Dit aussitôt André , qui, docteur en usure , Compte déjà combien neuf mille francs par mois, Placés modestement, rendent eu denier trois. Il est fou. Qui le nie? Êtes-vous donc plus sage , O vous qui, possédant tous les trésors du Tage, Vous laissez consumer et de Mif et de faim , Plutôt que d'y porter une coupable main ? Oronte, pile, étique, et presque diaphane Par les jeunes cruels auxquels il se condamne,

Tombe malade enfin ; déjà de toutes parts Le joyeux héritier promène ses regards, D'un ample coffre-fort contemple la figure , En perce de ses yeux les ais et la serrure. Un nouvel Esculape, en cette extrémité,. Au malade aux abois assure la santé , S'il veut prendre un sirop que dans sa main il porte. Que codte-t il ? lui dit l'agonisant. — Qu'importe? — Qu'importe, dites- vous? Je veux savoir combien. Peu d'argent, luidit-H:— Maîsencor?— Presque rira, Quinze sous. — Juste ciel I quel brigandage extrême ! On me tue, on me vole :.et n'est-ce pas le même, De mourir par la fièvre , ou par la pauvreté ? Non , je n'achète point à ce prix la santé. Damon est agité d'une fureur contraire ; Et , dissipant tout l'or qui fit damner son père, Il fait , en moins d'un an , passer par un cornet Cinquante mille écus d'un bien et quitte ' et net. Qui des deux est plus fou , le prodigue ou l'avare? Tous deux de leurs erreurs sont le jouet bizarre. Que sert donc aux mortels cette droite raison Que le ciel leur donna comme un sûr cavecon, Si rien ne peut brider leur fougue et leur audace ? Toujours dans les excès nous donnons tête basse; Le mal est qu'habillant nos vices en vertus, Notre erreur est toujours ce qui nous plaît le plus.

En dépit d'Apollon D veut écrire:

Son frère en vain l'exhorte à quitter la satire , Il ne veut point changer de style ni de ton ; Il sait que , bien payé de vingt coups de bâton , Il gagna plus cent fois, en dépit de l'envie, Qu'il n'a fait tout l'hiver avec sa comédie. Laissons donc cet auteur , qui met tout à profit , Aux dépens de son corps égayer son esprit. Gillot, depuis vingt ans, à plaider se tourmente; De trente-neuf procès il en perdrait quarante' ;

> On Ht, dam l'édition de 17» ■

■ Ce ver» proove que lantard i pu roattndM tantôt je M

POESIES DIVERSES

Tout maigre et gueux qu'il est, il veut encor plaider; L'exemple de Dandin ne sauroit le brider. Voici le fait. Dandin, pour partager sa vie, Avoit pris femme laide et servante jo>ie : Conduite par l'esprit du démon du palais,. ■■ Chacune un beau matin lui suscite un procès i La femme demandoit que , pour fait d'impuissance , De permuter d'époux on lui donnât licence ; La servante vouloit que Dandin fut tenu D'alimenter l'enfant qu'elle avoit de son crû. Dandin prenoit en paii la bizarre aventure , Et se Qattoit du moins dans cette procédure, Malgré tous les détours d'un Maurice importun , Que de ces deux procès il en gagnerait un : Il les perdit tous deux; et, dans la même affaire, Par un arrêt nouveau fut impuissant et père. Il n'est point de cerveau qui n'ait quelque travers. Saint-Jean ne sait pas lire, et veut faire des vers. Sur un patin de liège élevant sa chaussure , Lise veut être grande en dépit de nature. Damis avoit pour vivre huit mille écus par an , Hors la main du ministre; il se fait partisan. Enfin, chaque homme est fou, tout m'obligea ledirc; Et , si ce n'est assez , je veux eucor l'écrire. Tout beau , me diras-tu , prédicateur en vers ; Pour troisou quatre esprit* mal timbrés, de travers, N'allez pas , emporté d'une critique vaine, Faire ici le procès à la nature humaine. Je sais bien , cher marquis , que tu n'as aucun trait De ces fous dont ma plume a tracé le portrait : Mais toi , qui fais ici le sage de la Grèce , Ton cœur n'a-t-il jamais ressenti de foiblesse t Ce fier tyran de l'Unie-, Amour , ce doux poison, Dis-moi , n'a-t-il jamais attaqué ta raison ? Si l'on me voit encore aux pieds de la cruelle , Dit un amant piqué des rigueurs d'une belle, [grâce, Que l'enfer... Doucement... Que la foudre... Eh ! de Suspendez vos serments. Le premier jour se passe; L'amant, comme un reclus, s'enferme en son logis; Il sort, le jour suivant, malgré tous ses dépits; Il va, revient, s'approche, observe la fenêtre Où sa maltresse exprès affecte de paraître. Qu'arri ve-t-il enfin ? Deux mots dans un billet Rengagent de nouveau l'oiseau dans le filet. Plein des nouveaux transports de son ainour sincère, En cent mille façons il s'efforce de plaire : Malgré son aigre voix , qui fait grincer les dents , Il apprend de Lambert les airs les plus touchants : Quoique d'un Age mûr , tourné vers les cinquante , Pécourt tous les matins lui montre la courante ; Il use chaque jour de parfums sur son corps Autant qu'il en faudrait pour embaumer deux morts. Martyr des nouveautés, pour pi aire à sa maîtresse, Des marchands du Palais il épuise l'adresse ;

