M NET TE
Deux ans sont écoulés Depuis que nous menons une vie équivoque. Je n'y puis plus tenir , le secret me suffoque.
ABISTB. .
Ha patience, enfin, pourrait bien se lasser.
FINETTE
C'est conscience à vous que de vouloir forcer , Pendant deux ans entiers , des femmes à se taire. Pour moi , j'aimerais mieux vivre en un monastère , Jeûner , prier, veiller, et parler tout mon soûl.
ABISTE, te tarant.
Parlez, morbleu ! parlez ; je ne suis pas si fou Que de vouloir tenir vos langues inutiles : Sur un point, seulement, qu'elles soient immobiles ; Ce n'est que sur ce point que je l'ai prétendu.
FIIfBTTE.
Oui; maisce point, monsieur, c'est le fruit défendu; Et voila justement ce qui nous arfriande. Parmi vingt bons ragoûts, la plus grossière viande Que l'on me défendrait constamment de goûter Serait le seul morceau qui pourrait me tenter. Jugez , d'après cela , si je n'ai pas la rage De parler librement sur votre mariage.
ABISTE.
Quel travers 1 quel esprit de contradiction ! Quel Gonds d'intempérance et d'indiscrétion ! Voilà las femmes.
FINETTE
Soit. Hais, telles que nous sommes.
Avec tousnos défauts, nousgouvemonsleshommea. Même les plus huppés; et nous Bommes l'écueil Où viennent échouer la sagesse et l'orgueil. Vous ne nous opposez que d'impuissantes armes : Vous avez la raison, et nous avons les charmes; Le brusque philosophe, en ses sombres humeurs, Vainement contre nous élève ses clameurs -, Ni son air renfrogné, ni ses cris, ni ses rides, Ne peuvent le sauver de nos yeux homicides. Comptant sur sa science et ses réflexions , H se croit à l'abri de nos séductions. Une belle paraît, lui sourit, et l'agace: Crac... au premier assaut elle emporte la place.
ÀIUSTE , à part.
Voilà précisément mon histoire en trois mots.
Je brûle de vous voir trois ou quatre marmots Braillant autour de voua; et vous-même en cachette. Jouant à cache-cache , ou "bien à climusette.
ABISTE, I put.
La friponne a raison de rire à mes dépens,
Et ses discours malins sont remplis de bon sens.
(lnul.)
Faisons trêve , de grâce, à tout ce badinage. Je veux, encore un temps , cacher mOn mariage , Pour n'être point privé de la succession D'un oncle dont le bien fait mon ambition.
Quoi I vous ambitieux! Je vois qu'un philosophe Est fait connue un autrehomme, et de la même étoffe. Et qu'avez-vous donc fait de ces beaux sentiments Que vous nous étaliez, monsieur , à tous moments?
• Lécomble,disiez-vous,detoutes les faiblesses,
■ C'est de ne point guérir de la soif des richesses.
■ Que cette hydropisîe a fait de malheureux 1
■ Mais, pour moi, ma fortune a surpassé mes vœux;
• Un trésor de vertus est le seul ou j'aspire ,
■ Et mon cœur, pour l'avoir, céderait un empire. » Et zeste , si quelqu'un vous pouvoit prendre au mot, Vous diriez : Serviteur , je ne suis pas si sot.
ABISTE.
Tu te trompes. Je suis dans les mêmes maximes , Mais je sais leur donner des bornes légitimes; Et je serais maudît un jour par mes enfants, Si j'étois philosophe à leurs propres dépens. Il ne faut rien outrer , quand on veut être sage ; Je dois leur ménager un puissant héritage.
Ce motif est louable, il but tous y tenir. Mais messieurs vos enfants sont encore a venir ; Peut-être viendront-ils. Cependant..