LE CURIEUX IMPERTINENT, ACTE V, SCENE II
Nérine ; cependant je veux voir, avant tout , S'il osera pousser la feinte jusqu'au bout. Je vais me plaindre à lui de son ardeur nouvelle , Feindre que j'en ressens une douleur mortelle ; Je n'épargnerai rien , ni soupirs , ni douceurs , Ni plaintes , ni regards', ni reproches , ni pleurs. Heureuse , si je puis , comme je le désire, Me ressaisir sur lui de mon premier empire , Rallumer tout l'amour dont son cœur fut épris , Et l'accabler après de haine et de mépris !
DEBINE.
Aux mouvements divers qui régnent dans votre âme, Que le premier amant vous plaît encor, Madame 1
Tes yeux seront témoins de mon ressentiment.
REBUTE
Et moi, sij'étois vous, sans éclaircissement J'épouserais Damon -, il est tout fait pour plaire. Le joli cavalier I
JULIE
Qui te dit le contraire?
NBBINB.
Ha foi , vivent les gens qui portent des plumets I On en fait des maris qui ne grondent jamais ; On n'essuie avec eux ni soupçon ni querelle ; Et lorsqu'au régiment la gloire tes rappelle. Leurs femmes en repos, en pleine liberté, Passent , comme il leur plaît , le printemps et l'été. Un époux de la sorte est un grand avantage; Qu'il soit six mois absent, c'est un demi-veuvage : Quel avant-goût! On vient ; c'est notre curieux. ■
JULIE
Tais-toi , tu me vas voir prendre un ton sérieux.