‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 831 sur 1244 · L'OBSTACLE IMPREVU, ACTE III, SCENE VI · texte numérisé non relu

L'OBSTACLE IMPREVU, ACTE III, SCENE VI

caispm.

Grand mercj. (4 KWtn.j Gante cela, mon. enfant, pour ton habit de noces.

NARINE prend l'utcnt PB plounnl.

Ah! eh!

CHISPIH.

Quelle diable de note! Tu me reçois froidement , et mou argent te fait pleurer!

JULlB.

Eh I laisse là Nérine, et parle-moi de mei affaires.

caispm.

Parbleu! les miennes sont aussi pressées que les vôtres.

Je perds patience. Lëandre se porte-t-il Bien ?

Il crève de santé. Vous l'allés: voir tout à l'heure.

• JDLIB.-

D'ou vient qu'il ne m'a point donné de ses nouvelles depuis si long-temps ?

ckîspik. "

Il aroit juré que vous n'entendriez jamais parler de lui, qu'il 'ne fût en fjBt (Je vous épouser.

JULIE

Ah ! tu me rends la vie. Qu'a-Hl fait pendant son absence P

CBISPITT,. '

Tout ce qu'il a pu pour faire fortune. Tous savez que nous n'étions partis que dans ce dessein-là: lui , pour vous mériter , mademoiselle ; et moi , pour me rendre digne de cette friponne-la.

JULIE

Avez- vous réussi ?

CB.I3PIW.

Ce n'a pas été sans peine : mais c'est la faute de mou maître. Je voulois expédier. Je savois de certains tours d'adresse , de petits jeux de main tout innocents qui ont la Vertu de faire puiser dans le bien d'autrui , comme si vous puisiez dans le vôtre. Hais il ne suffit pas pour cela d'avoir de l'adresse, il faut avoir du courage, se mettre en tête que tous biens sont communs , et que tout ce qu'on attrape est de bonne prise. '

Fi! quevouJois-tti lui conseiller là.

CRI 8 PIN

Ce qui se pratique tous les jours ; et dans Paris plus qu'ailleurs. Tous ces parvenus qui ont amassé tant de raillions n'ont réussi qu'en suivant ces

Je comtois Léandre ; il est incapable de s'avancer de la sorte.

CRISPIN

Eh oui, de par tous les diables! c'est ce qui a pen-

sé le perdre. H s'est toujours piqué de suivre l'honneur. Le mauvais guide pour faire fortune ! il voua mène droit à l'hôpital. Aussi personne n'est plus la dupe de ce vieux fou-là; et, quant à moi, j'ai rompu avec lui pour jamais. Autrefois à la comédie ( car , tel que vous me voyez , j'ai servi longtemps un comédien , «t.ft! sais toutes les belles pièces par cçeur ), j'ai ouï dire ce beau vers, que je retiendrai toujours :

L'honneur e«t oo vieux ulnt que l'on oe chaîne plus.

Mais enfin , qu'avex-vou» fait depuis que vous êtes partis d'ici P

CRISPIN

Voici le détail de nos aventures. D'abord que nous fûmes sortis de Paris.... nous filmes tout étonnés de n'y être plus.

NERINE.

Cela est admirable 1

CEISPTR.

La parole te revient donc pour te moquer de moi ?

rebuts.

Allons , fais ton voyage.

CBISPIIt.

■ Me voilà parti. De Paris , nous allâmes droit à Rouen. Testebleu ! qu'il y a de normands dans

cette ville-la !

Va , va , il n'y en a guère moins ici.

CEispra.

Nous n'y fumes pas plus- tôt arrivés , que nous ne sûmes de quel bois faire flèche.

JULIE

Comment ! ton maître avoit cent nîstoles t

CRISPIlf.

Il est vrai ; mais à peine fut-il débotté , qu'impapatient de gagner une grosse somme, chemin faisant , il. alla risquer la sienne sur deux ou trois cartes. Il fut sec en moins de temps que je ne vous en parle.

Et que f ttes-vouB doue dans une pareille extrémité?

CRISPIN

Ma foi , nous mangeâmes nos chevaux.

JULIE

Vous mangeâtes vos chevaux ?

' NXBINB,

Quel appétit!

Je veux dire que nous fumes obligés de les vendre pour souper. Après cela , vous jugez bien que nous fûmes mal à cheval \ c'est pourquoi, quelques

jours après , nous nous traînâmes a Dieppe, où nous nous embarquâmes pour l'Angleterre. C'est là que le bonheur nous en voulut. Dès que nous fanies à Londres, mon maître alla visiter un de ses parents qui y demeure. Los premiers compliments furent suivis d'un emprunt de cent écus, avec quoi mon maître alla faire ressource. Il gagna mille pistoles.

HÉHJNE.

Allons, courage , mes enfants ; vous êtes en bon train.'

- CBISPIN.

Avec cette somme , nous crûmes avoir tout l'or du Pérou. Savez-vous l'usage qu'en fit mon maître?

JOLIE

Il ne me l'a point mandé.

CBISPIN.

Comme nous étions pressés de faire fortune , nous nous associâmes avec-un banquier français , fort accrédité , mais Gascon d'origine,

NÉBINB.

Fi ! mauvaise compagnie.

Nous voilà donc banquiers. Vertublénl le bon métier ! Je ne connois que celui de maltôtièr qui vaille mieux. L'argent pleuvoit de toutes parts. Nous faisions bonne chère et grand feu. Nous engraissions à vue d'œil. Pour moi, j'avois les joues d'une demi-aune de large. J'ai bien maigri depuis ce temps-là.

NBBINE.

H y parait I

JULIE

Que faisiez-vous de votre argent ? Ton maître jouoit-il ?

CBISPIN.

Souvent , et faisoit de gros gains ; mais il mettoit tout à la caisse ; pour moi , j'escamouis de temps en temps quelque vingtaine de pistoles que je metlois dans ma caisse à moi. Oh! j'exerçois bien le talent de partager le bien d'autr-ui. Quand la caisse fut bien pleine , mon maître voulut partager pour s'en revenir , et proposa la chose au banquier de la Garonne ; il nous promit que dent jours après, sans faute , il nous ferait notre part.

NEBINB.

Bon.

CBISPIN.

En effet , deux jours après il emporta l'argent , et nous laissa la caisse.

niants.

Le fripon 1

CBISPIN.

Jamais caisses fut plus nette.

' JOUI

Après cela vous revîntes en France apparemment?

CBISPIN.

Oui, sur. mes crochets.

NEBINB.

C'est-à-dire , aux dépens de ta caisse , a toi ?

! . CBISPIN.,

Justement. Nous volâmes à Bordeaux pour chercher notre homme ; il étoit de cette ville-là : nous crûmes, l'y trouver, mais- il n'y étoit point. Mon maître, pour se venger, du moins en le déshonorant, publia le tour qu'il nous avoit joué. Un aigrefin , parent de l'associé , voulut prendre son parti , et chercha querelle à Léandre. Léandre étoit de mauvaise humeur ; il régala le parent d'un soufflet. Le parent mit l'épée à la main ; il paya pour notre associé. •

Comment donc?

CBISPIN.

Mon maître l'envoya dans l'autre monde, pour savoir si son parent ne s'y étoit point caché.

JOLIE

Juste Ciell

CBISPIN.

Nous décampâmes au plus vite; et, pour nous sauver, nous changeâmes d'habit et de nom. Enfin, après quelques autres aventures, nous avons trouvé un séjour heureux , où , sous nos noms empruntés , nous nous sommes enrichis considérablement. Hais voici mon maître qui vous dira le reste.

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