‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 707 sur 1244 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LISETTE , leule.

Je n'ai vu de mes jours une fille si sotte:

Et La Fontaine," au fond, est trop bon pour Javotte;

Il m'aime assurément : elle aura beau crier, .

Il meplalt, j'ai dessein de me l'approprier,

Et plus tôt que plus tard.... Mais le voici lui-même:

Parlons.Le cœur mebat.Qu'onestspt quand on aime!

LÉAKDRE, LISETTE.

IJUlOU . au voir Ltotte.

Je viens de la revoir, sans en être aperçu. Qu'elle est belle l

LISETTE

On lui plaît. Mais dès qu'il a paru.

Je m'en suis aperçue ; et je ne puis comprendre;...

LÉANDBE, uni la Tolr.

Mon cœur de tant d'appas ne sauroh se défendre: Mais pour me taire encor j'ai de fortes raisons.

LISETTE , 1 put.

Entre gens comme nous , faut-il tant defaçons ?

Je ne dois pas pourtant m'expllquer la première;

Et , pour l'honneur du sexe, il faut faire la flère.

lÉaNDXE. nu la voir

Parlerai -je à Lisette?

LISETTE

01)! pour le coup, je voi Que le pauvre garçon est amoureux de moi.

LBANDRE.

Avant que lui parler, il tant la mieux connottre ; Je né veux rien risquer.

Je risqiierpis peut-être Autant que vous.

LEANDRB.

Que vois-je? On nV écoutai t.

LISETTE

Fort bien ..

Rassurez-vous, mon cher, et ne me cachez rien. Quoi donc, vous hésitez! j'ai l'oreille assez fine , Et , par votre embarras , aisément je devine La moitié du secret. Achevez.

lbanshb.. - *

Et comment Savez- vous?.... .

LISETTE

Vous parliez assez distinctement.

LBAfnutB, i part.

e serai trahi. Quelle est mon imprudence!

!i Luette.)-

Il faut vous prévenir sur mon extravagance-. Je rêve quelquefois en veillant.

LISETTE

Croyez-moi , J'entends à demi-mot. <■

LBANDBB.

Non ; c'est de bonne foi

Que je vous fais ici l'aveu de ma faiblesse.

Vous avez dans le cosur un grand fonds de tendreslbandre. [se.

Il est vrai. Bien souvent ( admirez mon erreur ) Jemecroistoutd'uncoqp le fil s d'un grand seigneur, Kt me metsdatis l'esprit que, pour voir ce que j'ai me, Il faut que je me cache avecuu soin extrême; Je me plains, je m'agite, et qui m ' écoule roi t,

Pour ce que je crois être â la fin me prendroit: [ro", Si quelqu'un m'interrompt « je me comtois surl'heu- Le grand seigneur s'éclipse, et le valet' demeure.

luette; i Vous me dépayse»; avec beaucoup d'esprit , Voua y tâchez, au moins ;.mais ce que l'on m'a dit, Ce que j'ai su par vous, me fait croire sans peine... Allons, expliquons- tioiis, monsieur de La Fontaine.

MÎÀtyDRB , * JMJ'L

Frontin m'aura trahi !

LISETTE

Pourquoi dissimuler ?

Dans ces occasions, il' n'est que de parler : Et d'ailleurs, c'est en vain qu'avec moi l'on se cache : Vousne médirez rien que déjà je ne sache.

LÉASDBE.

Comment donc! vous savez ?. .

LISETTE, ■ '

Faut-il s'alarmer tant ?

Vous ave* la pudeur d'un jeune adolescent.

, LÉ*KDHK.

Vous m'embarrassez fort, il faut que je le dise.

LISETTE

Moi , de votre embarras je' suis aussi surprise.

, . ■ LÉANDBB.

A moins qu'on n'ait parlé , je ne vois pas pourquoi Vous pouvez démêler mon secret malgré moi.

C'est que ribus devinons ce qui nous intéresse.

■LlÎAiVBilb.

Vous m'obligez beaucoup. Votre belle maîtresse En est donc informée ?

LISETTE

Il n'est pas encor temps; Convenons de nos faits, et puis...

LÉAHDRB.

Je vous entends.

Qu'exige/- vous de moi ?

LISETTE

Que vous parliez sans feinte.

LËASDBJÏ.

Je vois bien qu'il le faut.

LISETTE

Pour moi, je suis atteinte Du même mal que vous ; je balancerai peu A vous en faire aussi le plus sincère aveu.

LÉÂIfDBE.'

Vous aimez donc , Lisette ?

LISETTE

Ab! puisque vous avez le cœur tendre et sensible,

Vous saurez compatir à mon sort rigoureux.

' LISETTE

De quoi vous plaignez-vous ? Vous êtes trop heu- LBAKDBE. [reui.

Trop heureux ?

LISETTE

Oui vraiment. Si l'amour tous transporte. L'ardeur qu'ornent pour vous est du moins ainsi farte; Car pour moi , sans façon, je dis mes sentiments , Et, par de vains discours, je neperds point Je temps.

LSANDRB.

Mais Damon est aimé.

LISETTE

Ah! quelle extravagance !

Moi , j'aimerois Damon ?

LKAMDRE.

Qui vous dit que je pense Que vous l'aimiez ?

LISETTE

C'est vous.

LfiASD&E.

En aucune façon.

Je dis que Marianne a du goût pour Damon , Et c'est ce que tantôt vous m'assuriez vous-même.

LISETTE

Devez-vous vous fâcher que Marianne l'aime?

LÉAKDRE.

Juste Ciel! vous pouvez m 'outrager à « point! J'adore Marianne , et ne souffrirois point, De voir que dans son cœur un autre ait pris ma LISETTE. [place?

Pour lé coup vous rêvez: Eh! dites-moi, de grâce, Ces égarements-là vous prennent-ils sauvent?

LEAHDRK.

Vous m'offensez. Au moins, songez dorénavant , Puisque vous avez su , malgré moi, me connottre. Que je puis quelque jour devenir votre maître.

LISETTE

Mon maître?

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