‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 680 sur 1244 · CÉLIMÈNE · texte numérisé non relu

CÉLIMÈNE

Tu me fais concevoir ce qui fait mon malheur. Hais j'ai tout employé pour cacher ma douleur; Et même, quand j'ai vu qu'on m'enlevoit Dorante, J'ai su, sans balancer , paraître indifférente. Cela ne suffit pas pour me venger de lui, Et je veux hautement le braver aujourd'hui.

NÉalNE.

Comment?

CBLIIfBRB.

Pour lui prouver que mon cœur le méprise. Je viens de projeter une grande entreprise.

1TKBINE.

C'est?...

CBLIMÈH1.

De me marier au plus tôt.

KSHIHX.

Par ma foi, C'est comme je voudroia me venger aussi, moi.

CBUMBNB.

Le plus tôt vaut le mieux. Je veux même qu'on croie

Que je cède Dorante avec bien de la joie.

NÉ RI NE

Vous êtes glorieuse , et ce noble dépit Vous donne une manière , un certain tour d'esprit , Qui vous sied mieux vingt fois que l'air de pruderie. La peste ! que l'amour vous a bien dégourdie! Et quel est , s'il vous plaît, le mortel fortuné Que pour ce prompt hymen vous avez destiné ?

CBLIHÈNE.

Le Chevalier...

KBK1RB.

Il doit épouser votre mère.

CBLIMÈNl.

J'empêcherai par là qu'il ne soit mon beau-père.

NÉHINE.

Et vous aimerez mieux en faire votre époux. Le projet est sensé , je ferais comme vous.

CÉLIMÈKE.

D'une telle union je vois la conséquence.

Votre mère, en effet , plaindrait peu la dépense. Toute vieille qui prend un mari de vingt ans K'en peut rien obtenir qu'à beaux deniers comptants- Avide des plaisirs que le fripon ménage, Pour lui plaire elle met tout son bien au pillage, Le drôle fait sa bourse , et vend cher ses faveurs , Tant qu'il ait ruiné la vieille et les mineurs.

CÉLlHÈnE.

Prévenons ce malheur, et...

irinm.

J'ai fait votre affaire ; Car le Chevalier vient d'offenser votre mère : Il vouloit, tout d'abord, qu'elle lui fit un don De ses meilleurs effets ; mais moi , j'ai tenu bon , Et , selon mes avis , ma prudente maltresse S'est réservé le droit de lui faire largesse , Selon qu'à son égard il se comporterait, Prévoyant sagement qu'il la mépriseroît Des que du coffre-fort elle le rendrait maître : Hais lui, sans en démordre, a si bienfait connoltre Qu'il n'en vouloit qu'aux biens de la bonne maman, Qu'à la fin rebutée elle a changé de plan : Embrassant un parti plus conforme à son âge , Elle veut se borner aux douceurs du veuvage. Et moi , j'ai si bien su la tourner, la plier, Qu'elle va vous donner enfin au Cbevalier.

CBL1HÈHE.

Je ferai mes efforts pour paraître contente. Heureuse si je puis mortifier Dorante.

nains.

Le voici ; laissez-moi lui parler un moment.

(Dorante bit une profoudn réTércnce i «llnièue, qui o'r répond qu'en le regardant «ec un air de mépris.

BfeMrt.)

DORANTE, NERINE.

JN RUINE , a Dorante , qui parait rêveur. On donne à votre choix un plein consentement. Vos vœux sont accomplis; et , quoiqu'elle en soupi- Madame m'a permis de venir vous le dire; [ re, Julie en est instruite, et je vais à l'instant Le dire à votre père , et le rendre content.

DORANTE, mil.

Je puis donc me flatter que j'épouse Julie... Mais l'épouser si tôt, c'est faire une folie. Étant homme de guerre, et tout prêt à partir, A m'engager ainsi puis-je donc consentir? A peine marié , si je quitte ma femme , La longue liberté peut corrompre sou âme. L'absence d'un mari fait souvent son malheur, Et trop de confiance expose au déshonneur. Julie est sage : mais c'est être malhabile Que de trop présumer de sou sexe fragile ; Et qui veut l'empêcher d'être foible et léger Doit^e l'occasion lui sauver le danger.

Eh! quelle occasion plus belle que l'absence ? Je frémis d'y penser! Mais sans extravagance, Pourrais-je différer ou changer mon dessein ? Non : mes justes frayeurs me retiennent en vain. Que je suis malheureux! A quoi bon tant de plaintes 7 J'imagine un moyen qui peut calmer mes craintes. Embrassons un état qui , loin de m'éloigner, Me fasse en ma maison toujours vivre et régner. Je n'en connois aucun qui soit mieux mon affaire Que d'endosser la robe et d'être sédentaire. Un grave magistrat est bien moins exposé Qu'un guerrier par l'honneur toujours tyrannisé. Et qui, cherchant au Join d'illustres aventures, Souvent reçoit chez lui de fâcheuses Mftssures. Oui , la robe convient à mon cœur délicat. Faisons donc au plumet succéder le rabat. J'en plairai moins, peut-être, à ma future épouse : Maisjesens dans mon âme un fonds d'humeur jalou- Qui ne pourrait jamais souffrir l'éloignement , [se Et qui de mon bonheur me ferait un ti M'y voilà résolu, je vais quitter l'épée. Et par là ma frayeur se trouve dissipée.

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