DAMON , LÉ ANDRE , LISETTE
■ DAMON
Je viens mat à propos.
LISETTE
Pourquoi , monsieur ?
DAMON
Pourquoi ?
Ha foi , ma chère enfant , tu le sais mieux que moi . Il te parloit de près. Je vois à votre mine Que vous étiez d'accord. ïi , n'en Jais pas la One. Voilà certainement un garçon bien tourné; Est-ce depuis long-temps que tu te l'es donné?
LISETTE
Monsieur, ne poussons pas plus loin la raillerie.
DAMON
Ah 1 tu dois Ut souffrir sur la galanterie :
Ce n'est pas d'aujourd'hui que je connais ton goût;
Et cet air de pudeur ne te sied point du tout.
Il «oui sied bien plumai..;
DAMON
" * rVas-tu point vuVatère?
Je pense qu'jl devient aussi sot que son père.
LISETTE
Quoi t Valère , monsieur, vous rajustez aussi ?
DAMON
Oh! c'est par amitié que je te traite ainsi. Depuis qu'il me néglige, et que l'on s'en empare, Il se rend d'une humeur difficile et bizarre ; Il veut être habile homme, il décide, il écrit, Et devient ridicule avec beaucoup d'esprit. Je suis sur que déjà tu l'as senti toi-même; J'en suis au désespoir, car tu sais que je l'aime: Et le plus grand chagrin qu'il puisse me donner , C'est qu'il prenne un travers à se faire berner.
Il ne mérite pas cet excès de tendresse.
DAMON
Je vais gager qu'il est chez la vieille comtesse. Leur commerça, entre nous, fait beaucoup de fracas.
LISETTE
C'est sa, tante; pourquoi neia verroit-il pas? lien doit recueillir un fort gros héritage.
, DAMON
C'est elle qui le rend d'une humeur si sauvage. Le public en médit , et se trompe fort peu.
LISETTE
Une tante, je crois, peut aimer son neveu.
DAMON
Je n'en disconviens pas ; mais on dit que Valère A des conditions sera-son légataire, - Et que la vieille prude, âpre a ses intérêts , A mis dans le traité des articles secrets.
LISETTE
A tourner tout en mal votre «prit se fatigue.
DAMON
Point. On dit que c'est toi qui conduis cette intrigue
Valère m'en a fait mystère jusqu'ici -.
Mais par toi, mon enfant, je veux être éclairci.
LISETTE
Pour qui me prenez-vous?
DAMON
Pour une fille adroite A mener prudemment une affaire secrète.
LISETTE
Et que n'ajoutez-vous, pour orner ce discours, Que Marianne en moi trouve de bons secours? Qui médit d'un ami peut dauber sa maltresse.
DAMON
Non : je me seiis pour elle une rive teadretse ;
Et sitôt qu'une belle est l'objet de nos vœux, Tous lesdéfauts qu'elle a ne blessent point nosyeux: On les excuse, au moins; mais, Lisette, à vrai dire, Si je puis l'épouser, comme je le désire , Vous Vous séparerez. Tu nie rendrois jaloux.
LISETTE
Vous qui me menacez, prenez bien garde à vous.
DAMON
Ah ! je ne te crains plus.
LISRTTE. ,
MonDieu! laissez-moi faire..
DAMON
Va, j'ai dans mon parti Marianne et sa mère; Valère me seconde : ainsi je ne erains point Que ta puisses jamais me nuire sur ce point.
LISETTE , regardant Léandn.
Hom ! je vois pour vos vœux un dangereux obstacle ; On peut vous supplanter sans faire un grand miracle.
LKANOBB.
Marianne, il est vrai , vous a donné son cœur; Mais un autre prétend à ce même bonheur : Et quoiqu'il voie ici que le vôtre s'apprête. Il vous disputera cette aimable conquête.
Comment , le beau garçon 1 vous m'en voulez aussi? Est-ce pour un rival que vous êtes ici?
LÉ ANDRE
Oui, c'est pour un rival, mais un rival à craindre. - Lisette. [feindre.
C'est de quoi noua parlions, puisqu'il ne faut plus Nous allons, contre vous, faire un commun effort, Et c'est sur c8 sujet que nous sommes d'accord. A rompre vos projets me voilà préparée ; , Point de quartier, morbleu ! la guerre est déclarée.
DAMON
Que Lisette me plaît dans sa vivacité 1
Ce petit air mutin augmente ta beauté ;
Il donne un agrément aux discours que tu lâches,
Et ta n'as de l'esprit que lorsque tu te fâches.
Tu peux donc t'échappèr autant que tu voudras ;
Bleu loin de in'affenser, tu me divertiras.
UUflDBE.
Vous la poussez trop loin , et cette repartie N'est pas....
DAMON
Ah! tu te mets aussi de la partie?
Mais je veux faire grâce à ton zèle indiscret. Ça , parlons de ton,' maître , et de votre projet ; Je me fais , je t'assure , un plaisir très-sensible De parler tête à tête à ee rival terrible.
Vous êtes gentilhomme, il l'est.
LEANDHE.
Oui.
DAMON
Bien fait?
LBANDÛK.
Vous verrez.
DAMON
De l'esprit?
LÉANDKE.
Il est homme d'honneur, il a de la naissance ; Voilà sur quoi je puis le vanter par avance :
Peut-être son esprit y répond dignement; Mais je dois sur cela parler modestement.
■ DAMON
Ah 1 tu me mets au fait. C'est Parais. Dieu me dam- II fait le doucereux auprès de Marianne. [ne!
Voilà donc-, mon enfant, ce dangereux rival? Il est de mes parents , je n'en dis pointue mal-, Mais, au fond, c'est un fou que tout le monde évite. Un nom fort respectable est sou plus grand mérite. Insolent, indiscret, débauché, grand hâbleur. Plus poltron qu'une femme , et toujours querelleur.
LISETTE
Pour prendre un tel époux Marianne est trop sage, Et j'empêche roi s bien un pareil mariage.
LÉAWDBE.
Demis n'est point celui dont il s'agit ici : Mais ce mystère encor ne peut être éclairci. Bientôt votre rival en ces lieux doit paraître ; Il se fait estimer, lorsqu'il se fait conuoltre : Il n'est point insolent, indiscret , querelleur, Et, de toutes façons, sait disputer un cœur.