Changeant , à ses genoux , de geste et de maintien , Cent fois plus que Baron il est comédien : Si Céjimènerit, à rire il s'évertue; Estelle. fiiite,i il. pleure; BctÂlle chaùdVJl *ue: Se plaint-elle du froid dans le cœur du mois d'août , Ce Protée aussitôt slaffttble d*unsurtout. Ce procédé, marquis; te parott-il bien sage? De l'homme cependant voilà la vive image. Hais je te veux prouver que l'homme est mille fois Plus dépourvu de sens que les hôtes des bois. Est-il rien, réponds-moi, déplus cher que la vie? Dans chaque être ici-bas cette ardeur réunie Nous apprend qu'il n'est point de bien plus précieux ; Cependant l'homme seul, bravant ce don des cieux , A ses jours tant chéris fait sang cesse la guerre; Il cherche à se détruire ; et, craignant que sur terre Il ne manquât de place à creuser des tombeaux. Il va, bravant Neptune, en chercher sur les eaux. Ce débauché, fumant de vin et de crapule, Met lui-même en son sein le poison qui le brûle. Ceux que la gloire enchaîne à son char éclatant , Séduits du faux appât d'un espoir décevant , Les guerriers si hardis , vrais enfanta d'Alexandre , Qu'un point d'honneur exposeet ne sauroit défendre, Combien de fois te jour, pleins d'un noble transport, Pour vivre en l'avenir, courent-ils à la mort! Tant qu'à la fin d'un plomb la blessure soudaine D'une confession leur épargne la peine, Et paie un créancier par un trépas d'éclat, Aussi bien que ** par des lettres d'état. 0 siècles fortunés , où la forge innocente, Nebrulantquepourrendreune moisson moinsleu te, Enfantoit seulement des socs et des râteaux ! Elle ne creusoit point ces terribles métaux Dont on voit les mortels, insultant à la foudre, Faire voler la mort avec trois grains de poudre. On ne faisoit amas que de blés et de vins-. Mars n'avoit point encor bâti ses magasins. Ces affréta arsenaux, réservoirs de la guerre, D'où l'enfer entretient commerce avec la terre. Voilà l'homme pourtant; et ces folles erreurs Sont les égarements dignes des plus grands cosura. Et tu veux , cher marquis , que je sois le seul sage , Que je me sauve seul dans un commun naufrage I Non, non, conviens plutôt que, par mille raisons. Tous les fous ne sont pas aux Petites-Maisons. Je m'appliquerais mieux au soin de la sagesse, S'il se trouvoit encore un seul sage en la Grèce. Mais enfin, puisqu'ici tous les hommes sont fous , Ce n'est pas un grand mal , hurlons avec tes loups.

OEUVRES DE REGNARD

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